Hachette et C'*, 1 vol. in
INTRODUCTION
aïeul maternel avait laissé des souvenirs, il entra au lycée de cette ville et y fit de rapides et brillantes études. A l'âge de quinze ans et demi, il était reçu à l'École navale dans les premiers rangs. Aspirant de deuxième classe en 1867, il navigua sur les côtes du Brésil et de la Plata et dans les mers du Sud. Enseigne de vaisseau au choix, après une action d'éclat en 1860, et attaché, cette môme année, à l'état- major de l'amiral Charner *, il fit en cette qualité la campagne de Chine et de Cochinchine. Inspecteur des affaires indigènes en 1863, il fut bientôt après, âgé de vingt-quatre ans à peine, chargé de l'administration de la ville de Cholen et de son arrondissement, poste administratif alors le plus important de la Cochinchine française.
Il publia à cette époque, sous le pseudonyme de G. Francis, une brochure : la Cochinchine française en 1864, dont nous résumerons le contenu* et qui eut un retentissement considérable dans le monde de la marine. L'auteur y donnait le plan d'un grand voyage d'exploration dans l'intérieur de l'Indo-Chine, en vue d'ouvrir des communications commerciales entre la Chine méridionale et la Cochinchine. Déjà, dès le mois de juin de Tannée précédente (1863), et avant môme son entrée dans l'inspection des affaires indigènes, Francis Garnier avait soutenu l'opportunité de ce voyage d'exploration. « Sa correspondance, ses démarches et celles de ses amis auprès de M. de Chasseloup-Laubat, alors ministre de la marine, en font foi, et obtinrent enfin gain de cause 3. »
Nous citons plus loin4 les différents témoignages rendus par des officiers autorisés et constatant que Francis Garnier avait été l'initiateur de l'entreprise. Lieutenant de vaisseau depuis 1865, il n'était pas assez ancien de grade pour obtenir un pareil commandement. Cet honneur fut confié au capitaine de frégate Doudart de Lagrée, que de brillants services rendus au cours d'une mission diplomatique au Cambodge avaient récemment fait distinguer par le viceamiral gouverneur.
Francis Garnier fut le second de M. de Lagrée, et à ce titre c'est à lui qu'incombèrent les travaux d'hydrographie, de météorologie, d'astronomie, la carte du voyage, l'étude des voies commerciales, etc. Un enseigne de vaisseau, M. Delàporte, chargé principalement des dessins et de l'administration, et qui devait suppléer au besoin le premier officier dans ses travaux, deux médecins de la marine, MM. Joubert et Thorel, spécialement affectés aux études géologiques, anthropologiques et botaniques, et un attaché du ministère des affaires étrangères, M. de Carné5, composaient le personnel de la mission, complété par des interprètes indigènes, dont l'un élait le collaborateur ordinaire de M. de Lagrée, et par une petite escorte d'hommes d'élite.
L'expédition quitta Saïgon le 5 juin 1866, sans pouvoir emporter les passeports chinois indispensables pour pénétrer dans le Céleste-Empire et que le gouverneur de la Cochinchine devait faire parvenir ultérieurement à M. de Lagrée. Elle remonta le Mékong jusqu'au Grand Lac, visita longuement les immenses ruines d'Angcor, que M. de Lagrée avait déjà étudiées en partie pendant son séjour dans le pays,