Voy. p. 425 en note, î. Voy. p. 3 et
3. Notice sur Francis Garnier, par M. Trêve, capitaine de vaisseau, extrait de la Revue maritime et coloniale, 1874.
4. 11 faut signaler notamment le projet et la demande dont l'existence est constatée par M. le capitaine de frégate Henri de Bizemont. Voy. p. 8, en note.
&. Ce dernier a publié à part, dans la Revue des Deux Mondes, une relation du Voyage, parue ensuite en volume sous ce titre : Voyage en Indo-Chine et dawt V Empire Chinoi* (Dentu).
INTRODUCTION
et continua l'ascension du fleuve. Malheureusement une insurrection éclata bientôt dans le Cambodge et intercepta les communications entre la petite troupe d'explorateurs et la colonie. Francis Garnier, à la suite de deux tentatives infructueuses, réussit à franchir au péril de sa vie le territoire occupé par les insurgés et put rapporter, après une dangereuse excursion de trois mois, les passeports nécessaires au succès du voyage.
La Commission parvint cependant à Bassac, retrouva les traces de Mouhot, puis à travers les forêts empestées du Laos, en touchant à la Birmanie et en explorant les royaumes encore inconnus de l'Indo-Chine septentrionale, après seize mois de fatigues et de souffrances inouïes, atteignit la Chine méridionale et pénétra dans la province du Yun-nan.
C'est à ce moment que les renseignements déjà recueillis, complétés par une excursion de Francis Garnier sur le Ho-ti kiang, affluent septentrional du Song Coï (fleuve du Tong King), révélèrent aux explorateurs français la véritable voie commerciale entre la Cochinchine et la Chine. Le problème était résolu en principe. La preuve directe, celle qui résulte du fait matériel du passage par le fleuve, restait à faire, et c'est aussi un Français, M. J. Dupuis, qui devait en avoir l'honneur f.
Cependant la santé de M. de Lagrée, déjà atteinte au départ de Saigon, s'affaiblissait de plus en plus. Tandis que Francis Garnier, préoccupé des origines tibétaines du Mékong, faisait à la tête d'une partie de la mission une excursion extrêmement périlleuse dans le royaume musulman de Ta-ly, où, malgré les efforts du gouvernement des Indes, aucun voyageur européen n'avait encore pénétré, M. de Lagrée mourait à Tong-tchouen. Francis Garnier prit à son retour le commandement de l'expédition, et, en rapportant le corps de son chef, au travers d'une région montagneuse des plus pénibles à traverser, il atteignit enfin le Yang-tsé kiang navigable, puis Han-kéou a, et Shang-haï. C'est dans ce port que
1 . 11 nous paraît intéressant de reproduire ici les paroles mêmes de Francis Garnier à la Société de géographie, après le succès de la tentative de M. Dupuis.
« Déjà, au retour du voyage d'exploration qui a coûté la vie au regretté commandant de
« Lagrée, j'avais essayé d'attirer l'attention du gouvernement sur l'importance commerciale et « politique qu'aurait pour la France l'exploration du fleuve du Tong King. Je vais essayer de a démontrer aujourd'hui que ce fleuve est l'une des routes les plus courtes et les plus avantage geuses qui s'offrent à nous pour pénétrer dans l'intérieur de la Chine Le fleuve du Tong
« King qui prend naissance au cœur du Yun-nan, entre les vallées du fleuve Bleu et du Cam- « bodge, est, suivant toute probabilité, beaucoup plus navigable que ce dernier, d'un cours « beaucoup plus direct, et il présente en outre un immense avantage : l'unité de domination
« sur ses rives Telles sont, Messieurs, les raisons qui m'ont fait préconiser, à mon retour en
« France, une exploration du Tong King. Autant le voyage du Mékong avait présenté de difa Acuités, autant l'ascension du Song Coï me semblait devoir être courte et facile. Si le voyage « scientifique n'a pas été fait, j'ai eu l'immense satisfaction d'apprendre qu'un voyage commer- « cial venait de confirmer entièrement mes prévisions. Un négociant français, M. Dupuis, qui « s'était rendu dans le Yun-nan par le fleuve Bleu, a pu descendre en barque le fleuve du Tong « King jusqu'aux environs de Kécho (Hanoï), la capitale du pays. Après un court et facile voyage, * il est revenu a Lin-ngan, ville importante du sud du Yun-nan, qui avait été déjà visitée par « l'expédition française.... Ainsi, Messieurs, à la démonstration théorique vient se joindre une
« éclatante sanction pratique Ce fleuve, M. Dupuis le trouve parfaitement navigable jusqu'à
« très peu de distance des frontières de la Chine » [Des Nouvelles routes de commerce avec la
« Chine, par Francis Garnier, p. 158 et 159 du Bulletin de la Société de géographie, février 1872.)
