‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 132 sur 197 · Voy. note p. 5Î · texte numérisé non relu

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8. Francis Garnier, qui parlait le petit latin des missionnaires avec une remarquable facilité, devint à ce moment un excellent interprète pour la Commission dans ses rapports avec les Chinois chrétiens.

VOYAGE D'EXPLORATION EN INDQ-CHl en dehors de l'enceinte devaient, avant la guerre, quadrupler ce chiffre.

L'enceinte a une forme rectangulaire el mesure environ 3 kilomètres dans le sens nord et sud, et 2 kilomètres dans le sens perpendiculaire. Elle a six portes bastion nées : deux sur le côté est, deux sur le côlé sud et une sur chacune des deu\ autres faces. Le fossé est alimenté d'eau par une rivière canalisée qui longe la face est de [enceinte. Le terrain sur lequel la ville est construite descend en pente vers le lac, et quelques monticules en accidenlent la partie nord. Entre deux de ces monticules, dans une dépression du sol, s'étendent des jardins et des rizières qui occupent presque complètement l'angle nord-ouest de l'enceinte. La se trouvent quelques restaurants, quelques villas de plaisance, et ces maisons à thé qui remplacent en Chine nos tûtes chantants.

Malgré la guerre, la partie commerçante de la ville a un aspect vivant et varié qui dénoie un centre riche, populeux, vers lequel convergent les produite de toute une région exceptionnellement favorisée. La principale richesse de lu province consiste en métaux, dont le plus important esl le cuivre* Il y a une quarantaine de mines de cuivre dans le Yun-nûnt et la plus grande partie des minerais provenant des mines du sud est traitée dans la capitale, ou vient y subir un dernier affinage. Pour donner une idée de F importance de cette production, il suffit de dire qu'en 1850 l'impôt annuel payé h Pékin parla province était environ de 6 millions de kilogrammes. Le prix de 100 livres chinoises de cuivre {60 kilogrammes), achetées sur les lieux, eu près de 55 francs, ce qui donne au tribut une valeur de 5 millions e francs. A cette production il faut aj beaucoup moins considérable, et qui ne parait pas dépasser annuellement 4000 kilogrammes. Les plus importantes mines d'argent sont celles de Lo-ma et Mien-hoa-ti, situées entre Tong-tchouen et Tchao-tong; de Houylong et de Ngan-nan, qui sont, la première sur les bords du Cambodge, à l'ouest de Li-kiang, et la seconde sur les bords du fleuve Bleu, au nord de la ville. Les mines d'or sont beaucoup moins productives. J'ai déjà parlé des gisements qui se trouvent au nord de Ta-lan. Je citerai encore la mine de Ma-kang, située dans le voisinage de Ngan-nan, et celle de Ma-kou, qui est sur la frontière du territoire de Lin-ngan et du Tong Ring. L'impôt que perçoit le gouvernement sur l'exploitation de ce métal n'est que de 1140 grammes d'or par an, et ne donne pas une bien haute idée delà production aurifère de la province.

11 n'existe, à ma connaissance, qu'une mine d'étain dans le Yun-nan, c'est celle de Ko-kiéou, située sur le territoire de Mong-tse, à l'est de Lin-ngan. Les mines de plomb et de zinc sont plus nombreuses el se trouvent surtout

nu d.

RICHESSES MÉTALLURGIQUES DU YUN-NAN. 527 dans le nord de la province, aux environs de Tong-tchouen et de Ping-y hien. Elles fournissent à l'État de 3 à 4000 kilogrammes de zinc -et une centaine de milliers de kilogrammes de plomb par an. 11 y a enfin quatorze mines de fer groupées surtout dans la région lacustre dont Yun-nan est le centre; elles sont très légèrement imposées et ne payent, par an, que 2 ou 3000 francs de droits à l'État.

L'exploitation des mines de cuivre est une sorte de commandite, dont TÉtat fournil les capitaux, en se réservant le droit d'acheter, à chaque mine, d'après un prix déterminé, une quantité de métal fixée à l'avance. Le même droit est du reste concédé aux provinces limitrophes en échange d'une mise de fonds. Le transport de cette redevance en nature donnait lieu, avant la guerre civile, à d'immenses convois de barques, qui descendaient le fleuve Bleu et allaient transporter jusqu'à Pékin les millions de kilogrammes de cuivre nécessaires à la fabrication des sapèques du Céleste-Empire. En 1850, la somme avancée par l'État pour l'exploitation des mines de cuivre du Yun-nan s'élevait annuellement à 1 million de tacls1; mais les mineurs se plaignaient vivement de la faiblesse du prix officiel du cuivre, tandis que la quantité de métal prélevée par l'État était beaucoup trop forte. 11 en résultait une diminution sensible dans le nombre des travailleurs, qui à l'origine étaient accourus de tous les points de l'empire pour prendre part à l'exploitation des richesses métallurgiques du Yun-nan ; et, après les prélèvements opérés par l'État et par les provinces, le commerce ne trouvait déjà plus dans les mines un approvisionnement de cuivre suffisant pour alimenter ses achats.

