LE KOI OU SAN-KOUE
importante: la cire. Au dire des indigènes, les abeilles, autrefois très nombreuses dans cette partie de la Chine, en ont disparu après avoir éprouvé pour la fleur du pavot la passion malsaine du Chinois pour le suc que Ton tire de son fruit. A 1 époque où fleurissent les champs de pavots, ces insectes venaient en foule y butiner, mais ils ne pouvaient ensuite se faire à une autre nourriture, et ils mouraient dans l'intervalle de deux saisons consécutives.
On nous cita un autre exemple de cette attraction singulière que le pavot exerce sur les animaux aussi bien que sur l'homme. Des rats venaient le soir, en grand nombre, humer les vapeurs qui s'échappaient des fourneaux d'une bouillerie d'opium de la ville. A la suite de l'occupation momentanée de Yun-nan par les Mahométans, la bouillerie cessa de fonctionner et resta abandonnée pendant quelque temps. Lorsqu'un nouveau propriétaire vint s'y installer, il trouva sur le clayonnage resté en place plusieurs cadavres de rats qui étaient morts de faim en attendant la jouissance qu'ils avaient pris l'habitude de demander aux vapeurs de l'opium.
Le lac de Yun-nan, le plus considérable de toute la province, se déverse, par une rivière qui sort de son extrémité sud-ouest, dans le Yang-tse kiang, près de la ville de Kouen-yang tchéou. Ce lac porte le nom de « mer de Tien ». On sait que le royaume de ce nom occupait jadis la plus grande partie de la province de Yun-nan. 11 fut conquis par la Chine à la fin du deuxième siècle avant notre ère. Mais la soumission de cette vaste contrée fut longtemps nominale et interrompue par de longues périodes de complète indépendance. Le gouvernement de Pékin a presque toujours dû laisser au Yun-nan le droit de nommer ses chefs et la liberté de se gouverner suivant ses anciennes coutumes.
Ce n'est qu'à partir du règne de Khang-hi que le système administratif du reste de l'Empire lui fut complètement appliqué. J'ai déjà dit que les villes du sud conservent, même aujourd'hui, d'importantes franchises municipales et une autonomie réelle.
Le dernier gouverneur du Yun-nan qui eut le titre de roi et jouit d'une
complète indépendance est le célèbre Ou San-kouei. La dynastie tartare,
dont il avait favorisé l'établissement, lui donna en 1658 le Yun-nan et le
Kouy-tchéou en apanage. 11 était habile administrateur et sut conquérir
l'affection des populations, mais ne tarda pas à exciter les soupçons de la
cour. Khang-hi lui envoya en 1672 l'ordre de se rendre à Pékin. Blessé
d'une semblable défiance, Ou San-kouei reprit l'habit chinois et proscrivit
le calendrier de la dynastie Ta-lhsing. Le Kouy-tchéou, le Sé-tchouen et le
Hou-kouang se déclarèrent en sa faveur. Kang-hi soumit ces provinces,
Jïîiii* d'osi troubler Ou San-fc
Ce fut seulement 4 sa mort, arrivée en 1679, qu'une armée tarUre sur Vu il- J) au, défit dans trois combats successifs les Imupes indigènes, s empara de la ville. Le fils de Ou San-kouei se pendît de désespoir, et soumission de la province devint définitive.
Ou San-kouei a laissé de profonds souvenirs dans l'esprit des lions. On voit encore dans le nord-est de la ville, sur le sommet dH petite hauteur, une pagode construite pendant son règne et que l'on désigne sous le noiii de pagode du roi Ou, Elle est entièrement construite en euh depuis len colonnes des parvis jusqu'aux tuiles du toîL Maigre la valeur intrinsèque des matériau* qui la composent, malgré les désordres engendres par les guerres civiles et les effroyables pénuries du trésor impérial, elle a été jusqu'à présent respectée de tous les partis. Lu sentiment Migicu*, à peu près inconnu des Chinois, r mur rien dans cette préscrvalk
miraculeuse de la pagode du roi Ou: il faut en rapporter tout l'honneur ce respect prorond des traditions et des ancêtres, qui rend il Chine la mémoire des hommes de bien *,
I* Voy, fJr Parit au TiMf p, W) «l *ft
Affilée à Toug-lchoueu. — He^in dt? M. Uolaporte, d'après uaturc.
chapithi; XVIII
Portraits des PP. Protteau el Fenouil. — Le Lao papa. — Emprunt fait a MA la-jen. Départ de Yuu-nan. — Arrivée à Toiiç-lchuuen.