2. C'est là que la Commission rencontra M. Dupuis au mois de juin 1868 et que M. Joubert l'encouragea à tenter de passer du Yun-nan à la mer parla voie du Song Coï (voy. p. 498). M. Dupuis fit en effet un voyage dans le Yun-nan en 1868-69, puis explora le fleuve Rouge en 1870- 71 et en 1872-73,
INTRODUCTION
la mission s'embarqua pour Saigon, où elle revenait après plus de deux ans d'absence. Accompli au prix de souffrances et de dangers inouïs, ce voyage, l'un des plus importants du siècle par rétendue des pays traversés et par les résultats obtenus, était enfin terminé (1868).
La Commission française avait parcouru 9960 kilomètres entre Cratieh, dernier point reconnu sur le Cambodge par les ingénieurs hydrographes de la marine, et Shang-hal, point d'arrivée des explorateurs sur la côte chinoise.
Avant cette exploration, toute la partie intérieure de l'Indo-Chine orientale était absolument inconnue. Du Cambodge lui-même on ne connaissait, outre les embouchures, que deux seuls points : l'un, Xieng-Hong, situé parle 22e degré de latitude nord, auquel était parvenu en 1837 le lieutenant anglais Mac Leod; l'autre, Luang-Prabang, par le 20e degré, déterminé par Mouhot, qui y mourut en 1861. Encore sa détermination était-elle entachée d'une erreur d'un degré.
Francis.Garnier avait été décoré en 1867, pendant son absence, en récompense de son administration à Cholen. Son voyage en Indo-Chine et la relation qu'il en fit lui valurent les plus hautes distinctions scientifiques : la grande médaille d'or de la Société de géographie de Paris, qu'il obtint de faire partager entre M. de Lagrée et lui, bien qu'il fût dans les usages de la Société de ne récompenser que les vivants; la grande médaille d'or de la reine Victoria {patron' s medaî), spécialement accordée par la Société de géographie de Londres, au mois de mai 1870, au jeune explorateur de Ta-ly. Francis Garnier avait aussi demandé le partage de cette récompense : la Société de Londres refusa de donner suite à cette requête trop désintéressée en alléguant l'intérêt particulier qu'elle attachait à une entreprise dont le succès était dû à l'intelligence et à l'énergie du second de M. de Lagrée. Le premier congrès géographique international, réuni à Anvers au mois d'août 1871, en sus des récompenses décernées par le jury spécial, crut devoir voter deux médailles d'honneur hors concours, décernées Tune au docteur Livingstone, l'autre à Francis Garnier. Enfin, en 1872, le gouvernement français, qui n'avait encore donné aucune récompense à l'éminent voyageur, le promut officier de la Légion d'honneur.
