CIO
fruil et sans
nombre plus considérable encore! Quelle difficulté pour traduire fait scientifique nouveau ou une idée nouvelle, et quelle obscurité dans leur exposition! — Avec un pareil mode d'écriture les spéculations métaphysiques, qui ne sont point d'ailleurs dans le génie chinois, les sciences exactes, pour lesquelles il aurait au contraire une aptitude marquée, resteront toujours à Tétai embryonnaire et ne donneront que des résultats illusoires.
En Chine, l'instruction est 1res répandue, et le plus petit village possède une école; les gens complètement illettrés y sont donc beaucoup plus rares qu'en Europe, mais cette instruction se réduit presque à apprendre à lire et à écrire, 11 est des degrés infinis dans la possession de cette première des sciences, et l'admiration respectueuse de la foule reste acquise I celui qui, arrivé au sommet du savoir, peut en hésitant, en ânonnant quelquefois encore, lire les anciens sans dictionnaire. Tel est le cas des lettrés et leur seul titre à la considération publique. Rien de plus juste, du reste, puisqu'ils peuvent seuls, sans s'exposer aux fâcheuses confusions que commettrait un ignorant, expliquer les lois, lire les ordres de l'empereur, expédier les dépèches, manier couramment, en un mot, ce pinceau élégant et habile qui fixe si laborieusement la pensée sur le papier.
Que Ton suppose un instant les caractères latins admis universellement en Chine, et les principaux livres chinois et européens transcrits par ce procédé en langue mandarine; en quinze jours, — l'expérience en a déjà
é faite, — un enfant apprendrait i lire. Tout un monde d'idées et de sa t ion s nouvelles viendrait éclairer ce peuple si intelligent, si d'apprendre, et qui passe aujourd'hui sa vie à épeler. Ce serait comme une traînée de feu parcourant tout l'Empire ; les préjugés invincibles, entretenus aujourd'hui avec tant de soin par certains lettrés, les rancunes, les haines, les mépris accumulés depuis tant d'années contre les étrangers, toutes ces barrières qui font de la nation chinoise un monde hermétiquement fermé à toute influence extérieure, tomberaient comme par enchantement. Il n'y aurait de comparable à cette grande révolution sociale que celle opérée jadis en Europe par la découverte de l'imprimerie.
Nous croyons que c'est le premier remède qu'il convienne d'appliquer à cette civilisation malade, le seul qui puisse la tirer de sa torpeur et de son immobilité, et la mettre en communion avec le reste du monde. Le jour où ce remède sera sérieusement mis en pratique, la grande aristocratie des lettrés, qui personnifie aujourd'hui la résistance au progrès, et au milieu de laquelle se révèle chaque jour une corruption plus profonde et plus incurable, perdra tout son prestige.