‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 2 sur 197 · M. Levasseur (le Temps, du 11 janvier · texte numérisé non relu

M. Levasseur (le Temps, du 11 janvier

2. Hachette et Gl€, 2 forU volumes in-4°, 1 atlas et 1 album in-folio, 1873.

3. M. Vivien de Saint-Martin (Bulletin de la Société de géographie, 1873, livraison de mars, p. 295 et 309).

INTRODUCTION

des explorateurs sont notés d'une main légère et sûre; la précision naturelle du narrateur n'est jamais resserrée jusqu'à la sécheresse et ne tourne pas à la monotonie. Elle est juste assez savante pour faire apprécier les importants résultats d'une pénible exploration, sans trop insister sur les efforts qui les ont assurés, et assez littéraire pour faire oublier qu'il s'agit presque exclusivement ici de science. Çà et là quelques pages charmantes, où le géographe s'efface devant l'écrivain et le penseur, sont une détente pour l'attention. On s'arrête un instant avec l'auteur dans le monde des idées ou dans celui des rêves, et l'on perd de vue les difficultés et les souffrances qu'il fallait vaincre ou supporter.

Cependant nous ne nous sommes pas contenté, en préparant cette édition, de reproduire la version du Tour du Monde : nous l'avons complétée par quelques références à la « Publication officielle » et par des notes personnelles, lorsqu'il nous a paru utile de préciser des faits historiques, d'analyser de plus près des doctrines religieuses, de mieux faire goûter un art original ou, enfin, de remplir certaines lacunes du récit d'un voyage pendant lequel Francis Garnier s'est plusieurs fois séparé de ses compagnons pour entreprendre des explorations particulières.

Les remarquables études qu'il avait intercalées dans la « Publication officielle », et qui y sont restées enfouies depuis douze ans, ont été soigneusement signalées dans nos notes. Nous aurions voulu pouvoir en donner des extraits : le cadre du présent volume ne nous l'a pas permis, et il faut y renvoyer les gens de goût, amateurs de cette érudition discrète, qui ne sépare pas la véritable science de la méthode, de la correction et de la clarté. Si nous n'avons pu faire ces emprunts « à la Publication officielle », nous avons du moins détaché de son atlas les deux grandes cartes de la Chine centrale et de l'Indo-Chine. Leur échelle et leurs dimensions permettront au lecteur de suivre facilement les étapes de la Commission du Mékong et d'y rattacher les épisodes du récit. A cet intérêt essentiel s'ajoute celui que les événements contemporains donnent à des planches qui renferment la côte de l'Annam, le Tong King, Haïnan, Formose et le littoral chinois jusqu'à Shang-haï.

Avant de donner sur l'auteur de ce livre, sur sa vie, ses idées et ses travaux les renseignements sommaires que nous devons aux lecteurs du Voyage en Indo- Chine, il nous semble indispensable de reproduire le début de la Préface dont Francis Garnier a fait précéder la « Publication officielle ». On y verra qu'il était difficile, en une circonstance plus décisive, de s'effacer davantage et de témoigner un plus respectueux attachement à la mémoire d'un chef qui méritait d'ailleurs, par l'élévation de son esprit et la dignité de son caractère, tout cet éloge et tout ce désintéressement.

« Le voyage scientifique dont cet ouvrage contient le récit a été résolu, en 1865, « par H. le marquis de Chasseloup-Laubat, ministre de la marine, et alors comme « aujourd'hui président de la Société de géographie de Paris; la publication en a « été ordonnée, en 1869, par son successeur, H. l'amiral Rigault de Genouilly. « Après la longue interruption causée par les événements de 1870-71, cette publi- « cation a été reprise et vient d'être achevée sous le ministère de M. le vice- « amiral Pothuau.

« C'est à la sagesse et à l'énergie de son chef, H. le capitaine de frégate Doudart

INTRODUCTION

« de Lagrée, que la Commission française d'exploration a dû de réussir dans la « tf^che difficile qu'on lui avait confiée. Il a payé de sa vie la gloire de cette entre- « prise : elle lui appartient tout entière.

«Doudartde Lagrée (Ernest-Marc-Louis-de-Gonzague) était né, le 31 mars 1823, « à Saint- Vincent-de-Mercuze, canton du Touvet (Isère). Sa famille, originaire « de Bretagne, mais fixée depuis longtemps dans le Dauphiné, occupait un rang « distingué dans la province et avait fourni depuis plus de deux siècles à l'armée « et à la magistrature un grand nombre de sujels d'élite.

« Ernest de Lagrée fit son éducation au collège des Jésuites, à Chambéry, mais « témoigna de bonne heure la ferme volonté de servir la France ; malgré les offres « séduisantes qui lui étaient faites pour le retenir en Savoie, il entra à l'École poly- « technique, dont il sortit élève de première classe delà marine le 1er octobre 1845. « Enseigne en 1847, nommé lieutenant de vaisseau ^au choix le 8 mars 1854, il « commanda en cette qualité laballerie basse du vaisseau le Friedland pendant le « combat du 17 octobre, sous les murs de Sébaslopol, et reçut pour ses brillants « services pendant la campagne de Crimée la croix de chevalier de la Légion d'hon- « neur. Il exerça ensuite avec distinction le commandement de l'aviso le Rôdeur, « sur les côtes de la Méditerranée. Une affection du larynx, dont l'origine remon- « tait à son enfance, l'obligea, à la suite de cette campagne, à quitter le service « actif pour suivre un traitement spécial. A peine convalescent, il partit pour la « Cochinchine, où il joua bientôt le rôle le plus intelligent et le plus utile. Nommé « capitaine de frégate le 2 décembre 1864, en récompense des services qu'il avait « rendus dans les négociations relatives à l'établissement du protectorat du « Cambodge, il voulut compléter la tâche à laquelle il s'était voué, et il accepta, « au commencement de 1866, la direction du voyage d'exploration qui devait lui « coûter la vie.

« Ce voyage mit dans tout leur relief les éminentes qualités de M. de Lagrée : « la sûreté d'intelligence, l'élévation de caractère qu'il déploya au milieu des cir- « constances les plus difficiles, excitèrent souvent notre admiration. L'extrême « distinction de son esprit, la délicatesse de son cœur lui conquirent dès les pre- « miers jours notre affection et notre respect. Il fut pour nous moins un chef qu'un « père de famille : il se réserva la plus grande part des fatigues et garda tout entiers « les soucis et la responsabilité du commandement. Continuateur insuffisant de « son œuvre, j'ai hâte de placer sous l'égide de son souvenir un ouvrage auquel il « aurait seul pu donner l'autorité et le développement nécessaires. »

Cette page est datée du 3 octobre 1872. Elle a été écrite à bord de VHoogly, au moment où Francis Garnier partait pour ce voyage dans la Chine centrale dont son livre posthume De Paris au Tibet 1 nous a conservé la relation.

C'est à la notice publiée il y a deux ans, en tète de ce dernier ouvrage, que nous empruntons les principaux éléments de la biographie qui va suivre.

Francis Garnier naquit à Saint-Étienne (Loire) le 25 juillet 1839. Dès l'âge de sept ans, ramené par les pérégrinations de sa famille à Montpellier où son

Page 1