‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 162 sur 197 · LE LAC DE TA-LY ET SES MONTAGNES · texte numérisé non relu

LE LAC DE TA-LY ET SES MONTAGNES

Ta-ly de nous faire escorter jusqu'à la frontière. Le Père lui fit la réponse que j'avais déjà faite au gouverneur de Hiang-kouan, et son interlocuteur n'insista plus; il le pria même d'abréger l'entrevue, de peur, ajouta-t-il, « de dépasser le temps fixé et de causer de l'impatience aux grands hommes*». Nous arrivâmes une heure après à la résidence du Père, où nous prîmes deux jours de repos, rendus nécessaires par les fatigues et les émotions des jours précédents.

Le 7 mars se présenta un nouveau messager du commandant du fort, priant le P. Leguilcher de venir « seul » régler avec le commandant mahométan les étapes de notre route. Nous considérâmes naturellement cette communication comme non avenue.

Malgré la rapidité avec laquelle nous avions dû faire le trajet de Ta-ly, je n'en avais pas moins recueilli quelques renseignements intéressants sur la contrée, ses habitants, ses ressources et son commerce3.

Le lac de Ta-ly, situé à une altitude de plus de 2000 mètres, mesure environ 36 kilomètres du nord au sud, sur une largeur moyenne de 9 à 10. Sa profondeur est très considérable; elle dépasse 100 mètres en quelques points. Il paraît y avoir quelques îles dans la partie sud-est. Le niveau du lac est supérieur à celui des rivières avoisinantes, et ses infiltrations peuvent alimenter celles du nord et de Test, qui appartiennent au bassin du fleuve Bleu. Use déverse ostensiblement à son extrémité sud par une rivière qui vase jeter dans un affluent du Cambodge'. La forteresse de Hia-kouan, dont j'ai déjà parlé, est construite à la naissance de cette rivière ; celle-ci n'est pas navigable. Peu après sa sortie du lac elle se bifurque en deux bras, qui se rejoignent bientôt après. Pendant la saison des pluies, les eaux montent de 5 mètres ; pendant la saison sèche, la chaîne des monts Tien Song, bordant la rive ouest du lac, y occasionne des rafales violentes qui rendent la navigation difficile. Cette chaîne, dont j'estime l'altitude à 5000 mètres, est couverte de neige pendant neuf mois de l'année. Sur la rive opposée s élèvent des collines enchevêtrées qui appartiennent à un soulèvement beaucoup moins important. Entre les montagnes et le lac, des plaines, admirablement cultivées, descendent en pentes douces vers ses eaux bleues, dont la profondeur et la limpidité sont propices à la conservation et à la reproduction d'un nombre infini de poissons.

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