MISSION DE LONG-KI. C
pays. L'énergie de ceux qui l'habitent et les armes européennes dont ils disposent forment, à vrai dire, ses défenses les plus solides. A peu de distance dans Test-nord-est, sur le versant d'un coteau qui regarde Je Ilouang kiang et que Ton appelle Tchcn-fong-chan, se trouvent le séminaire et l'école de la Mission. A l'époque de notre passage ils étaient fréquentés par un nombre assez considérable d'élèves. Les jeunes prêtres que l'on envoie de France pour renforcer le personnel indigène viennent là s'exercer pendant quelque temps à la difficile gymnastique de la langue chinoise. Dans ce pays malheureux et troublé, ce petit noyau d'hommes courageux exerce une salutaire induenec. Quelques nouveaux efforts, que des encouragements accordés avec intelligence pourraient obtenir, leur permettraient de rendre à la science des services aussi importants que ceux qu'ils veulent rendre à la civilisation. L'un des missionnaires de Long-ki, M. de Chataignon, avait essayé d'installer un observatoire, et il avait déterminé par la longueur de l'ombre méridienne, faute de moyens plus précis, la latitude du séminaire. J'ai souvent regretté que des livres et des instruments ne soient pas libéralement mis à la disposition de ces ouvriers de bonne volonté, pour lesquels le travail est une véritable consolation dans le profond isolement où ils vivent. On n'aurait plus lieu de se plaindre que nous possédions si peu de notions géographiques sur des contrées où vivent cependant depuis près de deux siècles des missionnaires français1.
On me remit à Long-ki une lettre de M. Dabry de Tiersant, consul de France à Han-kéou, adressée à M. de Lagrée. M. Dabry avait appris notre entrée en Chine et s'était hâté d'envoyer ses félicitations au chef de la Commission française.
ATchen-fong-chan, les missionnaires nous firent cadeau d'un petit ourson à peine âgé de quelques semaines, surpris dans une chasse, au fond de l'antre paternel. Les montagnes des environs sont habitées par trois espèces d'ours, que les Chinois désignent sous le nom de Khenou hiong, Lao hiong et Ten hiong. Celte dernière espèce, dont le nom signifie « Tours homme », est la plus redoutée et donne lieu aux récits les plus fantastiques. Le Ten hiong sait, dit-on, imiter la démarche et la voix de l'homme et réussit ainsi à attirer dans sa demeure les voyageurs assez imprudents pour se fier à ses démonstrations amicales. Il existe aussi dans ces montagnes des léopards
1. Les excellentes indications que l'on doit à M. l'abbé Desgodins, missionnaire apostolique au Tibet, à la disposition duquel sa famille a mis des instruments d'observation et des livres, prouvent tout le parti que Ton pourrait tirer des loisirs de ces hardis pionniers de la civilisation. C'est avec une bien vive satisfaction que j'ai vu la Société de géographie de Paris accorder à M. l'abbé Desgodins, sur ma proposition, un compteur en récompense de ses travaux géographiques. {Note de l'auteur.)
Voy. De Paris au Tibet, p. 398.