‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 164 sur 197 · Qui s'appelle ici le Lan-tsang kiang · texte numérisé non relu

Qui s'appelle ici le Lan-tsang kiang

Le procédé de piclie le plus fructuf u\ et le plus communément employ par les indigènes est celui qui utilise l'instinct et l'adresse naturelle des oiseau i-pécbeurs,

La familiarité de ces oiseaux et la gloutonnerie des poisson* ont suggéré aux riverains ce procède bien supérieur à celui que l'on connaît en Europe sous le nom de pêche au cormoran. Les pécheurs parlent de grand matin et avec Tracas pour éveiller l'attention des nombreuses bandes d"oi*eaux qui sommeillent autour de leurs chaumières. Ib montent dans des barques plates munies d'un réservoir, et se laissent aller à la dérive, tandis que l'un d'eux, placé i l'avant, émiette sur l'eau d'énormes boulettes de riz. Les poissons, attirés par l'appât, accourent en foule, et les oiseau x-pèchetirs, groupés eu bandes pressées aux flancs de la barque, plongent et reparaissent incessamment avec un poisson au bec. Au fur et à mesure que la poche de leur bec se remplit, les bateliers la vident a l'intérieur delcur bateau, laissant a peine à chacun de ce- pëeheini ailés de quoi ne pas décourager son ardeur, Après une demi-heure de ce facile travail, la barque est pleine, et les bateliers vont vendre leur pèche au marché,

Li jkl;nsH: <ir T i - 1 y con tena i t jadis plus de IliO villages; le sultan a essayé de les repeupler presque exclusivement avec des Mahométans* La rive orientale est habitée par des populations Min-kia et Pen-tij qui sont les descendants des premiers colons chinois que la dynastie mongole envoya dans le Yun-uuu après la conquête de cette province parles généra u\ de Khouhilaï Khan, Les Min-kiu viennent des environs de Man-kin. Leurs [ertnncs ne se mutilent pas les pieds, et les jeunes gens des deux sexes ont pour coiffure un bonnet de forme originale, orné d'une perle d'argent. Leur costume et leur langage portent visiblement la trace de leur mélange avec les anciennes populations du pays. Ces émigrants chinois , sont traités avec mépris par les Chinois pur sang, et il en est résulté un antagonisme qui n'a pas peu contribué à faire garder aux Min-kia la neutralité, au début de la lutte entre les Mahométans et les Impériaux. Mais le despotisme et les violences exercées par les maîtres de Ta-ly ne tardèrent pas. à exaspérer les Min-kia, qui, sous la conduite d'un chef énergique nommé Tong, tinrent longtemps la campagne avec succès contre les soldats du sultan. Tong fut tué dans une rencontre en 1866, et les vainqueurs poursuivirent sa famille avec une rage sans exemple. Aujourd'hui, les populations des environs immédiats de Ta-ly, désorganisées et sans chef, subissent en frémissant la domination du sultan. Les Pen-ti habitent surtout la plaine de Tongtchouen au nord du lac et le district de Pé-ycn-tsin. Us portent un costume particulier.

ETHNOGRAPHIE DE LA CONTKÉE. 595 Les Lolos ou représentants de la race autochtone peuplent, sous différents noms, les sommets des montagnes et ne reconnaissent aucune autorité. Leurs brigandages terrorisent la population des plaines. Certains districts des environs de Pien-kio payent à Tune de leurs tribus, nommée Tcha Su, une rente annuelle qui est une sorte de prime d'assurance contre l'enlèvement des bestiaux. Le payement de celte rente n'assure pourtant pas aux intéressés le droit d'être indemnisés de la totalité des dommages qu'ils peu-

Typra Min-kia* — Dizain dt: Jiuwl-L&ngi-, d\ipr*# uu croqufcdo AL Dolaporli\

vent subir, et quand, maigre l'assurance, leurs troupeaux leur sont enlevés» ils n'ont le droit de réclamer que la moitié de leur valeur.

L'élément tibétain commence à jouer un rôle important dans l'ethnographie de la contrée. C'esl sans doute à ce rameau humain qu'il faut rattacher les tribus Mosso qui habitent la partie supérieure des vallées du lleuve Bleu, du Cambodge et de la Salouen, Peut-être faut-il y reconnaître aussi les débris de la population du royaume de Ton-fan, qui existait au neuvième siècle sur les confins du royaume de Nau-tchao ou de Ta-lj.

Je lire contenterai de citer les principales tribus mixtes de cette partie du Yun-nan : les Tchong-kia, originaires du Kou\-lchenu ; le- l'a-^ui, établis aux environs de Li-kiang; les Lama-jen, sur la rive droite du Lan-

tsang kiang1, à cinq jours au nord de Ta-lyf el les Skfan disséminés sur les frontières du Sé-tchoucn et du Yun-nan. Cette dernière tribu a, parait-il, encore aujourd'hui les mœurs dissolues qu'avait signalées Marco Polo au treizième siècle.

Les Tilietains proprement dits conservent d'ailleurs de nombreuses relations avec un pays dont une partie était jadis sous leur domination. Us vont souvent en pèlerinage dans quelques localités des environs de Ta-ly. 11 fout citer parmi ces lnealilés Thé-tong, ou la « caverne de pierre t., magnifique grotte de stalactites, située à quatre lieues dans le sud-est de Rouan g-tia-pin. C'est un des lieux les plus vénérés de la contrée, La hauteur de la grotte est celle d'une nef de basilique ; sa longueur atteint 3 kilo* mètres. Plus de cent ramilles ont pu s'y réfugier pendant la pierre des AI a ho nié tans. On en extrait du salpêtre.

Le commerce de l'on est de la province avait, avant la guerre» deux courants principaux: l un vers la Birmanie par Teng-yué teintai et Buntio; l'autre vers le Tibet. On exportait en Birmanie de la rhubarbe, du cuivre, des pierres ix fusil, du musc et de l'or en échange de coton. Les caravanes se réunissaient â Hia-kou&n, à l'extrémité sud du lac de Ta-ly. Elles arrivaient en deux jours à Yun-tchang ; en six jours à Teng-yué tchéou ; en neuf jours â Mo-fou. Il y avait en ce point une douane pâ-\% dépendant de la Chine; sept jour? après Mo-fou, on arrivait à Bamho. Les douanes hintianés percevaient la diuie des produits importés ; celle-ci était payable à Ava, en argent ou en nature. Les douanes chinoises percevaient h Mo-fou trois dixièmes de taèl par charge de coton.

Malgré les efforts faits par les Mahomélans pour maintenir ouverte cet!»' route commerciale, l'incertitude et l'arbitraire de leur domination, les brigandages des tribus Kakhyens qui habitent l'espace compris entre Bamho et la frontière du Yun-nan ont à peu près réduit à néant la circulation et les échanges dans cette direction 2. Le coton nécessaire à la consommation chinoise, n'arrivant plus de la Birmanie, a été demandé en grande partie aux provinces centrales de la Chine, et des essais de culture de ce textile ont été faits dans les parties les plus chaudes du Yun-nan. 11 s est établi, par suite, un courant se dirigeant de Ta-ly vers le Sé-tchouen et le nord-est. L'âprcté et la persévérance commerciales des Chinois n'ont été rebutées ni par la guerre, ni par l'état des routes. Alors qu'en Europe l'interruption de tout commerce entre les belligérants est la conséquence forcée de l'état

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