‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 169 sur 197 · DÉPAUT DE TONG-TCHOUEN · texte numérisé non relu

DÉPAUT DE TONG-TCHOUEN

urgent de nous hâter cl do sortir de la région montagneuse où nous nous trouvions1.

La population de la ville et celle de la plaine forment une race à part, qui se distingue des Chinois proprement dits par sa coiffure et sa prononciation. On a vu, dans le chapitre relatif à l'histoire du Yun-nan, que les Tongtchouen jen avaient longtemps conservé leur indépendance. Les environs de Tong-tchouen sont habités par des 1-kia. La route que nous suivions traverse un plateau d'un aspect moins désolé que la contrée qui sépare Yun-nan de Tong-tchouen; quelques vallées pierreuses et peu profondes le ravinent. Nous fîmes la rencontre d'une caravane de négociants du Kiang-si. Ils viennent chercher dans le sud du Yun-nan un sel de plomb naturel dont le nom chinois est ouan-oua^ et qui est employé pour la fabrication de la porcelaine. Les gens du Kiang-si sont les plus voyageurs de tous les Chinois, et ils tiennent la plupart des grandes hôtelleries que Ton rencontre dans les villes ou sur les routes.

* D'après les ordres donnés par les autorités de Tong-tchouen, tous les mandarins préposés à la garde des marchés qui se trouvaient sur notre route devaient honorer en nous les hôtes de l'empereur et les envoyés d'une nation amie ; malheureusement je ne pouvais me résoudre à prendre, aux yeux des Chinois, des allures en rapport avec ma situation de chef de la mission française2. Je continuais, comme par le passé, à cheminera pied, le plus souvent à l'écart de notre petite caravane. La nécessité de conserver un pas régulier afin de mieux estimer la route faite, et de în'isoler pour éviter les causeries et les distractions, me mettait souvent fort en avance. Je traversais donc les villages incognito, plus préoccupé de consulter ma boussole et ma montre que des témoignages de curiosité des paysans. Mon cheval, que je n'enfourchais que dans les occasions solennelles, servait en route aux hommes fatigués de l'escorte 3. Ce défaut de représentation amenait quelquefois de plaisants quiproquos. Le mandarin de Yé-tché-sin, militaire à bouton bleu, crut devoir, le 8 avril, venir m'attendre à une grande distance de sa petite ville; entouré d'une nombreuse escorte, il s'installa sur le bord de la route, prêt à saluer, dès son apparition, le chef de la mission française; mais, suivant mon habitude, j'étais sur la route fort en

1. Ce voyage pénibl»' à travers la montagne dura un mois au milieu de difficultés de tnit genre. Nous insistons encore sur ce point parc»; que, comme noua l'avons déjà d.t, on a prétendu que Tong-tchouen confluait au fleuve navigable et qu'après la mort de M. de Lngrée le voyage n'avait plu* présenté aucun obstacle. Voyez d'ailleurs ce (pie Francis (ïarnier u écrit lui-même page 608.

2. Après la mort de M. «le Lagréet Fraucis Garuier étuit devenu, conformément aux instructions et en raison même de son grade, le chef de la mission.

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