DÉPART DE YUN-NAN
« famille Ma-te-sin, et chargé de quatre-vingts années, j'ai donné la lettre « ci-dessus. »
Au point de vue politique, rien n'était plus orthodoxe que le passeport du Lao papa. Il ne faisait aucune allusion à sa rébellion passée, et se présentait à ses coreligionnaires de Ta-ly comme un fidèle sujet de l'empereur !.
Le vice-roi du Yun-nan nous remit à son tour un fou-pay ou permis de circulation : le seul itinéraire qui y fût indiqué était notre voyage de retour par Tong-tchouen, Tchao-tong, le fleuve Bleu et Shang-haï. Un petit mandarin chrétien à globule de cuivre fut chargé de nous accompagner jusqu'à Tong-tchouen.
Nous partîmes de Yun-nan le 8 janvier 1868. Malgré un repos de deux semaines, la santé de quelques-uns des Annamites de l'escorte était si profondément altérée par les fatigues passées et le climat rigoureux du Yun-nan qu'on ne pouvait leur demander le nouvel effort qu'allait exiger l'excursion de Ta-ly. Il nous fallait, pour un voyage aussi aventureux, des hommes d'escorte solides et bons marcheurs. M. de Lagrée avait donc résolu d'envoyer nos valétudinaires, avec nos notes, nos cartes, nos documents et tous nos bagages inutiles, attendre notre retour de Ta-ly chez le vicaire apostolique du Yun-nan, qui résidait non loin de Siu-chéou, ville située sur les bords du fleuve Bleu, et où nous devions nous embarquer définitivement pour Shang-haï. C'était à Tong-tchouen que celle division de l'expédition en deux parties devait avoir lieu. Nous ne nous doutions pas encore à ce moment que le chef de l'expédition serait, lui-même alors, au nombre des malades et se verrait contraint de s'arrêter à Tong-tchouen.
Le P. Fenouil partit de Yun-nan avec nous. Il retournait à Kiu-tsing. Nous fîmes route ensemble pendant deux jours. Il allait en chaise; nous allions à cheval ou à pied En sortant du faubourg sud-est de Yunnan, la roule pavée qui se dirige vers le nord de la province traverse deux petites chaînes de collines et passe à Ta-pan kiao, gros bourg situé sur un affluent du lac. Ce fut notre première étape. Ta-pan kiao est célèbre dans l'histoire de Yun-nan. C'est là que l'officier mongol qui commandait à Yun-nan en 1381 vint faire sa soumission au général de l'armée envoyée par les Ming pour faire reconnaître leur autorité. Pendant ce temps, le prince de Yun-nan, descendant de Khoubilaï Khan et dernier représentant, dans l'Empire, de la dynastie vaincue des Yuen, se précipitait dans