‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 38 sur 197 · F. GA11NIER REDESCEND SUR PNOM PENH · texte numérisé non relu

F. GA11NIER REDESCEND SUR PNOM PENH

plis du terrain. C'est toujours auprès d'un de ces petits étangs que se groupent les maisons des villages; les arbres fruiliers qui les entourent forment comme des îlots de verdure au milieu de cette vaste étendue que le feu a stérilisée. Au bout de 7 ou 8 lieues, la forèl reparaît, le paysage devient moins monotone; la route serpente en ruisseaux de sable rose sous les arceaux ombreux d'une végétation luxuriante, et, n'étaient les horribles cahots que le trot saccadé des bœufs coureurs imprimait à mon char dépourvu de toute espèce de ressort, mon voyage m'eût paru à ce moment une délicieuse promenade. Les sao 1 en fleurs embaumaient l'air d'un parfum suave; les flamboyants3 étalaient au milieu île la verdure leurs immenses panaches rouges, auxquels les ca-sach2 mêlaient leurs floraisons blanches et violettes. Çà et là quelques pins se dressaient au milieu des essences tropicales, et leur feuillage connu venait rappelerla patrie absente. Une éclaircie se faisait dans le feuillage : les rizières apparaissaient, et, au fond, les cimes élancées de quelques palmiers annonçaient le prochain village.

Je m'étais dirigé presque exactement à I ouest en remontant le Sé Moun entre Oubôo et Si Saket; de ce dernier point a Coucan, chef-lieu de la province suivante, je fis environ 60 kilomètres au sud. À Coucan j'étais en plein empire khnier, et le cambodgien devenait la seule langue comprise des habitants, La conquête par Siam de cette partie du Cambodge remonte déjà à une époque assez éloignée ; elle est de beaucoup antérieure a celle de l'enlèvement des provinces de Baltambang et d1 Angcor, Je fus à Coucan l'objet de ia plus indiscrète curiosité : le gouverneur, oubliant son rang et l'étiquette, accourut me voir avec une suite nombreuse, au moment même ou, suffoqué par la chaleur et la poussière du chemin, je commençais mes ablutions, Je min formai de l'interprète Alexis, qui avait dû passer par ce lieu pour se rendre à Angcor. Il n avait point paru; peut-être avait-il pris une autre route. Le gouverneur m'affirma d'ailleurs que le Cambodge était pacifié et que je ne rencontrerais aucun obstacle. J'étais arrivé le soir à ti heures; je repartis le lendemain matin pour Sankca, cher-lieu d'une petite province également cambodgienne, et que Ton m'indiquait comme le point de bifurcation de la route, dont un bras se dirige au sud vers Angcor, et l'autre à l'ouest vers Ban Kok.

Je franchis successivement sur des ponts en bois, praticables pour les

l. Nom Annamite d'unarbiv de la famille des diptéroenrpees. La bois incorruptible du soa est très recherché pour la construction des ponts et des barques. (Note de l'auteur.)

t. Sorte de cotonnier arborescent de la famille des alereuliaeees.

3. Arbre dont Uj bois est d'un bon usage pour lebènisteric et la construite ■►;». Il app w lu ni .i la famille des dîpterocarpees.

chars, le Sam Lan et le Rampouc, affluents du Sé Moun. Ces ponts» bien établis, ne laissent pas que de surprendre. Les travaux de ce genre sont rares au Laos. Ceux-ci attestaient, et les nécessités d'une circulation commerciale devenue plus active, et peut-être aussi les bonnes traditions que conservent, en fait de viabilité, les descendants de ces Khmers dont nous avions admiré les routes et les ponts de pierre. La rencontre, faite le soir en pleine forêt, des ruines d'une tour en briques de l'époque khmer, me rappela que le sol que je foulais leur avait appartenu.

Sankéa est dans l'ouest-sud-ouest de Coucan, à une dizaine de lieues. Le gouverneur, qui s'empressa également de venir me rendre visite, me persuada que je devais continuer ma route par Sourèn, qui esta l'ouest, au lieu de m'enfoncer directement au sud, comme j'en avais l'intention. — a De ce côté il n'y avait point de route praticable », disait-il. — 11 me parla aussi de montagnes, ce que je compris difficilement au milieu de pays aussi plats que celui où je me trouvais et que celui vers lequel je me dirigeais. Ce gouverneur était un Kouy *, que je comblai de joie en lui faisant cadeau d'une pièce de cotonnade à carreaux rouges et d'une boîte d'allumettes hygiéniques. Je lui dis que j'avais hâte de repartir : une heure ou deux après mon arrivée, de nouveaux chars étaient prêts et je me remettais en route. Je fus bientôt inquiet et désappointé en voyant que la route que nous suivions inclinait de plus en plus vers le nord. J'essayai d'obtenir de mes guides quelques explications; ils me répondirent évasivement que le gouverneur de Sourèn pouvait seul me faire conduire à Angcor, et je soupçonnai dès lors mon sauvage kouy de s'être déchargé sur un autre de la responsabilité de me faire rentrer dans le Cambodge. Il fallut me résigner à ce détour et à cette perte de temps. Par une sorte de compensation, j'appris que non loin de Sourèn se trouvaient des ruines khmers extrêmement importantes. Je me promis de les visiter si leur éloignement n'était pas trop considérable. Le soir de mon départ de Sankéa, je franchis, sur un nouveau pont en bois, le Sé Coptan, rivière assez considérable qui se jette dans le Sé Moun.

Comme Coucan et Sankéa, Sourèn est le chef-lieu d'une province cambodgienne passée sous la domination siamoise. C'est un gros village, et sa position par rapport à Korat et à Ban Rok lui procure un certain mouvement commercial. Les ruines qu'on m avait signalées se trouvaient dans le nord-ouest, à une petite journée de marche. Il aurait fallu consacrer deux jours au moins à cette excursion, qui était à l'opposite de la route que je

1. Les Kouy* sont des tribus soi-disant sauvais qui habitent entre le grand fleuve et le Grand Lac, et dont une partie reconnaît la domination du Cambodge.

{Xute de l'auteur.]

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