I . Voy. Publication officielle, p
PNOM BACHEY. 60 d'une longueur variant enlre 15 et 25 mètres. Pour les rendre manœuvrables, il fallut appliquer autour de chacun d'eux un soufflage en
Détails de la parlé du sanctuaire. — D ^iu de E. Thérond, d'après un dessin de M. Lefèvre,
lioutmant do vais^au.
bambou t assez large pour qu'un homme y put circuler facilement. Ce soufflage forme à l'avant et à l'a mère deux plates-formes qui prolongent el élargissent les extrémités de la pirogue, et dont Tune se ri a l'installation de la barre. La partie creusée de la barque est recouverte d'un toit semi-circu-
laire. dont la carcasse est faîte en bambou et dont les intervalles sont remplis par des nattes ou par des feuilles. Pendant que nos bateliers cambodgiens travaillaient activement à revêtir chaque barque de cette sorte d'armature, nous achevions de disposer le matériel de l'expédition et de prendre les précautions nécessaires pour le garantir autant que possible de toute avarie. Le travail devenait d'ailleurs notre seule distraction au milieu de l'isolement complet où nous nous trouvions.
Cratieh est un petit village de 400 à 500 âmes, où n'apparaît aucune espèce de mouvement commercial. Les cases, proprement construites, sont disséminées sur une grande longueur le long de la rive, entourées de quelques arbres fruitiers et de quelques petits jardins. Derrière l'étroite bande qu'elles occupent au sommet de la berge du fleuve, le terrain s'abaisse rapidement, et l'on ne rencontre plus que quelques pauvres cultures de riz éparpillées dans la plaine. Rien ne donne une idée plus triste de l'incurie et de l'indolence du Cambodgien, que la vue de ces petits carrés de riz, perdus au milieu de fertiles terrains restés en friche, alors que ni les bras ni les bestiaux ne mauquent pour les cultiver. Ce qui est nécessaire à sa consommation, et rien de plus, telle est la limite que le Cambodgien parait presque partout assigner à son travail. Aussi, au milieu d'éléments de richesse qui n'attendent qu'une main pour les féconder, au milieu d'un pays admirablement favorisé de la nature, reste-t-il pauvre et misérable, sa paresse ne daignant pas se procurer le bien-être et la fortune qu'il a sous la main : triste résultat du système de gouvernement qui atrophie ce riche et malheureux pays. L'intermédiaire du mandarin en tout et pour tout lui assure la part du lion dans les bénéfices, et tue l'initiative individuelle. Le roi et quelques autres grands personnages paraissent être les seuls propriétaires et les seuls commerçants du royaume. Les goûts dispendieux du roi. beaucoup accrus depuis son contact avec les Européens, laissent sa caisse toujours vide et l'ont obligé a affermer une à une toutes les branches de l'impôt ou du reveuu public. Les Chinois, auxquels est en général concédée l'exploitation de ces monopoles, en tirent parti avec l'àpreté qui caractérise leur race, et le malheureux contribuable est souvent pressuré au point de n'avoir d'autre ressource que de se réfugier dans les forêts pour y devenir voleur ou rebelle.
Sans doute le protectorat français ne doit s'immiscer dans les affaires intérieures du Cambodge qu'avec précautions et ménagements: mais si Ton îeut que ce protectorat ait pour notre commerce et notre influence les résultat* qu'on est en droit d'en attendre, si l'on tient à ramener l'activité dan*cett«» belle et fertile zone du Cambodge supérieur, il sera indispensable
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d'indiquer nettement, d'imposer même, au gouvernement cambodgien des réformes administratives1. En effet, I appui des Français, en augmentant les forces de ce gouvernement, devient pour lui un moyen d'exaction de plus, un encouragement à augmenter ses exigences â l'égard des populations : au lieu d'être pour le pays une cause de développement et de progrès, notre protectorat en amène peu à peu l'épuisement H l;i ruine.
Le 13 juillet, nos barques étant enfin prêtes, nous procédâmes â l'embarquement et à L'arrimage k bord de tout notre matériel ; le personnel fut à son tour réparti entre elles aussi également que possible, et le pavillon français fut arboré sur celle qui portail le chef de l'expédition, A midi, les pirogues débordèrent successivement et commencèrent leur long et pénible halage le long de la rive gauche du fleuve» L'équipage de ce genre de barques se compose, suivant leur dimension, de six à dix hommes appelés piqueurs. Chacun d'eux est armé d'un \oim bambou aux extrémités duquel se trouvent, d'un coté un croc en fer, de l'autre une petite fourche, selon que l'on veut tirer k soi ou pousser. Les piqueurs partent de la plate-forme avant, fixent leur bambou à un point quelconque de la rive, pierre ou brandie d'arbre, et marchent vers l'arriére pour revenir ensuite par le bord opposé prendre un nouveau point d'appui ou de halage. Cette espèce de manège circulaire peut imprimer à la pirogue la vitesse d'un homme marchant au pas de course quand les piqueurs sont habiles et que la rive que Ton suit est droite et nette. Le patron doit porter toute son attention à maintenir la barque dans le sens du courant ou plutôt son avant légèrement incliné vers la rive; s'il laissait le courant frapper l'avant du côté opposé, la barque viendrait en travers, et il faudrait lui laisser faire le tour entier avant de songer à la ramener le long de la berge.