Dans l'intervalle, et au moment où éclatait la guerre avec la Prusse, il avait été nommé d'abord au commandement d'une canonnière sur le Rhin, puis d'une chaloupe-vedette sur la Seine; enfin, malgré sa jeunesse et l'infériorité relative de son grade, il fut le premier aide de camp et, bientôt après, le chef d'état-major de M. le contre-amiral Méquet l, commandant le huitième secteur de l'enceinte de Paris (Montrouge), l'un des plus exposés au bombardement. Il s'y distingua par son énergie, son esprit d'organisation, son patriotisme, et, à la suite d'une action d'éclat, lors du bombardement du fort de Vanves, fut proposé par l'amiral pour le grade de capitaine de frégate. Mais une lettre, aussi généreuse qu'imprudente, dans laquelle il protestait contre une capitulation qui livrait « intacts » à l'ennemi nos forts et notre matériel de guerre, fit rayer son nom de la liste des officiers proposés. Les gardes nationaux de son secteur le portèrent candidat à l'Assemblée nationale, et, aux élections du 8 février 1871, il réunit, sans être élu, 27 362 voix. Rentré au Dépôt des cartes et plans, établissement scientifique auquel il avait été attaché lors de son retour en France, et d'où les nécessités de la défense l'avaient fait sortir, Francis Garnier se remit avec acharnement à ses travaux géographiques. Ce fut à cette époque qu'il plaida la cause de l'exploration
|. Aujourd'hui vice-amiral.
INTRODUCTION
du TongKing : « C'est surtout à l'heure où il importe à la France de se créer des « ressources nouvelles, disait-il, qu'il est opportun d'utiliser celles que la voie du « Song Coï offre à notre commerce extérieur. » Il traita alors, dans le Bulletin de la Société de géographie, la question des Nouvelles routes de commerce avec la Chine (février 1872), démontrant que la route commerciale courte et facile entre la mer et les provinces de la Chine méridionale, celle qui supprime la voie longue, difficile et coûteuse du fleuve Bleu, la route française par excellence, en un mot, était le fleuve du Tong King. Pendant que M. Dupuis tentait le passage, Francis Garnier proposa et fit décider qu'une exploration scientifique aurait lieu sous la direction d'un membre de la mission du Mékong, M. Delaporte
A ce moment il travaillait surtout à la grande Publication officielle dont le ministère lui avait confié la direction et dont il était le principal rédacteur.
Cet ouvrage, édité avec un grand luxe par la maison Hachette, comprend l'histoire, l'ethnographie, la philologie, la politique, les mœurs, la météorologie, la géologie, la métallurgie, les exploitations industrielles, l'anthropologie, la botanique et la détermination géographique des contrées parcourues, en deux volumes in-4° d'ensemble 1100 pages, auxquels viennent s'ajouter deux atlas in-folio, renfermant, l'un les cartes et les plans, l'autre l'album * des monuments, les costumes, les paysages, les scènes de mœurs, les cérémonies religieuses, etc., reproduits par la gravure, la lithographie et la chromolithographie. 11 a valu à son principal auteur une grande médaille de progrès à l'Exposition universelle de Vienne en 1873 3.
La part de Francis Garnier dans cette œuvre est considérable. Le premier volume, c'est-à-dire la partie descriptive, historique et politique du voyage, accompagné de sept cartes spéciales, et qui renferme sur le Cambodge, le Laos et les royaumes du nord de l'Indo-Chine des études qui sont des livres, et l'Atlas proprement dit, lui appartiennent presque en entier. Il peut revendiquer aussi environ le quart du second volume, où il a rédigé les déterminations géographiques et les observations météorologiques, mis en français la traduction latine faite par Thomas Kô d'un ouvrage chinois, complété les vocabulaires de M. de Lagrée, et enfin, revu les travaux de MM. Joubert et Thorel*.
1. « M. Francis Garnier nous a quittés pour entreprendre un voyage en Chine et tenter même de compléter l'œuvre de la Commission du Cambodge. Avant de partir il a plaidé devant vous, avec autant de chaleur que d'autorité, la cause d'une exploration du Tong King. » (Rapport de M. Maunoir, secrétaire général de la Société de géographie, 1872, p. 53.)