U VOYAIS K I) EXPLORATION
dont la peau mouchetée est employée a faire
L'ourson île Tchen-fong-ehan Tut cordialement accueilli par nos An miles cl i m média (cm eut Presse à uni1 foule de gentillesses. Son agilité el sou intelligence nous divertirent pendant tout le reste du voyage. A Shanghai, le P. David, savant lazariste dont le nom est bien connu de tous ceux qui s'occupent d'histoire naturel le \ m'apprit qu'il appartenait a leapèc« dési -hit sous le nom d7 rwfs Tiàeiamts, Malheureusement, ce pauvre nnîm donl je comptai enrichir le Muséum de Paris, mourut, a son arri Suez, des chaleurs endurées pendant la traversée de la mer lluugc.
Nous quittâmes nos botes le 25 avril, Le P. Leguikher obtint de Msr Potisot l'autorisation de nous accompagner jusqu'àSiu-tchéou Ton ; nous rcjoiguitne?; notre barque et notre escorte, qui nous attendaient à très peu de dManee .]<■ Tchen-fong-ehan, lue heure et demie de navigation nous conduisit à SlD-tttlt, point où il fallait opérer un premier et très court transbordement et où vit une population de portefaix et de bateliers. Ce rapide forme la limite des pne* i un s du Sé-tchonen ri do Yuu-uaii sur ta ri\e ^aoelie du llouang kiang; sur la rive droite, la frontière est plus liant, au village de Tong-eo-kay. A une demi-heure eu barque de Sin-lan. on rencontre un si-eoml rapide, nommé Kiéou-loug-laut ou « rapide des NeuM)ragons a plus d'une demi-lieue de longueur. Ces rapides sont occasionnés soit un accroissement su hit de la pente du terrain, suit par des arêtes de rochers soulevés, qui traversent le lit de la rivière* Au village de Kiéou-long-tan, toisîmes la barque qui devait enfin nous conduire jusqu
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le fut prête â cinq heures du soir. Une heure après, nous llouang kiang, petite ville où nous passâmes la nuit, et où la curiosité de la foule et l'insolence des gamins nous obligèrent à avoir recours au mandarin de la localité.
Le lendemain, de bonne heure, nous continuâmes notre navigation sur le llouang kiang. Près de son confluent avec le fleuve Bleu, des tètes de roches font bouillonner ses eaux et accélèrent le courant; nos bateliers durent faire de vigoureux efforts pour franchir sans encombre ce passage dangereux où le moindre faux coup de barre peut perdre le navire. Ce furent les dernières difficultés : nous entrâmes immédiatement après dans les eaux plus calmes du Kin-cha kiang. Vis-à-vis de l'embouchure du llouang kiang s'élève sur la rive gauche un fort village, Ngan-picn, construit sur remplacement de Ma-hou fou, ancien chef-lieu de département, qui n'existe plus aujourd'hui.
1. Aujourd'hui correspondant de l'Institut. Voy. De Paris au Tibet, p. 67 et 398.
SI U-TCH rCOU FOU. 625 Au bout de Irois heures el demie de navigation sur le fleuve Bleu, nous arrivâmes à Siu-lcliéou fou. Cette ville, la plus populeuse de toutes celles que nous avions rencontrées, et qui peut renfermer environ 150000 habitants, est bâtie au confluent du fleuve Bleu et du Min kiang, rivière qui vient de Tchen-tou, capitale du Sé-tchouen. Elle est par conséquent en relations faciles avec le centre de cette riche province, tandis que, du côté opposé, le Houangkiangel le Yun-nan ho lui apportent les producl ions du Yun-nan, On retrouve à Siu-tchéou fou, dans toute son intensité, ce tourbillonnement particulier aux foules chinoises, qui avait été alangui par les désastres de la guerre dans les provinces que nous venions de traverser. Ce n'est pas que le commerce de cette ville n'ait eu aussi beaucoup à souffrir : l'interruption des exploitations métallurgiques dans le Yun-nan lui a enlevé un de ses principaux aliments; le cuivre, qui, avant la rébellion mahoinétane, se vendait i\ Siu-tchéou fou 8 a 9 taëls les 100 livres chinoises, en valait 18 au moment de notre passage; l'opium du Yun-nan, qui est à peu près le seul que Ton consomme dans celte partie du Sé-tchouen, atteignait le prix de 4 taëls le kilogramme. Le renchérissement du riz, auquel a beaucoup contribué la culture du pavot, était également très sensible.