Le 2 janvier 1868, le P. Fenouil, provieaire apostolique du Yun-nan, arriva enfin à Yun-nan. Ce fut une grande joie pour nous que le retour de ce compatriote. Sa renommée el ses hauts faits de guerre défrayaient depuis longtemps nos conversations. Le P. Fenouil était, en effet, d'un tempérament tout opposé à celui du P, Protteau. Ce dernier personnifiait le renoncement absolu : il avait systématiquement brisé un à un tous les liens qui pouvaient le rattacher encore à sa famille, â sa patrie, à la civilisation même au milieu de laquelle il était né. H s'était dénationalisé en changeant de pays; il avait pris les allures et les mœurs des Chinois en revêtant leur costume, Cette transformation était si frappante, que je m'étonnais parfois de ne pas lui voir les yeu\ bridés et le crâne aplati de la race mongole; il me semblait impossible que Ton put ainsi emprunter la physionomie, prendre les habitudes et les goûts d'une race sans en avoir aussi l'aspect physique* L'apôtre n'avait, du reste, cru pouvoir mieux remplir sa mission qu'en se faisant homme du peuple. C'était pour nous un éton-
VOYAGE D'EXPLORATION BU 1NDO-CHISB.
qtiillement, avec quelques chrétiens de son église, dans Too de ces restaurante ou%crU à la foule cl fréquenté* sa Hou I par les hommes de peine et le* journaliers. Il avalait quelques bob de ri*t en causant de* nouvelles du jour, nu buvait une lasse de tbé, en fumant sa longue pipe, et il parais* sait prendre le plus grand plaisir au contact de ce rude et grossier entourage, Ixs intérêts des familles peu nombreux composant son troupeau, le* événements domestiquer qui se produisaient dans leur intérieur, bornaient son horizon et absorbaient ses effort*, Il partageait la profonde indifférence que professent en Chine les classes inférieures pour le* événements politiques, et éprouvait la sainle frayeur qu'elles ressentent pour toutes les commotions, pour toutes les guerres, où elles jouent fatalement le rôle de matière contribuable el de ebair h canon* Il étendait cette indifférence au reste de l'univers. Le monde, qu'il avait quitte. o+avaîl plus pour lui aucun prestige; le souvenir des premières années de sa vie paraissait sans influence sur son esprit, et nul n'aurait pu dire §11 Taisait m âme vibrer encore quelques fibres de son cœur. Le jeune séminariste français était bien mort, mort sans retour : il ne restait qu un prêtre chinois1.
Quoique son e\il datât de plus loin, la Ira m Ibr ma lion du P. Fenouil était moins complète. Nous retrouvâmes en lui un domine qui pleurait à la pensée de sa mère, un Français dont le cœur battait toujours au nom de la patrie, Nous admirions l'obscur dévouement du P. Protteau, nous aimâmes Je P, Fenouil, Nous ne pouvions voir dans le premier qu'une abstracli" admirable ou effrayante, qu'un type de perfection idéale ou qu*une monstruosité, suivant qu'on le jugeait au point de vue religieux ou au point de vue humain ; le second s'offrait simplement à nous comme un compatriote intelligent et dévoué, avec lequel les points de contact et de sympathie étaient nombreux. Son ardeur naturelle, sa vivacité d'imagination, l'avaient porté à sortir du rôle que lui imposait sa qualité de missionnaire. Il se sentait né pour l'action. Les troubles du Yun-nan lui avaient paru une occasion favorable pour entrer en scène et peser dans la balance gouvernementale du poids de son activité, de ses connaissances spéciales, de l'influence que lui donnait la protection de la légation française. 11 s'était dit que les intérêts de la religion et de la France ne pouvaient que gagner à son intervention. Prenant très au sérieux le litre de mandarin que les derniers traités concèdent aux vicaires et aux provicaires apostoliques, il ne se présentait aux prétoires que dans un état conforme à sa dtgnité. Sa