‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 140 sur 197 · Voy. p. 515 et · texte numérisé non relu

Voy. p. 515 et

2. Francis Garnier était peut-être le plus intrépide marcheur de la Commission. Il allait toujours à pied, la boussole et la montre à la main, pour relever plus sûrement le chemin parcouru. Voy. p. 165, 194, 510, 539, 578, 611 et 612.

Je lac, avec sa femme, sa famille et son premier ministre Ta-ti-lou.

Au delà de Ta-pan kiao est une plaine ondulée et inculte, sillonnée en tout sens de convois de betes de somme et de chariots étroits et bas, apportant ii la capitale le bois à brûler nécessaire à sa consommation, que les environs immédiats, complètement déboisés, ne peuvent lui fournir.

Un corps de troupes chinoises suivait la même roule que nous et arrivait en même temps dans le village de Yang-lin, Les auberges du bourg regorgent bientôt de soldats, et le logement que nous occupons au premier étage d'une belle et grande hôtellerie esl menacé d être envahi par eux. C'est en vain que nous excipons de noire qualité d'hùtes de l'empereur : les soldats chinois ne reconnaissent l 'autorité d'aucun chef et n'obéissent à aucune injonction. Le P. Fenouil harangue la foule armée qui s'entasse dans la cour et se presse sur les marches de l'escalier conduisant à nos chambres. Sun éloquence est inutile : on veut voir les étrangers; les soldats montent et remplissent déjà l'antichambre; j'ai recours aux grands moyens ; annamite, qui n'attendait qu'un signal ei rongeait son frein, indigné d'un pareil manque de respect, tombe, avec ses camarades, à coups de crosse sur les premiers entrés et les fait dégringoler dans la cour ; deux factionnaires se placentà la porte de l'escalier, la baïonnette au canon* De grandes clameurs s'élèvent dans la foule, des pierres atteignent les fenêtres, Je prie le P. Fenouil d'annoncer en bon chinois qu'on fera feu sur les agresseurs, Mais le pauvre prêtre a complètement perdu la tète en voyant l'audace inouïe de nos Annamites, et il s'étonne que nous ne soyons point éeharpés. Au lieu de menaces, ce sont des supplications qu* soldats; il avoue nos torts; il allègue notre ignorance des usages; il dit que nous demandons pardon. Confiant en ce langage, un officier se présente à la porte et se heurle à la pointe d'un sabre-baïonnette; il recule effaré et se met à crier qu'on l'assassine. Les clameurs redoublent; les lances et les hallebardes s'agitent, mais elles sont trop longues pour être autre chose qu'un embarras dans l'étroit escalier. Le P. Fenouil me conjure, conjure notre escorte de ne pas irriter davantage des hommes qui sont habitués à ne souffrir aucune résistance ; il s'entremet de sa personne entre les factionnaires et les audacieux qui se disposent à renouveler l'attaque de la porte, et il leur épargne maint horion. Ces terribles guerriers sont enchantés de paraître céder à ses prières; mais ils demandent que leur chef soit introduit auprès du commandant de Lagrée. Celui-ci consent à se laisser voir. C'est à ce moment qu'on lui demanda s'il n'avait pas un œil à l'occiput. Révolté de tant de puérilité, trouvant qu'en une circonstance aussi grave le langage du P. Fenouil était trop humble, déjà dans un état de souf-

EN ROUTE POUR TONG-TCHOUEN. 541 france qui trahissait le mal auquel il devait succomber, M. de Lagrée se retira dans sa chambre et se refusa à de nouvelles visites. Je dus les recevoir à sa place.

Les différents officiers du corps de troupes et les autorités du village vinrent successivement causer avec moi, ou plutôt avec le P. Fenouil, qui, pour la forme, me transmettait bien leurs demandes, mais n'y répondait qu'à sa guise. Cependant, mieux que ses excuses réitérées et sa phraséologie obséquieuse, la contenance énergique de nos hommes mit fin au tumulte. Le provicaire avait entendu proférer contre eux les plus atroces menaces et m'avait prié de leur interdire de descendre dans la cour, vaquer aux différents soins que réclamaient nos chevaux et nos bagages. Je n'en fis rien, et le provicaire resta stupéfait eft les voyant aller et venir sans difficulté, au milieu de la foule qui s'ouvrait respectueusement sur leur passage i.

Yang-lin est situé près d'un étang, aux bords duquel vient mourir une chaîne de montagnes qui remonte de ce point droit au nord. C'est à Test de cette chaîne que se trouvent les villes de Song-ming et Ma-long, principales étapes du voyage que le P. Fenouil devait faire à Riu-tsing ; nous allions, au contraire, longer cette chaîne du côté ouest. L'heure de la séparation avait sonné. Ce prêtre, que nous connaissions depuis dix jours à peine, était devenu pour nous un véritable ami ; de son côté, il quittait, sans espérance de jamais les revoir, des compatriotes avec lesquels, pour la première fois depuis vingt ans, il avait pu parler de la France et des siens. Ses yeux se mouillèrent de larmes, et nous ne pûmes nous défendre d'une douloureuse émotion en échangeant avec lui une dernière poignée de main.

