Voy. De Paris au Tibet, p. 67, en note
2. Il était résolu à séjourner le temps nécessaire h Han-kéou et, après la saison des hautes eaux, à entreprendre d'abord l'hydrographie des rapides du fleuve Bleu, entre 1-tchang fou et Tchong-king fou, puis à rayonner de cette dernière ville sur les hautes vallées qui lui cachaient les sources des fleuves indo-chinois. Les événements du Tong Ring ne lui permirent d'exécuter que la première partie de son plan.
I5TR0DCCTI05.
«te 4* Z'/rime 4ss graads fleures asiatiques, que roulait se rouer Francis
C* TOpag» 4* tms mois dans la Chine centrale (mai-août 1873), celui-là même 4mA i nts/mt* dans /*? Paru a* 7t*e/ les principaux épisodes, lui arait déjà ftsmas de compléter une partie des renseignements recueillis par lui sur cette f«4*tk* ptedant son rorageà Ta-lj, lorsqu'une lettre de M. le contre-amiral Depré' f ovrerneor de la Cochinchine, reçue à Shanghai le 9 août 1873, Tinnla à rerenîr f^omptement à Saigon. L'amiral roulait lui confier une mission dort te femt était d'établir la liberté de la narration sur le Song Coï, principale «Vr* florale do Tong King. Cette route commerciale, la plus courte de toutes 4**r4 la G>dkinchine française et l'immense marché de la Chine méridionale, jretMtttie, démontrée théoriquement, comme nous Tarons déjà dit, lors du rojrage en Indo-Clone*, arait été signalée pour la première fois * et recommandée a plusieurs reprises par Francis Garnier dans la presse scientifique *. D aeeepU donc aree joie les propositions de M. Dupré, rédigea lui-même ses tflrttnKtiofks, qui furent approuvées par l'amiral, reçut de celui-ci de pleins po*rr'yirif et partit pour Hanoi, le 10 octobre 1873, arec deux canonnières et une escorte peu nombreuse.
On connaît les détails de cette entreprise, dont le plan pacifique fut soudaine* flftecd renversé par la mauvaise foi, puis par l'attitude hostile du vice-roi Nguyen Tri Foong, et qui se transforma en une expédition militaire vraiment fabuleuse. On sait comment, après avoir pris Hanoi et quatre autres grandes citadelles, capitales de provinces, après aroir proclamé, à la date du 13 novembre, l'ouverture du fleuve Rouge au commerce et à la navigation, après s'être emparé en moins d'un mois de tout le bas Tong King et y avoir organisé une adminis-
L Cet! oo bot probablement analogue que poursuit en ce moment réminent voyageur fTjerâUki ; oui* il attaque le Tibet par le nord, se dirigeant pour la quatrième fois de Kiachta mm fc/*jk//a-nor, a travers le désert de Gobi.
7. m Le fleuve du Tong Ring, Song Coï ou Ho-ti-kiang, a été rejoint par la Commission française k Yoeij kUng. Il ne se trouve là qu'à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, et les reitfMHgiieinetiU recueillis portent à croire qu'il est facilement navigable pour des barques, depuis la mer jusqu'aux frontières du Yun-nan. » (Bulletin de la Société de géographie, février — Soie sur l'exploration du cours du Cambodge, par Francis Garnier, p. 106.)
« L'état de révolte des populations contre le gouvernement chinois ayant obligé de se porter vers l'est avant d'atteindre le Yun-nan, M. de Lagrée mit & profit cette partie du trajet pour faire reconnaître la partie supérieure du fleuve du Tong Ring. M. Francis Garnier, détaché de la Cotnoiission, fut chargé de cette reconnaissance, et il put constater la navigabilité probable du fleuve depuis les frontières de la Chine jusqu'à la mer. Il peut y avoir là une ligne commerciale d'une grande importance, qui mérite une étude spéciale. » (Bulletin de la Société de géographie, mars 1873. Compte rendu du Voyage en Indo-Chine, par M. Vivien de Saint- Martin, p. 907.)
