M LONG ET ILE DE K H 0 N G
les parties plus tranquilles, des pélicans et d'autres oiseaux aquatiques se laissent nonchalamment emporter par le courant.
Parmi les îles des cataractes, deux seulement sont habitées, file de Khon et celle de Sdam.
Toutes les autres sont déserles et revêtues d une épaisse foret.
En amont, au contraire* les bords du fleuve sont très peuplés ci très cultivés. LTilc de Si ta n don g ou de Khon g, qu'il ne faut pas confondre avec ftlc de la cataracte, dont nous venons de parler, est la plus considérable de toutes : elle a donné son nom à la province.
La ligne continue de palmiers, de maisons, de jardins, que présentent ses rives, est du plus riant aspect. De petites chaînes de collines la traversent dans toute sa largeur et forment autant de réservoirs naturels d'où l'eau de pluie se répand partout, en petits ruisseauv distribués avec intelligence , dans toutes les plantations. Le Muongse trouve sur la côte est de file. Nous y arrivâmes le 26 août, après avoir quitté, la Teille, THe de Khon des catai . n les, Un logement nous était déjà préparé sur le bord de l'eau, presque vis-à-vis de la résidence du gouverneur.
Celui-ci, bon et jovial vieillard de quatre-vingts ans, nous accueillit avec les marques de la sympathie et de la curiosité les plus vives : il était complètement sourd, et
pour le tenir au courant de la conversation, un serviteur devait écrire sans relâche sur un tableau qu'on lui mettait sous les yeux* Sa bienveillance et son empressement â satisfaire toutes nos demandes ne se démentirent pas un instant. A Khong, nous n'étions annoncés par aucun antécédent fâcheux pour la considération des Européen* : la tranquillité et la richesse de cette province, assez éloignée des frontières pour ne ressentir jamais le contre-coup des guerres voisines, rendaient la population plus confiante qu'à Stung Treng, où Ton était souvent exposé aux incursions des sauvages et des rebelles annamites ou cambodgiens, Notre générosité, la douceur de nos allures, la régularité de la conduite des hommes de l'escorte justifièrent et augmentèrent cette confiance. Les habitants se montrèrent plus qu'empressés et nous importunèrent par leur curiosité incessante. Les moindres objets européens, offerts comme cadeaux ou présentés comme objets d'échange, excitaient la plus vive admiration et les plus grandes convoitises. Le gouverneur» devenu l'heureux possesseur de quelques-uns d'entre eux, disait que bien certainement Bouddha avait <lù naître en France et non dans un pays aussi pauvre et aussi barbare que le sien. Il nous envoya un bœuf en retour, ce qui nous causa un plaisir infini, pareille aubaine ne nous étant point arrivée depuis notre départ de Pnom Penh,
La position de Khong en fait un centre commercial assez important, et les échanges y paraissent plus actifs qu'à Stung Treng. Les principaux négociants sont des Chinois fixés dans le pays depuis longtemps et mariés à des indigènes. Aux produits déjà signalés à Stung Treng, il faut ajouter la soie, que Vile de Sitandong produit en quantités relativement considérables. Khong est en relation avec les tribus de sauvages de Test par une route qui part de la rive gauche du fleuve et qui parait assez fréquentée. A la hauteur de Khong, et sur la rive droite, s'étend la province cambodgienne de Tonly Repou, tombée aujourd'hui au pouvoir des Siamois. KM'' <l*>ii nui nom h une jolie petite rivière, dont la vallée était autrefois riche et peuplée; depuis son annexion à Siam, elle est presque déserte, et les montagnes qui la limitent servent de refuge à des bandes de voleurs. Le commandant de Lagrée alla visiter, pendant notre séjour à Khong, un ou deux villages qui dépendent de cette province, et remonta pendant quelques milles la rivière Repou, que les Laotiens appellent Se Lompou *. 11 revint convaincu de l'importance qu'il y aurait, pour le Cambodge et pour le commerce de notre colonie de Cochinchine, à revendiquer la posses-
|, Tûnly et) cambodgien, S* en laotien, veulent dire rivière.