Nous ne fîmes que peu de chemin le 13 : après un court arrêt à Sombor, nous vînmes nous remiser pour la nuit à l'entrée du Peaui tïhampi, petit affinent de la rive gauche du Mékong, Nous touchions aux premiers rapides de Samboc-Sonibor, La lisière d'un champ de maïs nous servit uV dortoir : la nouveauté de la situation, les conversations prolongées jusqu'à une heure très avancée, les moustiques, quelques grains de pluie, firent passer une nuit blanche à la plupart d'entre nous. Le lendemain, à six heures du matin, après un déjeuner sommaire composé, comme à bord,
1. C'est ce que Francis Gantier avait entendu réaliser nu Totigkiiig. Il prétendait y établir des lois douanières et un protectorat telfl que ni le» aventurier*, qui almndriil dans les colonies naissantes, ni les commerçants réguliers eux-mêmes ne fussent l un tés de substituer leur exploitation à celle des mandarins locaux. Le traité signé au mois de mars 1884 par M. Thompson, gouverneur de la Cochinchiue, avec le roi NoroJorn, réalise eu partie ces désidérala, L*1 traité de Tien tsin (mai 1884 le* a fait passer dans k domaine des faits. Voy, In note p. U4,
de biscuit et de café, nos barques continuèrent l'ascension du fleuve.
Le courant était rapide; les eaux avaient crû de cinq mètres environ et charriaient déjà des arbres, des branches, des amas de feuilles enlevés aux rives. Au lieu des tètes de roches qui parsèment cette partie du Cambodge à l'époque des basses eaux, on n'apercevait sur l'immense fleuve que quelques lointains et rares bouquets d'arbres qui indiquaient la place des rochers submergés; à plus d'un mille de distance apparaissait la rive droite. Le long de la rive que nous suivions, un large espace semblait libre de tout obstacle et offrait un passage facile à un navire à vapeur doué d'une force suffisante pour refouler le courant. En somme, ces rapides tant redoutés disparaissaient au moment de la crue des eaux1, et la navigabilité du fleuve, qui, au début du voyage, était le point le plus important à constater, pouvait jusque-là être considérée comme certaine. A cinq heures du soir, nous étions arrivés à Sombor.
C était le dernier point de quelque importance appartenant au Cambodge que nous devions rencontrer. Le gouverneur de la province de Samboc- Sombor y réside : il accueillit le commandant de Lagrée avec tout le respect dû à son rang. Confortablement installés dans Tune des nombreuses cases qui composent l'habitation de ce fonctionnaire, et bien à l'abri sous nos moustiquaires, nous passâmes une nuit meilleure que la précédente. L'excellent mandarin reçut de M. de Lagrée, en retour de quelques cadeaux de volaille et de fruits, un revolver choisi dans notre stock d'objets d'échange. A ce prix, il eût volontiers prolongé une hospitalité, dont ses contribuables faisaient tous les frais. Mais le temps pressait, et nous ne pûmes accorder à ses instances que la matinée du jour suivant. Vers onze heures, nous nous remettions en route.
A partir de Sombor, le lit du fleuve s'encombre d'une multitude d'iles qui l'élargissent démesurément et qui, tout en variant à plaisir ses aspects successifs, ne permettent pas d'embrasser toute son étendue et de juger de sa configuration. La zone que nous traversions était à peu près complètement inhabitée et couverte de forêts magnifiques. Les essences les plus communes parmi celles que nous rencontrions étaient le yao, dont j'ai déjà parlé, le ban-lang qui fournit au batelage d'excellents avirons, le cam-xe qui donne un beau bois d'ébénisterie a. Le premier de ces trois arbres,
1. FrojKis Garnier a constaté le même phénomène sur les rapides du Fleuve Bleu, entre Tchongkîn fou et Han kéou. au cours de son voyage dans la Chine centrale mai-août 1873 . Voy. son ouvrage posthume : De Pari* au Tibet, p. 343 et suiv.