Mais une cause particulière contribuait, lors de notre arrivée à Siu-tchéou fou, à donner une grande animation à la ville : les candidats au baccalauréat militaire étaient réunis à Siu-tchéou fou. Ces jeunes gens ne pouvaient laisser passer sans en tirer honneur un événement aussi rare que la présence de barbares européens dans les murs de la cité. Ces étrangers, <|ui avaient pu traverser sans encombre un pays aussi troublé que le Yun-nan, et que leurs armes et leur altitude avaient suffi, malgré leur petit nombre, à faire respecter du redouté sultan de Ta-ly; ces étrangers, dis-je, m devaient pas prétendre à la même immunité de la part de l'élite de la jeunesse guerrière du Sé-tchouen, réunie pour briguer les honneurs du premier grade militaire chinois et qui désirait voir de près et face à face ces terribles Européens, avec lesquels elle aurait peut-être à se mesurer un jour.
Ali ri d'éviter les importunilés de la foule, je faisais observer la consigne la plus sévère à la porte de la pagode que les autorités de la ville nous avaient donnée comme logement. Forcer cette consigne et arriver les premiers auprès de nous Tut de la part des bacheliers militaires l'objet d'un nouveau concours. L'un d'eux y réussit en effet en prétextant une affaire quelconque, et vint se promener dans la partie de la pagode qui nous servait i la fois de salon et de salle à manger. J'étais seul, ou presque seul, occupé à travailler. Le bachelier se mit à suivre tous mes mouvements, ne perdant pas une occasion de violer, aux yeux des domestiques et des soldats chinois présents a
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cette scène, toutes les règles de 1 étiquette, afin d'afficher clairement sou prorond dédain pour les barbares. Je le priai poliment de se retirer: il me rit au nez; je le poussai vers la porte : il se jeta sur moi; mais deux Anna* mites, accourus h mon appel, le saisirent et le garrottèrent. Le pauvre bachelier écumait de rage : après avoir vociféré mille menaces, il demanda pourtant sa grâce et sa liberté; mais l'offense était Irop grave, surtout aux yeux du public chinois. Pour que le châtiment ne restât pas ignoré, je lis donc entrer quelques spectateurs, et j'ordonnai de lui administrer sur le bas dès reins dix coups de verges qui L'ensanglantèrent Après remise du reste, je le renvoyai aussi furieux que meurtri. Le châtiment relativement très modéré dont j'avais puni ses grossièretés fit grand bruit dans la ville. Les gens sages trouvèrent que j avais agi avec trop d'indulgence a l'égard d'un jeune écerveléqui avait violé sans motif toutes les règles de l'hospitalité chinoise. Les bacheliers jurèrent de venger l'affront fait à leur camarade. Les murailles se couvrirent donc d'affiches menaçantes contre les étrangers. On invitait tous les gens de cœur à se réunir pour faire justice de cette poignée d'aventuriers; il importait à l'honneur chinois qu'aucun deux ne sortit vivant de Siu-tchcou.
Je fis prévenir de ces menaces le préfet de la ville; mais je comptais beaucoup plus sur l'énergie et la vigilance de nos Tagals et de nos Annamites que sur le concours des autorités*
Le 5 mai, nous avions réuni dans un dîner d'adieu tous les prêtres français présents à Siu-tchéou. C était presque le personnel entier des Missions du Yun-nan et du Sé-tchouen occidental. Le potage était à peine servi qu'on vint me prévenir qu'une nombreuse bande d'individus frappait à la porte de la pagode et demandait à parler à Ngan ta-jen1. Je me rendis dans le vestibule et fis interroger les impatients dont j'entendais les cris au dehors. Ils me répondirent qu'un messager venait d'apporter, de Yun-nan, des nouvelles que je serais bien aise de connaître. Je fis ouvrir un des battants de la porte et je m'avançai au dehors, disant que le messager était le bienvenu et qu'il n'avait qu'à venir me parler. Un grand silence se fit, puis soudain quatre ou cinq individus se détachèrent de la foule et se ruèrent sur moi avec des lances, des bâtons, et même des bancs pris dans les maisons voisines. Mais derrière moi surgirent aussitôt quatre ou cinq sabresbaïonnettes dont la vue fit faire immédiatement volte-face aux agresseurs. Cela se passa si rapidement qu'avant môme que j'eusse eu le temps de me mettre en défense, les Annamites chargèrent devant moi au pas de course