‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 5 sur 197 · L'album a été gravé d'après les dessins de M. Delaporte · texte numérisé non relu

L'album a été gravé d'après les dessins de M. Delaporte

3. Voici en quels termes M. Vivien de Saint-Martin a parlé de cet ouvrage dans le Bulletin de la Société de géographie du mois de mars 1873, p. 295 : « L'œuvre monumentale dont je viens de transcrire le titre est la grande publication de l'année et l'une des plus importantes de notre temps. Elle jette un jour tout nouveau sur la géographie, l'histoire, les antiquités et l'ethnographie de l'Indo-Chine orientale, c'est-à-dire sur de vastes contrées qui étaient jusqu'alors au nombre des moins connues de l'Asie. »

4. Après avoir énuméré les travaux de Francis Garnier, il convient d'indiquer aussi en détail la part des autres membres de la Commission dans la rédaction de la Publication ofûcielle . Dans le tome 1, le mémoire sur les ruines d'Angcor appartient à M. de Lagrée ; dans le tome II, il faut lui attribuer une partie des vocabulaires et, dans l'atlas, différents plans de monuments khmers levés par lui et dessinés par M. Lœderich ; en outre ses notes et ses rapports ont été mis à la disposition de Francis Garnier, mais le travail spécial qu'il avait commencé a été compris

. dans les papiers dont au moment de sa mort, il a exigé l'anéantissement.

M. Delaporte a fourni au tome I la carte détaillée du cours du Cambodge entre Pak Moun et Ban Naveng. 11 est surtout l'auteur de V Album du voyage, comprenant environ 50 planches. On

INTRODUCTION

C'est en parcourant celte publication que Ton peut se faire une idée de l'étendue de son esprit, de la variété de ses connaissances et de sa puissance de travail

D n'est d'ailleurs pas inutile de donner ici le résumé du travail géographique qui a consisté à lever avec le plus grand soin tous les itinéraires suivis (en pays non connus), en rectiûant successivement ce levé par la détermination astronomique directe des points principaux du parcours. Le chemin total ainsi relevé pour la première fois a été de 6720 kilomètres, dont H80 par Doudart de Lagrée, 5060 par Francis Garnier, 450 par M. Delaporte, 30 par M. Joubert*.

Le fleuve du Mékong a été sondé sur un développement de 700 kilomètres, dont 580 par Francis Garnier; 58 positions astronomiques (nouvelles) ont été déterminées, dont 55 par Francis Garnier, etc. 3.

Il faut ajouter que, malgré la part considérable et manifestement prépondérante prise par Francis Garnier, soit à l'initiative de l'exploration, soit aux travaux de l'exploration elle-même, soit à la relation critique des faits observés, soit à la constatation des résultats scientifiques obtenus, il n'en a pas moins voulu, en toute circonstance, reporter l'honneur du succès de l'entreprise à

kii doit aussi les nombreux dessins et croquis qui ont servi à l'illustration du texte. Dans les Caries et plans de l'atlas il faut lui attribuer la carte itinéraire n° 4 de Pak Moun à Houtèn, le plan d'uDe pirogue et le plan à vol d'oiseau des cataractes de Khon. Il a déterminé cinq positions géographiques et sondé le fleuve sur 120 kilomètres. M. le Dr Joubert a traité, dans le tome II, la géologie, la minéralogie et la métallurgie de l'Indo-Chine et du Yun-nan, auxquelles il a joint un Essai de carie géologique de la partie de l'Indo-Chine située sur l'itinéraire de la Commission. M. le D* Thorel a traité l'anthropologie, l'agriculture et l'horticulture des contrées parcourues, en complétant aussi ses travaux spéciaux par une carte botanique de l'Indo-Chine.

1. Francis Garnier a publié : La Cochinchine française en 1864 (1864, brochure in-8°); De la Colonisation de la Cochinchine (1865, brochure in-8°) ; Voyage en Indo-Chine (1868, brochure in-8° avec carte); Ta-ly, épisode du voyage d'exploration en Indo-Chine (1869, brochure in-8°); Voyage de Gérard van Wusthof au Laos, traduit du hollandais par M. Vœlkel (1871, brochure in-8* avec carte) ; Le Siège de Paris, Journal d'un officier de marine, attaché au *** secteur (1872, in- 12) ; Les Routes commerciales avec la Chine (1872, brochure in-8* avec carte) ; La Chronique royale du Cambodge, traduite du cambodgien par M. de Logrée et ses interprètes (1873, Imprimerie nationale, in-8*, avec avant-propos, notes et carte ethnographique); Voyage d'exploration en Indo-Chine, 22 livraisons du Tour du Monde (pendant les années 1870 et 1871) ; Voyage d'exploration en Indo- Chine (Publication officielle, 1873, 2 forts volumes in-4°, 1 atlas et 1 album iu-folio avec un Errata posthume (1875) : cet important ouvrage a été publié avec la collaboration de MM. Delaporte, Joubert, Thorel et Thomas Kô; Voyage dans la Chine centrale (1874, brochure in-8°, posthume, avec carte itinéraire); De Paris au Tibet (1882, in- 16, posthume, avec carte itinéraire); Voyage d1 exploration en Indo-Chine (1885, 1 vol. in-8°, édition extraite du Tour du monde, posthume, avec deux cartes in-folio). 11 a donné en outre à la presse périodique un grand nombre d'articles sur l'économie politique, la géographie et l'histoire de l'Asie. Il faut citer notamment sa collaboration au Journal Asiatique, au Bulletin de la Société de géographie, à la Revue maritime, au Spectateur militaire, à la Revue scientifique et au journal le Temps.

