MM. Francis Garnier, Delaporte, Thorel et de Carné
LE KIN-CHA KIANG, FLEUVE BLEU SUPÉRIEUR. 557 sentier, d'un mur préservateur; nulle part l'homme n'a eu à lutter contre une nature plus ingrate.
Au bout de deux heures de descente en zigzag, nous arrivâmes au fond d'une gorge étroite; les eaux d'un torrent bouillonnaient au-dessous de nous et la route continuait en corniche, le long de la muraille verticale qui soutenait les flancs ravinés du plateau. Cette route avait coûté des efforts prodigieux; en maint endroit, le pic avait été insuffisant pour entamer la roche, et il avait fallu recourir à la mine.
L'aptitude colonisatrice et commerciale du peuple chinois se révèle dans ces gigantesques travaux : sans aucun secours du pouvoir central, quelques communes, quelques compagnies de marchands, réussissent à triompher des plus grands obstacles naturels pour établir des voies de communication qui permettent d'attirer les produits de régions réputées inaccessibles.
Le 31 janvier, à l'un des coudes de cette roule en corniche, nous aperçûmes pour la première fois le Kin-cha kiang !, roulant à 600 mètres audessous de nous ses eaux claires et profondes. Le torrent dont nous venions de descendre les bords se jetait, à nos pieds, dans une rivière qui n'était autre que le Li-tang hô, dont nous avions un instant suivi la vallée en allant à Tong-tchouen *. Cette rivière courait parallèlement au grand fleuve, qui venait du sud-ouest, et se redressait ensuite vers le nord en décrivant un long détour. Au sommet de cette courbe, le Li-tang ho mélangeait ses eaux bourbeuses et rougeâtres à l'onde bleue du Kin-cha kiang, qu'elles salissaient pendant plus d'un mille.
Depuis les temps de Marco Polo, nul voyageur européen n'avait vu le fleuve Bleu aussi loin de son embouchure 3.
Nous couchâmes le soir même à Mong-kou, gros bourg situé sur un étroit plateau, à 200 mètres au-dessus du fleuve et oii nous retrouvions les bananiers, les cannes à sucre, en un mot une végétation tropicale. A cinq heures du soir, la température était de 20 degrés; le matin même, sur le plateau supérieur, nous grelottions par un froid de 4 à 5 degrés.
A Mong-kou commencèrent les ennuis que m'avait prédits le P. Fenouil. Les autorités locales restèrent invisibles et je ne pus me procurer les porteurs dont j'avais besoin. Il fallut réengager à un prix très élevé jusqu'à Houey-li tchéou, ville importante située à cinq jours de marche sur