3, Francis Garnier écrivait en effet, dans le paragraphe IV du Voyage dans la Chine centrale, paru dans le Bulletin de la Société de géographie, janvier 1874 (voy. à la fin de ce volume, p. 340; : • En résumé l'entreprise hardie de M. Dupuis et mon dernier voyage à Tchong-kin me paraissent vérifier, au delà de toute espérance, les prévisions que j'émettais le premier, il y a cinq ans, sur les résultats de l'ouverture du Song Coï au commerce de la Chine méridionale. » (Voy. la première partie de la note précédente.) 4. 11 écrivait dans le Bulletin de la Société de géographie du mois de février 1872, p. 155 : « La reconnaissance de la vallée du Cambodge a prouvé qu'il est impossible d'espérer que ce
grand fleuve puisse jamais servir de route à un commerce important Au contraire, le fleuve
du Tong Riog, qui prend naissance au cœur du Yun-nan entre les vallées du fleuve Bleu et du Cambodge, est, suivant toute probabilité, beaucoup plus navigable que ce dernier, d'un cours beaucoup plus direct, et il présente en outre un immense avantage : l'unité de domination sur ses rives. •»
INTRODUCTION
tration et un gouvernement provisoire, Francis Garnier fut tout à coup enlevé à son œuvre et inopinément massacré le 21 décembre 1873, à la suite d'une sortie faite contre les pirates du Pavillon Noir, et poussée à une lieue des murs d'Hanoï1, Après la mort du vaillant officier, le Tong King fut provisoirement évacué. Un traité fut alors signé (mars 1874) entre le gouvernement français et celui de Hué. Ge traité, approuvé par l'Assemblée nationale au mois d'août suivant, consacrait — au moins pour la forme — le principe de la libre navigation du ileuve du Tong King et devint plus tard le point de départ de nouvelles revendications consacrées dix ans après par de nouveaux traités. Le A novembre 1875, les corps de Francis Garnier et de son lieutenant, M. Balny, d'abord enterrés dans la citadelle de Hanoï, furent exhumés et transportés parles soins de notre consul, M, de Kergaradec, dans le cimetière français de cette ville. Quelques mois plus lard, un navire de guerre rapportait à Saigon les restes du malheureux conquérant du Tong King,
L'impression produite en Europe par la nouvelle de cette catastrophe fut considérable, M, Charles Maunoir, secrétaire général de la Société de géographie, en rendant compte à l'assemblée générale des événements de Tannée, disait :
« Vous avez accueilli sans étonnement, mais avec une profonde reconnaissance, les nombreux et hauts témoignages de l'impression que la nouvelle de la mort de Francis Garnier a provoquée en dehors même de la France. Les événements qui ont mis fin si prématurément à une aussi belle carrière pourront être l'objet d'appréciations diverses, Francis Garnier n'en restera pas moins une brillante et sympathique figure dont la place est à coté de celles qui honorent le plus notre pays *. »
L'amiral de La Roncière, président de la Société de géographie, à l'ouverture de l'assemblée générale du 25 avril 1871, s'exprimait ainsi :
*< La géographie a subi deux grandes pertes et Tannée 1873 a vu disparaître à la fois David Livingstone et Francis Garnier. Chacun d'eux, selon son tempérament, selon le but qu'il poursuivait, selon les moyens dont il disposait, avait fuit converger vers la géographie toutes les forces de son intelligence, avait apporté à celte vaste science un tribut de travaux qui resteront comme un monument.
« Ces travaux perpétueront la mémoire de ces deux vaillants pionniers, de ces deux natures qui avaient de nombreux points de ressemblance, toutes deux également éprises de renommée, amoureuses de l'inconnu, ardenlesaux recherches arides, vouées par une vocation irrésistible à Tétude des problèmes de l'intelligence, se consacrant enfin jusqu'à la mort à la pairie et à l'humanité. Dignes émules l'un de l'autre, ils étaient de la race intrépide de ceux, trop peu nombreux chez nous, qui se dévouent à une idée et savent donner sans marchander leur vie pour la faire triompher. »
L'Administration, malgré la réserve à laquelle ta condamnait la situation politique, publiait dans le Journal officiel du 27 février 1874 l'entrefilet suivant :
c< La France perd en M. Francis Garnier un serviteur intelligent, dévoué, • mimé du patriotisme le plus ardent, des sentiments les plus nobles et d'un « complet désintéressement. »
Le ministre de la marine (vice-amiral do Dompierrc d'Hornoy) écrivait à la
1, Nous ne pouvons mieux faire que renvoyer nos lecteurs, pour I h^toiro de l'expédition du Tong King, à l'ouvrage si riche en documents originaux, si consciencieusement composé et si clairement écrit, de M* Hippolyte Gautier : Les Français au Totdin.
