chapitre xix
Yang ta-jen. — Maladie de M. de Lagrée, — Hépugnance des autorités chinoises pour le voyage àTa-ly. — Lettre du P. Fenouil. — Départ de Francis Garnier avec une parlie de la Commission pour les pays m ah om6 tan s de TOuesL — Le fleuve Bleu. — Houey-li tchéou. — Hong-pou-so. — Rencontre du P. Lu, — Mines de charbon et populations mixtes de Ma-chang* — Francis Garnier se décide a aller directement h Ta-ly, — Entrevue à Tou-louy-tsé avec le P» Leguilcher.
Yang ta-jen, mandarin militaire à bouton rouge et commandant supérieur de toule la partie du Yunnan appelée Tong tao1, dont Tong-tchouen et Tehao-long sont les villes principales, s'empressa, des le lendemain de notre arrivée, de rendre visite au chef de l'expédition. Nous trouvions en lui un de ces généraux improvisés, que leur énergie et leurs talents naturels avaient immédiatement élevés au premier rang. Il avait obtenu de grands succès sur les Mahométans, qui n'étaient jamais parvenus à s'approcher de Tong-tchouen. Il les avait même refoulés jusqua très peu de distance de Ta-Iy, en les chassant des villes de Houey-li tchéou et de
1. Les provinces chinoises se divisent en sous-provinces, appelées tao, dont les gouvernement» ont sous leurs ordres plusieurs fou ou départements. Le Yun-nan se divise en truis Uu : — Je Nan Lao, ou taodu sud, chef-lieu Yun-nan; — le Si tao ou lao de Vouent, chef-lieu Ta*Jy : c'est celui qui est en partie entre les mains des Maliotnélans ; — et le Tuiitf tao ou tao de Test, chef-lieu Teliao-tonjr (Note de ('auteur,)
Yong-pé. Les Mnhométans, acculés sur les bords du Kin-rha kiang, paraissaient perdus sans retour, quand Yang ta-jen abandonna la poursuite et revint tranquillcmeul m.i ses pas. La chronique raconte qu'une mule chargée d argent avait rappelé à temps au vainqueur que le général ennemi était son parent; son pire s'était suicidé en apprenant cette forfaiture. Il faut ajouter que Yang ta-jen avait une femme inahométane.
Du reste nous avions déjà éprouvé qu'il est nécessaire de n'accepter qu'avec la pins grande réserve les bruits que I on recueille en voyageant dans des pays où il n'existe pour ainsi dira pas d'opinion publique, et où les nouvelles restent indéfiniment à létal de dires et de vagues rumeurs. Les frayeurs des uns, les exagérations des autres, les préventions et les préjugés populaires éebftppefllft toute contradiction et h tout contrôle. Supposons un instant que la presse n'existe pas en Europe, et que des bouleversements politiques y mont interrompt! le cours régulier des choses, quels bruits fantastiques et quelles singulières nouvelles se propageraient dans le public! A vingt lieues de distance, les faits les plus simples seraient dénaturés au point de dçvdBir absolument méconnaissables. C'est la difficulté à laquelle nous nous sommes heurtés, en Chine, chaque fois que nous avons voulu nous rendre un compte exact des événements dont nous visitions le théâtre. Les missionnaires qui vivaient riiez les Mahométans nous ont donné, sur le rôle de* [niurq,;in\ aele m s de la lu lk\ des appréciation* d 'iainét i a leinen I opposées ,1 relies que nous avions recueillies chez leurs collègue* de l'est de la province. Les tins ci 1rs autres étaient sans moyen de contrôle sur la vérité des accusations ou la réalité des faits de guerre que leur apportait la rumeur publique. D'ailleurs, à force de vivre dans un milieu, on finit par en partager les rancunes ou les sympathies. Notre présence dans la contrée ne donna-t-elle pas naissance, elle aussi, à des bruits étranges et à d'incroyables exagérations, dont j'aurai l'occasion de citer des exemples *.
Dans cette impossibilité d'être exactement renseignés, il nous était difficile de déterminer avec précision la conduite que nous avions à tenir à l'égard des commandants militaires. La lutte était uniquement soutenue par des indigènes, qui, impériaux de la veille, étaient souvent les rebelles du lendemain. Les mandarins civils, au contraire, tous étrangers à la province et dont le dévouement à l'empereur ne pouvait faire doute, restaient sans autorité et sans prestige, et tremblaient à chaque instant que leur tête ne fût offerte en gage au parti opposé. En pareille occurrence, la plupart jugeaient prudent de ne pas occuper leur poste et d'attendre dans