CHAPITRE XX
lirputt pour Ta-ly. — Le premier accueil du sultan est très cordial, — Hrusque revirement dans ses intentions à 1 égard de la Commission, — Nécessité de quitter Ta-ly ù In hâte. — Incidents de la retraite. — Francis Garnier et ses compagnons arrivent a T^u-louy-lsé sniis avoir élé entamés.
Le P. Leguilcher nous mit en peu de mots au courant <1c la situation : depuis la révolte maliotnéluuc il travail plus osé revenir a Ta-ly el eue liai l de sou mieux sa présence dans le pays. Les atrocités et les exactions des sectaires soulevaient partout contre eux un sentiment unanime de lutine: mais la terreur qu'ils inspiraient était trop grande pour qu'on tentât de secouer le joug. Seuls quelques chefs de tribus lolos résistaient encore dans les montagnes, et c'était auprès d'eux que le Pére et ses chrétiens avaient parfois cherché un refuge. Je lui exposai le but de notre voyage. La lettre de recommandation du Lao papa de Yun-nan lut parut un passeport suffisant. Le prestige des Européens aidantt le Yuen-choaï, ou sultan de Ta-ly, ne verrait sans doute pas avec défaveur des étrangers dont la mission scientifique et commerciale ne paraissait pas de nature à lui porter ombrage. Après nuire réflexion, le P. Leguilcher se décida à nous accompagner lui-même à Ta-ly et a courir avec nous les chances d'une réception favorable, qui ne
hkiïH| ucrait certainement pas d'avoir d'heureux résultats pour luiî pr»ur sa
chrétienté.
Au pied Aê ta montagne habitée par le I\ Legiiîleher est située la petite ville de Kouang-tia-pin ; une citadelle musulmane la défend; son commandant nous lit savoir qiie ce serait le mandarin de lliang-kouao, ville fortifiée, située ;i 32 kilomètres de Ta-ly, sur les bords du lac, qui se chargerait de transmettre au sultan noire demande d*audience, J'envoyai un exprès porter cette demande, et j'y joignis la lettre de recommandation du Lao papa. Nous-mêmes, après un repos de vingt-quatre heures à Tou-touy-tse, n nous mimes en route*
Le 29 février, du haut du col qui forme la petite vallée du kouang-tia-pin, nous découvrîmes le lac de Ta-ly, l'un des plus beaux et des plus grandîmes pftfngÇf qu'il nous ait été donné d'admirer pendant le voyage. 13 haute chaîne de montagnes couvertes de neige forme le fond du tableau leurs pieds, les eaux bleues du lac découpent la plaine en une foule pointes basses garnies de hameaux et de jardins. Une courte descente nous amena sur les bords mêmes du lac, que nous contournâmes par le nord pour passer sur la rive orientale. Les nombreux villages que nous rencontrions portaient les traces de la plus cruelle dévastation. Seules les cultures paraissaient n'avoir point sou Ile rl et présentaient un florissant aspect. A deux heures, nous nous présentions aux portes de la forteresse de Hiaug-kou qui, bâtie sur les bords du lac, au pied même de la montagne, ferme complètement le passage. Le mandarin du lieu nous ht savoir qu'il ne pou nous permettre d'aller plus loin avant l'arrivée de la réponse du sultan.
11 fallut donc nous installer, en attendant, dans une petite auberge située en dehors de la ville. La curiosité de la foule était plus contenue et moins importune qu'elle ne l'avait été dans la partie chinoise du Yun-nan que nous avions déjà traversée. Le petit nombre de chrétiens qui avaient suivi le P. Leguilcher, tout tremblants des périls auxquels ce dernier s'exposait de gaieté de cœur en notre compagnie, le tenaient au courant des propos du peuple et tachaient d'en conjecturer l'accueil qui nous serait fait. De singulières rumeurs me parvenaient à chaque instant par cet intermédiaire; mais, habitué aux ridicules inventions dont nous avions été souvent le prétexte ou l'objet, je n'y attachais que peu d'importance. On répétait de nouveau qu'il était venu à Ta-ly même, peu de temps auparavant, seize Européens et quatre Malais qui s'étaient chargés de fabriquer des bombes pour le sultan. N'ayant pu réussir à tenir leur promesse, les seize Européens avaient été mis à mort, et les quatre Malais étaient retenus aux fers en attendant un sort pareil. On ajoutait, en nous montrant : « Ceux-là seront