2. Voy. le Rapport tur les progrès des sciences géographiques T année 1874.
LNTRODUCTION.
même époque au père de l'illustre voyageur : « Sa mort sera vivement ressentie « par le corps de la marine et par la France entière, de laquelle le nom de Francis « Garnier est connu pour les grands services quil a rendus à la science. »
M. le capitaine de vaisseau Trêve, dans la Revue maritime du mois d'avril 1874, s'écriait : « Francis Garnier n'est plus ! mais du moins a-t-il emporté la plus
« affectueuse et la plus haute estime de ses chefs M. le capitaine de vaisseau
« de Jonquières (aujourd'hui vice-amiral) le juge « homme supérieur», M. le
« vice-amiral de La Grandière le signale comme un officier « du plus grand
« avenir ». Enfin M. le contre-amiral Dupré... vient de rendre un hommage tout « particulier à son éclatant patriotisme et à ses éminentes facultés. Francis « Garnier n'est plus! mais il lègue de grands et salutaires exemples aux officiers
« de son arme, dont il s'était attaché un grand nombre par la noblesse de
« son âme qui ne connut jamais Venuie. »
La presse entière apportait son tribut de condoléances et de regrets douloureux. L'arlicle du Temps (II janvier 1874) dû à la plume de son directeur, M. Adrien Hébrard, et suivi d'une lettre de M. Levasseur, de l'Institut, fut alors très remarqué.
« Nous avons la douleur, écrivait M. Hébrard, d'apprendre la fin tragique d'un jeune homme éminent, M. Francis Garnier, lieutenant de vaisseau, qui vient de périr assassiné par les rebelles du Tong King au cours d'une expédition dont il notait pour nous les incidents dans des lettres charmantes, dont il ne nous reste plus, hélas ! qu'à publier les derniers feuillets.
« Depuis le siège, où il avait fait admirablement son devoir et dont il avait raconté ici môme les péripéties avec un talent si savoureux, une si ferme clairvoyance, une si patriotique chaleur, M. Francis Garnier nous avait honorés de la sympathie la plus délicate et de la collaboration la plus précieuse. Les rédacteurs du Temps tiennent à s'associer respectueusement, tous ensemble, au deuil d'une famille qu'un tel coup plonge dans le désespoir et dont la consolation ne pourra se trouver que dans le souvenir des services éclatants que M. Francis Garnier avait déjà rendus à sa patrie. »
M. Levasseur, après avoir résumé la vie et les travaux du jeune explorateur, ajoutait :
« Par une coïncidence singulière, la nouvelle inopinée de la mort de Francis Garnier nous est parvenue à la séance dont l'ordre du jour portait la lecture d'un mémoire scientifique récemment envoyé par lui sur son dernier voyage dans la région du Yang-tsé kiang supérieur »
L'Assemblée nationale elle-même se montra très sensible à la perte que venait de faire le pays.
M. Georges Perin disait à la tribune, dans la séance du 4 août 1874 : « La malheureuse expédition du Tong King a coûté la vie à l'un de nos plus vaillants marins. Vous avez compris que je fais allusion à celui qui, comme l'a si bien dit l'amiral de La Roncière le Noury, dans son rapport sur le ministère de la marine, était l'émule et aurait été le rival de Livingstone, M. le lieutenant de
vaisseau Francis Garnier Je trouve qu'il est bon, quoi qu'il en soit, que dans
une Assemblée française on ne refuse pas un hommage mérité à un homme qui, dans sa trop courte existence, a rendu d'aussi grands services à la science et à la civilisation et qui a été l'honneur de la marine et de son pays. (Très bien ! très bien ! !) »