Xotc de faut fur
IMPORTANCE COMMERCIALE DE TONLY REPÛL\ 95
sion d'un territoire dont Siam sTest emparé par une véritable trahison* Sous le roi Ang Cham, prédécesseur d'Ang Duong, père du roi actuel du Cambodge, le Déchu Ming, grand mandarin de Compong Soait se révolta contre son souverain légitime; poursuivi par les troupes royales, auxquelles s'étaient joints les Annamites, il se réfugia dans la province de Tonly Repou, qui relevait de son gouvernement. N'espérant pas pouvoir y tenir longtemps, il implora le secours du roi de Siam et lui offrit de lui livrer, non seulement cette province, mais encore celle de Muluprey, située plus à l'ouest Siam accepta l'offre, lui donna le gouvernement de
ces deux provinces, que les Cambodgiens n'osèrent plus revendiquer, et la m lésion fut consommée en fait, sans avoir jamais été proclamée ou reconnue de part et d'autre d'une façon officielle.
Si Ton veut que le commerce parla vallée du Mékong prenne l'extension qu'il doit logiquement avoir, il faut que le pavillon français flotte sur la rive droite du fleuve, en amont des cataractes, pour protéger le transbordement des marchandises qui remontent ou qui descendent ; il faut aussi favoriser les travaux de nature à faeililrj le passage, et eulin agrandir autant que possible le cercle de notre influence civilisatrice, qui seule peut faire atteindre a ces riches contrées le développement dont elles sont susceptibles*
Dès que le pays se trouvera eu possession de communications commerciales plus faciles et moins onéreuses, la position du groupe d'îles que commande Khong lui assurera une prospérité analogue à celle que les districts les plus favorisés du delta du Cambodge ont acquise sous la domination française. Malheureusement, a Khong, nous avons recueilli de la bouche des commerçants chinois les mêmes plaintes qua Stung Treng relativement aux exigences et aux rigueurs de la douane cambodgienne de Pnom Prnh,
Dans le sud de Tîle de Khong, M. de Lagrée a trouvé quelques vestiges peu importants, mais encore reconnaissables, de constructions Miniers. Le pays, plus accidenté, plus pittoresque que la monotone et plate étendue que nous avions traversée jusque-là, invitait, malgré les pluies, aux excursions et aux promenades. Vis-à-vis de notre campement, sur la rive gauche du fleuve, s'élevaient des hauteurs boisées : habitués aux plaines sans limites de la Cochinchine et du Cambodge, nous nous imaginions avoir devant nous de véritables montagnes. La complaisance des habitants, dont nous commencions à balbutier un peu la langue, rendait nos déplacements plus faciles : nous nous sentions plus libres dans nos mouvements, plus indépendants qu'au début du voyage, et chacun mettait plus d'activité et plus de plaisir a ses recherches.
On se rappelle sans doute qu'avant de nous engager définitivement dans la partie supérieure de la vallée du fleuve, nous devions recevoir du gouverneur de la colonie les passeports et les instruments qui nous manquaient encore. Il fallait choisir un point de stationnement commode et agréable pour attendre la saison sèche au retour de laquelle on devait expédier de Pnom Penh les objets attendus. M. de Lagrée avait hésité un instant entre Khong et Bassac, cher-lieu de la province qui confine immédiatement, au nord» la province de Khong, et qui se trouve sur le fleuve à un peu plus de vingt lieues de ce dernier point. Après quelques jours passés a Khong, le chef de l'expédition fixa son choix sur Bassac, dont l'importance politique lui parut plus grande et où il pensa qu'il serait plus facile d obtenir des renseignements sur le haut du pays.
Le 6 septembre, nous nous remîmes en roule pour cette nouvelle destination. Au-dessus de l'île de Khong, le fleuve réunit toutes ses eaux en un seul bras; pour la première fois depuis Sombor, il n'occupe plus qu'une largeur de douze h quinze cents mètres, et son lit se trouve débarrassé des rochers et des bouquets d'arbres qui l'obstruaient. Ses rives, très peuplées et très cultivées, offrent partout des lieux de halte commodes et bien approvisionnés. 11 fallut au début réprimer vigoureusement les tentatives de vol