Nous cheminâmes, le 10 janvier, au milieu d'une immense plaine très cultivée et admirablement arrosée par de nombreux ruisseaux canalisés. Des rideaux de cyprès bordaient les routes aux abords des villages. De grandes fermes s'étendaient de tous côtés au milieu des champs. Les ustensiles agricoles, les meules, les bestiaux, la nature des cultures, l'aspect de la végétation, le givre même qui scintillait aux branches, donnaient à ce paysage des aspects européens qui nous faisaient tressaillir d'aise. Qui nous eût proposé d'échanger ce tableâu monotone, dépourvu de pittoresque et de nouveauté, contre les plus belles et les plus vierges forêts du Laos, eût été certainement mal accueilli.

Le lendemain, la plaine se mamelonna ; quelques étangs apparurent dans les plis du terrain ; des collines surgirent à notre gauche et formèrent avec la chaîne de droite, de laquelle nous étions beaucoup plus rapprochés,

1. Voilà encore un épisode caractéristique et qui prouve qu'en Chine, plus que partout ailleurs, le mot de Danton est toujours vrai. Voy. p. 179.

VOYAGE D'EX PI absence et exigea que Léon £ i dont j avais été l'objet. Une fou le visiter et essayer de radoucir | dément les visites et repoussa les 011 nous étions logés, nous entec pouvoir parvenir jusqu'à par-dessus les murs nous Le sergent annamite, aidé d'il agresseurs; nous le remîmes ; tion sévère. Il fut immédi ■!

Dans Tintcrvalle, j'avais de M. de Lagrée, une lettre cl et demandait une réponse po la première autorité de Lir une réponse dans laquelle I visite pour le lendemain. 1 2 mètres de haut, dont les p porlionnés. Son air hunibl son encolure de géant; c'é présentaient les récils po sans grade, sa valeur et so bats contre les Mahométa mandement militaire du bouton rouge et avait re de plusieurs villes voisi avait délivré la ville de réalité, il ne reconnaisse le sud de la province ai acquis par M. de Lagrf j et dont l'énergique vcj m plus extraordinaire. ^ sion française qu'il de le dispenser de par ses soins sur I mort tous ceux qui ^ montrer à notre é.« * nous approcliaiei rosité. Les soldai gent et des liabif

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un défilé étroit, réputé dangereux, Les croupes rougeàtrcs s'élevaient des deux cotés de la roule semblaient frappées d une incut stérilité. Les villages se firent plus rares; la plupart de ceux que nous traversions notaient que des monceaux de ruines. Les MfthoioéUtlU avaient affreusement ravagé cette contrée; ils y comptent de nombreux coreligionnaires, et ceux-ci, après leur départ, continuaient à tenir en échec la population chinoise, tremblante et soumise devant eux.

Le 12, nous descendîmes le lit d'un ravin, qui ne tarda pas à se transformer en ruisseau. Une vallée profonde se dessinait devant nous: c'était celle du Li-tang ho, rivière qui se jette dans le fleuve Bleu non loin de Tong-tchouen Nous en suivîmes les bords, où se montrait subitement une vigoureuse végétation, jusqu'au village de Kon-tchang, situé au confluent d'un tributaire de la rive droite. Avant d y arriver, nous eûmes la douleur de voir succomber, sur la route même, Royal, le cheval que le mi de Xieng Tong avait donné au commandant de Lagrée, Nos porteurs crurent à une vengeance exercée contre nous par un Ma boni élan que nous avions mal mmié lu veille. 1^1 insolmt [><;rsonnagi\ habitué à voir tout plier devant lui, s'était arrogé le droit exclusif de nous Tendre îles vivres et avait élevé des prétentions tellement exorbitantes que nous Tarions mis à la porte sans cérémonie, à son grand scandale et à la stupéfaction des habitants du village. De là, d'après la chronique, l'empoisonnement d'un de nos chevaux. Mais le docteur Jouhcrt, qui avait prodigué ses soins au jauvre animal, me confia qu'il était mort d'une indigestion. Si le docteur

: si gaillardement en scène, Royal eût échappé aux conséquences de sa gourmandise. Son cadavre fut dépecé par les habitants du pays, qui se réjouirent de cette bonne fortune. En ces temps de guerre et de disette, la viande, qui est partout en Chine un mets de luxe, devenait un aliment inappréciable. On sait que les Chinois n ont point pour la chair de certains animaux les préjugés que les sièges de la dernière guerre n'ont pas complètement réussi à déraciner chez nous*.

1. ToDg-tchouen est en effet assez rapproché du Yang-tsé kiang, mois d'une partie du cours de ce fleuve qui n'est pas navigable pour les grandes barques. On verra plus loin que la navigation continue ne devient praticable qu'à Siu-tchéou fou. C'est là du reste que la Commission prit la voie fluviale, après son retour de Ta-ly; mais auparavant il fallut marcher à travers une contrée rude et montagneuse et faire un nouveau voyage à pied qui ne dura pas moins d'un mois. La proximité où se trouve Tong-tchouen du fleuve Bleu a donné lieu à une confusion. On a prétendu qu'après la mort de son chef Francis Garnier n'avait eu qu'à prendre la voie fluviale qui le ramenait à Han-kéou sans efforts et sans difficultés. On oubliait le pénible voyage qu'il accomplit, de Tong-tchoueu à Siu-tchéou fou, en emportant le cercueil de M. de Logrée, et les difficultés de navigaUon que l'on rencontre de Siu-tchéou à Han-kéou. Voy. p. 611.

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