I. Assemblée nationale, séance du 4 août 1874. Discours de M. Georges Perin, Journal officiel du 5 août 1874.
INTRODUCTION
L'amiral Jaurès ajoutait, quelques jours plus tard :
« On envoya au Tong King quelques hommes et un ofûcier dont le nom honore la marine et dont la mort est à jamais regrettable, le lieutenant de vaisseau Francis Garnier1. »
Le contre-amiral Dupré, gouverneur de la Gochinchine, rendant compte de l'expédition du Tong King, écrivait au ministre de la marine :
« Dès l'arrivée au Tong King de la petite expédition, M. Garnier s'est trouvé en présence de marques de déûance d'abord et d'une hostilité sourde ensuite, enûn de mesures apparentes contre lesquelles il a protesté sans succès à plusieurs reprises, et qui ont Uni par le mettre dans une situation telle que, pour ne pas être rejeté à l'eau quelques jours plus tard, il s'est vu dans la nécessité de se tirer de danger par un coup d'audace admirablement conçu et héroïquement exécuté. Le 21 novembre, il s'est emparé, à la tête d'une centaine d'hommes, de la vaste citadelle de Hanoï, gardée par plusieurs milliers de soldats, de la personne de notre plus mortel ennemi, le vice-roi, grand maréchal, Nguyen Tri Phuong, et de deux de ses partisans, les fils de Phan Tan Gian, qui depuis six ans ont été
l'âme de tous les soulèvements de la basse Cochinchine Il est juste de faire
ressortir l'éminent service qu'il a rendu par la prise de Nguyen Tri Phuong, mort le 20 décembre des suites de ses blessures. La déportation ou la mort de cet homme pouvait seule rendre confiance aux partisans de l'alliance française. En s'emparant de sa personne, M. Francis Garnier et ses vaillants compagnons d'armes ont assuré, croyons-nous, le succès de la politique française dans ce pays. On trouvera juste de les en récompenser. Je demande donc instamment que M. le lieutenant de vaisseau Francis Garnier soit nommé capitaine de frégate à la date du 21 novembre, jour de la prise de la citadelle de Hanoï. Cette récompense posthume fera voir que la France sait dignement reconnaître le dévouement de ses fils 2
« A ces rares qualités de caractère et d'intelligence, qui l'eussent inévitablement conduit à la célébrité, M. Francis Garnier joignait le desintéressement le plus complet 3. »
Enfin, la lettre suivante était adressée par le même amiral à la veuve de l'héroïque officier :
« Saigon, le 10 janvier 1874.
« Madame,
« Je viens, avec un bien vif chagrin et la plus profonde sympathie, vous confirmer la douloureuse nouvelle qu'a dû vous apporter le télégraphe. M. Garnier a été tué le 21 décembre, dans une sortie qu'il a faite pour repousser une attaque commencée la veille contre la citadelle de Hanoï. Il est tombé victime de son indomptable courage, de lardent patriotisme qui lui avait fait solliciter la périlleuse mission d ouvrir le Tong King au commerce et à la civilisation. La France perd en lui un de ses fils les plus dévoués, qui lui eût fait honneur si le sort l'avait épar-
1. Rapport du vice-amiral Jaurès à l'Assemblée nationale, Journal officiel du 20 août 1874.
2. Francis Garnier avait déjà été proposé pour le grade de capitaine de frégate à l'époque du siège de Paris. Nous avons dit pourquoi il ne fut pas promu. Après la mort de l'explorateur, le ministre de la marine, arrêté par les règlements, ne crut pas devoir admettre la proposition de récompense posthume présentée par l'amiral Dupré.
3. Voy. le H apport adressé au ministre de la marine par M. le contre-amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, janvier 1874.
INTRODUCTION
gné. Ses rares qualités de caractère et d'intelligence l'auraient infailliblement conduit, de la notoriété qui lui était acquise, à une célébrité méritée. En annonçant cette fatale nouvelle au ministre, je lui ai instamment demandé de récompenser dignement les éclatants services rendus par M. Garnier. J'espère que ma juste demande sera favorablement accueillie. A défaut de consolation je vous offre, Madame, l'hommage de mon respect et de mon dévouement avec l'expression de ma sympathie la plus sincère.
« Contre-amiral J. Dupré. »
Mais la sympathie qu'inspirait le nom de Francis Garnier provoqua des manifestations encore plus éclatantes de la reconnaissance publique.
Le Conseil municipal de Paris, dans sa séance du 14 mai 4875, émit le vœu que le nom de l'éminent explorateur fût donné à l'une des voies du XlVa arrondissement comprises dans le huitième secteur, où il avait commandé pendant le siège en qualité de chef d'état-major.