On doit ajouter encore à cette énumération les rapports publiés dans le Bulletin agricole et commercial de la Cochinchine française pendant les années 1865 et 1866, et ceux relatifs à la voie commerciale du fleuve Rouge, et à l'expédition du Tong King, qui sont encore inédits. Des travaux manuscrits que nous avons récemment retrouvés et une volumineuse correspondance, qui s'accroît tous les jours des lettres que ses amis veulent bien nous communiquer, nous permettront d'entreprendre prochainement une édition complète de ses œuvres.

2. Voy. le Bulletin de la Société de géographie du mois de février 1869, p. 109 et suivantes, et la note présentée à l'Académie des sciences, citée p. 350.

3. M. Vivien de Saint-Martin {Bulletin de la Société de géographie, mars 1873, p. 309) signale aussi 26 positions dans l'intérieur du Yun-nan modifiées sur la carte des Jésuites, d'après les relevés de l'itinéraire.

INTRODUCTION

M. de Lagrée, qui l'avait du reste dirigée avec tant de sagesse, de compétence et d'autorité. Il Ta fait devant la Société de géographie de Paris, devant celle de Londres, devant le Congrès international d'Anvers. Enûn il a écrit dans la Publication officielle la préface, dont nous avons reproduit le début.

A peine ce grand ouvrage était-il terminé que Francis Garnier, qui venait de poser sa candidature à l'Institut1, repartait pour la Chine. Il avait annoncé cette nouvelle entreprise géographique dans la préface du Voyage d'exploration en Indo-Chine : il se proposait de pénétrer au Tibet pour tenter de résoudre le problème de l'origine des grands fleuves indo-chinois2.

On sait quel est encore l'état de la question.

Le plateau du Tibet, auquel l'énorme massif de l'Himalaya sert de contrefort méridional, forme, au centre de l'Asie, comme une immense terrasse dont les bords sont dessinés sans interruption, au nord, à l'ouest et au sud, par de hautes chaînes de montagnes, mais qui va en s'abaissant vers l'est et déverse de ce côté la plus grande partie de ses eaux. C'est surtout par l'angle sud-est que s'échappent la plupart des fleuves qu'il alimente. Là, dans un espace de moins de soixante lieues, le Brahmapoutre, l'Iraouady, la Salouen, le Cambodge, le Yang-tsé kiang, etc., réussissent à se frayer un passage et tracent de profonds sillons dans le soulèvement colossal qui les avait jusque-là contenus.

L'un de ces fleuves, le Yaro tsang-bo, né non loin des sources del'Indus, est à peu près connu jusqu'à 300 kilomètres à l'est de la ville sainte de Lassa, capitale du Tibet, c'est-à-dire sur un cours d'environ 12 à 1300 kilomètres. 11 a été relevé jusque-là par un pandit indien que le capitaine Montgomerie a exercé à l'usage des instruments d'observation. Mais au delà de ce point, situé à environ 200 kilomètres au nord du Brahmapoutre, les géographes en sont réduits aux conjectures.

Ce puissant fleuve se dirige-t-il avec persistance au sud pour devenir le Brahmapoutre et se jeter au fond du golfe du Bengale? Reprend-t-il, au contraire, sa course vers l'est, et, contournant les montagnes de Khamti, au nord de Barmah, revient-il confondre ses eaux avec celles de l'Iraouady ? La critique géographique hésite encore et n'ose répondre avec précision.

Les documents chinois utilisés] par les Jésuites, à l'opinion desquels s'est rangé d'Anville, font du Yaro tsang-bo la tète de l'Iraouady. A cette opinion se sont aussi ralliés Dalrymple, Klaproth, qui, pour la soutenir, reporta le coude du fleuve d'un degré et demi plus à l'est que ne l'avait fait d'Anville, et l'abbé Desgodins, un des trop rares missionnaires qui s'occupent de recherches scientifiques, et avec lequel Francis Garnier a été longtemps en correspondance.

L'hypothèse contraire, celle qui veut que le Yaro tsang-bo aboutisse au Brahmapoutre, a été soutenue par deux savants géographes : M. le colonel Yule, du corps des ingénieurs -anglais, et M. Yivien de Saint-Martin. D'après eux, le Yaro tsang-bo, le Djaïhong, dans l'Assam, et le Brahmapoutre ne sont qu'un

seul et même fleuve.

C'était, avons-nous dit, à la solution de ce problème, qui est en définitive

Page 1