La rébellion mahométane vint aggraver encore cet état de choses, et la plupart des exploitations sont aujourd'hui abandonnées. Mais on sent combien il serait facile, si le calme revenait dans cette belle contrée, de raviver cette production et de lui donner un essor considérable. Une législation plus libérale, des moyens d'exploitation perfectionnés, un débouché commercial assuré, permettant de faire arriver sans intermédiaire tous ces métaux dans un port européen, feraient de Yun-nan le marché métallurgique le plus important du globe. A ce point de vue, il est inutile d'insister sur les conséquences que pourrait avoir l'ouverture du fleuve du Tong King, portant immédiatement les produits du Yun-nan vers le port de Saigon*.

En même temps que, dans les circonstances ordinaires, Yun-nan est l'entrepôt de grands approvisionnements de cuivre, qui donnent lieu à

1. Le taël vaut, suivant le change, de ? à 8 francs de notre monnaie. Voyez dans le tome II de la Publication officielle, la partie consacrée par M. le Dr Joubert à la métallurgie du Yun-nan.

2. Voy. dans le Bulletin de la Société de géographie, de février 1872, l'article de Francis Garnier que nous avons déjà cité : Des nouvelles routes de commerce avec la Chine.

5i8 VOYAGE D'EXPLORATION EN INDO-CHINE.

d'activés transactions et à une fabrication importante d'ustensiles do ce métal, celle ville possède aussi une fabrique de monnaie, créée en 1661 , oit Ton Trappe une énorme quantité de sapèqnes. L'alliage dont est formée celle

D&ftié «livisionnairc se compose, sur 100 parties, de 54 de cuivre, 42,75

do zinc et .3,25 de plomb. On produisait artnu vilement à Yun-nan, avant la guerre, plus de 101 millions de sapeques, représentant, au taux légal de 1200 sapeques pmir un taèl ou une once chinoise d'argent (près de 38 gramme*), une valeur d environ floOOQU francs, La sapêque pèse i grammes et demi. Depuis la guerre, la fabrication de la monnaie a beaucoup diminué, et les nécessités du moment ont amené a modifier l'alliage et h augmenter la quantité de zinc, La valeur de rette monnaie ainsi altérée est devenue sujette à des fluctuations nombreuses, et des fabrications clan* destines se sont produite* de tous cotés. Au moment de notre passage à Yuu-uun, le change du ta ël était 1800 sapeques, et nous devions trouver des laux encore plu* ba*.

La fonte de la monnaie n'est pas la seule industrie de Yun-nan. Ou * tisse une élolTe particulière appelée: ton y k&ff totum tsc% du g satin de la mer orientale >j. Celte étoffe est épaisse, faite de (il de soie, que je soupçonne provenir en grande partie de la ni ignée partir obère dont j ai signalé la présence h Ta-lan; elle est très solide, nullement lustrée, et en général dïnie couleur noire, quoiqu'on puisse la teindre de toutes les nuances. Le satin de Yun-nan est 1res renommé dans toute la dune. On fait aussi dans cette ville hetux lapis, des couvertures et des feutres. Les principaux, produits indigènes offerts sur le marché sont : qui vaut environ 1 taël et demi le kilogramme; le sel, qui se vendait, au moment de notre passage, près de 2 francs le kilogramme, à cause de l'occupation par les Mabométans des puits salins situés à une vingtaine de lieues dans le nord-ouest de la ville ; le thé, le cinabre, le musc, la soie, les médecines, le tabac. Des draps et des fourrures russes, des cotonnades anglaises venues de Canton, du coton brut importé de Birmanie, sont les principaux produits étrangers.

La plaine de Yun-nan est riche en céréales, en arbres à fruits, en pâturages. On y cultive le blé, le sorgho, le maïs, l'avoine, le tabac, le lin; la prune, la cerise, la pêche, la fraise, la noix, la châtaigne, la poire, sont les principaux fruits qu'on y rencontre. Ça et là, des troupeaux de moutons, de chèvres, de bœufs cl de buffles paissent sur le flanc des collines, dont le sous-sol renferme des carrières de marbre et de celte pierre particulière que les Chinois appellent pierre d'azur.

La culture du pavot a fait disparaître du marché de Yun-nan une denrée

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