Un décret du Président de la République en date du 40 novembre 4877, rendu conformément aux dispositions de l'ordonnance de 4816 relative aux dénominations des voies urbaines qui ont le caractère d'un « hommage public », donna le nom de Francis Garnier à l'avenue qui conduit à la mairie du XIVe arrondissement.
Un autre décret, en date du 3 mai 4880, promulgué à la suite d'une procédure analogue, donna ce nom à l'une des avenues de la commune de Saint-Maur-lès- Fossés (Seine), où est située la maison dans laquelle il écrivit la relation de son grand voyage en Indo-Chine.
Le Conseil municipal de Saint-Étienne (Loire) proposa, dans sa séance du 45 avril 4874, d'ouvrir une souscription publique en vue d'élever un monument au savant explorateur, au conquérant du Tong King. « Saint-Étienne s'honore, « écrivait alors le maire à l'auteur de cette notice, d'être la ville natale de Francis « Garnier, et je suis heureux de vous informer des dispositions qui ont été déjà « prises par l'administration pour élever un monument à sa mémoire. »
Le ministre de la marine, consulté par son collègue de l'intérieur sur le point de savoir s'il était opportun d'autoriser cette souscription, ne crut pas devoir émettre un avis favorable, en présence des difficultés qu'offrait, à cette époque, la politique coloniale. Mais Saint-Étienne, qui a vu naître Jules Janin, Dorian et Francis Garnier, a trop le culte des grandes intelligences dont il a été le berceau, pour ne pas réaliser, tôt ou tard, ce généreux projet.
Une décision ministérielle de 4884 a donné le nom de Francis Garnier à une canonnière.
Enûn, cette même année, une souscription publique ; provoquée par un comité spécial organisé en Cochinchine, a permis de commander à M. Tony Noël une statue que nous avons décrite et dont nous avons loué l'inspiration à la ûn de ce volume Ce bronze, aujourd'hui complètement terminé, sera prochainement érigé sur une place de Saigon.
Mais, après ces témoignages de la reconnaissance publique, ce qui vaut mieux encore pour la mémoire de l'illustre explorateur, c'est que son œuvre ne périsse pas avec lui. La mort du commandant Henri Rivière, dans des circonstances presque identiques à celles où succomba Francis Garnier, a enûn réveillé le senti-
l. Voy. p. 649.
INTRODUCTION
ment de la dignité nationale et des véritables intérêts du pays. Le Parlement parait aujourd'hui croire à la nécessité de revenir à une politique coloniale qui seule peut donner à la France, dans le monde, une place digne de ses moyens d'action et de son génie. Il faut se souvenir1 que, sans les défaillances de la monarchie absolue, notre empire colonial serait aujourd'hui plus étendu que celui de l'Angleterre, et qu'il formerait aux deux extrémités du monde une immense domination paciûque basée sur les besoins de l'industrie, sur les nécessités du commerce, sur la solidarité des intérêts, et dès lors éminemment durable. Nous aurions en effet ouvert ainsi à notre activité productrice de grands marchés, parmi lesquels il en est un que Francis Garnier mettait au premier rang, c'est l'immense marché de la Chine. On comprend alors pourquoi il considérait la Cochinchine comme l'entrepôt naturel des marchandises occidentales dans l'extrême Orient, la voie commerciale du fleuve du Tong King comme la plus avantageuse à nos intérêts et à notre influence, et comment il a sacrifié sa vie à la réalisation de cette grande idée.
On pardonnera sans doute à la tendresse passionnée que nous avons éprouvée pour l'auteur de ce livre, au culte que nous avons voué à sa mémoire, le sentiment d'admiration que ses travaux nous ont inspiré, et pour résumer une telle existence on nous permettra de reproduire, en terminant cette notice, le jugement que des maîtres ont porté sur lui 2 :
« Francis Garnier était de la race des grands voyageurs. Il avait la science de « l'observateur astronome et le coup d'œil de l'ingénieur ; il avait acquis déjà à « un haut degré le savoir de l'ethnologue et du linguiste ; il était dès lors admi- « rablement préparé aux glorieuses entreprises scientifiques qu'il rêvait.
« On trouve bien rarement l'intrépidité, la science, le patriotisme et l'amour
des grandes découvertes réunis à un tel degré dans un même homme et dans « un homme aussi jeune. Il est mort trop tôt pour sa renommée grandissante qui
allait devenir l'honneur de son pays. »