5. Toutes ces essences, inconnues en Europe, u'out pas d'appellations équivalentes en langue vulgaire, et je h-ur donne le nom anuamîte sous lequel elles c «mmencent à être connues dans notre colonie de C<»chiuchîne. CVst sous cette forme seulement que ce renseignement peut aroir chance d'être utile à quelques lecteurs. Sote de /Vw/ernO
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le plus remarquable par sa grosseur et son élévation , était le seul exploité. Des excavations eu forme de niche, creusées par le feu, étaient pratiquées dans la plupart des troncs d'arbres et servaient de réservoir à l'huile de bois que celte espèce produit eu quantité considérable. Quelquesunes de ces excavations étaient recouvertes avec soin de larges feuilles pour empêcher l'introduction de l'eau de pluie.
Le 16 juillet, nous atteignîmes de véritables rapides: les rives nettes et bien dessinées des îles qui avaient encadré jusque-là le bras du fleuve que nous remontions s'effacèrent tout à coup. Le Cambodge se cou-
Arrivée aux rapides de Sombitr. — Dessin 'I*1 A. livrât, d'aptes un dessin de M. Deluporte,
Vf il d'innombrables bouquets d'arbres ù demi submergés; ses eaux limoneuses roulaient avec impétuosité dans mille canaux dont il était impossible d'embrasser l'inextricable réseau. D'énormes blocs de grès se dressaient le long de la rive gauche et indiquaient que des bancs de la même roche traversaient la rivière et la barraient dans toute sa largeur, À une assez grande distance de la rive, les bambous des piqueurs touchaient le fond à moins de trois mètres, et nos barques n'avançaient qu'avec le plus grand effort contre un cou m ni qui, en certains endroits resserrés, atteignait une vitesse de cinq milles à l'heure. L'avenir de ces relations commerciales rapides que la veille encore je me plaisais à rêver sur cet immense fleuve, route naturelle de la Chine h Saigon ( rne sembla dès ce moment gravement compromis.
Las pluies et les orages contribuèrent encore à rendre notre marche plus lente et notre voyage plus pénible. Nous avions les plus grandes peines à trouver le soir un gite sûr pour nos barques, et les crues subites des petites rivières, à l'embouchure desquelles nous cherchions un abri, nous mirent plusieurs fois en danger d'être emportés pendant notre sommeil et jetés à l'improvistc au milieu du courant du grand fleuve. Nous couchions maintenant dans nos pirogues, dont le toit nous garantissait un peu de la pluie ; mais il ne fallait pas que l'orage durât bien longtemps pour percer de part en part les nattes et les feuilles qui le composaient. La température ne rendait point ces douches bien pénibles à supporter, et Ton se résignait assez facilement à ne pas dormir, en contemplant l'illumination fantastique et véritablement grandiose que des éclairs incessants entretenaient sous les sombres arceaux de la forêt, et en écoutant le bruit éclatant du tonnerre, répercuté par tous les échos, se mêler au grondement sourd et continu des eaux du fleuve.
Le 19 juillet, nous sortions de cette zone de rapides. Nous arrivions à la limite du Cambodge et du Laos, sur la rive gauche du fleuve que nous suivions toujours. Sur la rive droite, un peu en aval de ce point, on signalait un rapide terrible, celui de Preatapang, que nos bateliers donnaient comme le passage le plus dangereux de toute cette partie du fleuve. M. de Lagrée m'engagea à le reconnaître, et je partis à cet effet dans une petite pirogue. Arrivé au milieu du fleuve, le long d'une tle d'où Ton découvre une assez longue perspective en aval, mes rameurs me montrèrent du doigt la direction de Preatapang. Ce fut tout ce que j'en obtins : malgré toutes mes instances, ils me ramenèrent à la rive d'où nous étions partis et qu'avait continué de longer le reste de l'expédition. Nous convînmes, M. de Lagrée et moi, que ce ne serait que partie remise, et que, dès notre arrivée à la prochaine étape, je tenterais une reconnaissance de la rive droite du fleuve jusqu'à Sombor, point où nous avions cessé d'apercevoir cette rive.
Le 20 juillet, le cours du fleuve, qui s'était infléchi à l'ouest dans le passage des rapides, était revenu exactement au nord, et pour la première fois l'horizon nous montrait dans cette direction quelques ondulations de terrain. Le fleuve était redevenu calme et d'un aspect magnifique ; sur la rive gauche apparaissaient les premières habitations laotiennes. Le 21 au matin, nous apercevions le large confluent du Se Cong ou rivière d'Attopeu, et nous doublions la pointe de Stung Treng, chef-lieu de province situé sur la rive gauche de cette rivière, à peu de distance de son embouchure. Nous allions rencontrer là le premier fonctionnaire dépendant de Siam avec qui nous eussions encore eu affaire.