‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 41 sur 197 · POPULATIONS DU BASSIN DU GHAND-LAC · texte numérisé non relu

POPULATIONS DU BASSIN DU GHAND-LAC

lonnées jusqu'à Siemréap. Non loin du village est un magnifique pont khmer, auprès duquel j'allai camper pendant quelques heures. Les habitants le désignent sous le nom de Spéan Teup (spean veut dire pont). Il est jeté sur le Stung Sreng, rivière qui vase jeter dans le Grand Lac et dont je devais, à mon retour, retrouver la source. En ce point, elle est très large et divisée par des îles en trois bras; le pont se compose donc de trois tron- • çons; le plus important, celui du milieu, a 148 mètres de long, 15 mètres de large, 10 mètres de hauteur au-dessus de l'eau et trente-quatre arches. Les rampes, qui sont en grès, sont supportées par des groupes de singes; elles se terminent, comme à Angcor, par des serpents à neuf tètes1 ; le reste de la construction est en pierre de Bien Hoa 2. A partir de ce point, les vestiges khmers réapparurent souvent; je sentais que je me rapprochais d'Angcor, et je regrettai bien des fois la célérité qui m'était imposée.

Le 27 janvier, je passai auprès d'un sanctuaire construit non loin des bords du Stoung Plang, rivière qui se jette dans le Grand Lac. Cette construction en grès est d'une bonne époque. Le sanctuaire, en forme de croix, a sa principale façade tournée vers l'est. 11 est entouré d'une enceinte, dans l'angle sud-est de laquelle s'élève une tour. En avant de la porte principale s'étend un grand bassin ou sra, à revêtements de grès. En ce point les villages deviennent plus nombreux et plus rapprochés, et les immenses espaces en friche qui les séparaient sur le plateau d'Oubôn disparaissent.

Tout ce bassin au nord-ouest du Grand Lac est admirablement cultivé en rizières; la population est douce, les habitations respirent l'aisance. Cette partie du Cambodge, dont on ne soupçonne même pas l'existence, et que Ton croit habitée par des Siamois, m'a paru être plus fidèle aux antiques usages, et conserver plus intactes les traditions du passé qu'aucune autre région de cet ancien royaume. La situation centrale de ces provinces, leur éloignement de toute frontière, de tout théâtre d'action, ont contribué sans doule à ce résultat, en leur évitant les contacts étrangers. J'ai relevé là certaines singularités de mœurs dont l'origine devrait être recherchée avec soin et fournirait sans doute sur les Khmers des indications historiques précieuses; la manière actuelle d'ensevelir les morts semble se rapprocher de ce que raconte, sur ce sujet, l'écrivain chinois du treizième siècle cité dans les chapitres précédents. Dans beaucoup de villages, j'ai rencontré, à l'écart des maisons, des bières à peine closes, abritées d'un léger toit en paille et soutenues par quatre piquets ; quelquefois une simple

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