‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 62 sur 197 · Voy, p, 71.7?. 73 ot · texte numérisé non relu

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recevoir M. Du jshart, le mandarin siamois qui l'accompagnait et les gens de leur suite. C'était une installation fonte prête dont nous nous empressâmes de profiter quand, le 17 avril, i dix heures du matin, nous débarquâmes i notre tour i Pak Lay.

Le village, construit en pleine forêt, présente un aspect tout diffèrent de celui que nous étions accoutumés i rencontrer» Pas de palmiers aux environs des cases, et les rizières, qui partout ailleurs touchent aux dernières maisons, sont ici fort éloignées dans l'intérieur; le pays, plus accidenté, ne compte qu'un petit nombre de plaines propres i cette culture. La forêt elle-même revêt une apparence plus sévère et des teintes plus sombres. Le yaê, ce magnifique arbre à huile qui sert dans le Sud à construire des pirogues, a disparu ; de nombreuses essences nouvelles font leur apparition. Au nord du village, cachée dans les arbres, s'élève une petite pagode dépourvue de toutes les constructions accessoires qui entourent habituellement un temple au Laos, mais mieux placée pour inspirer le recueillement.

Les fêtes de la saison continuaient encore. Les arceaux de la forêt retentissaient de clameurs joyeuses : partout s'élevaient dés autels improvisés et s'organisaient les jeux habituels. Notre présence au milieu des spectateurs n'excitait aucune émotion. Les habitants paraissaient d'un naturel plus réservé, et étaient loin de nous témoigner cette curiosité indiscrète dont nous avions dû jusque-là subir les importunités. A vrai dire, ils étaient déjà familiarisés avec les figures européennes. Mouhot avait passé à Pak Lay, il y avait six ans, venant de Muong Leui et de Ban Kok.

Comme je l'ai déjà dit, j'avais acquis la conviction que toutes les latitudes attribuées par Mouhot aux points visités par lui entre Korat et Luang Prabang étaient beaucoup trop septentrionales. Les indications que m'avait données M. Duyshart m'avaient confirmé dans la pensée que l'erreur signalée plus haut sur la position de Muong Leui n'était point un fait isolé ; elle devait se renouveler et s'accroître sans cesse jusqu'à Luang Prabang. A Pak Lay, premier point commun à notre itinéraire et à celui de Mouhot, il me fut possible de mesurer exactement cette erreur. La latitude de ce point avait été donnée par lui comme étant de 19° 16' 58"; je trouvai 18° 12' 20", c'est-à-dire une différence en moins de plus de 64 milles géographiques. On voit que le transport à dos d'éléphant des instruments de Mouhot, dans la région montagneuse qui sépare Korat de Pak Lay, avait été funeste à leur exactitude.

11 n'existe que des communications très restreintes entre cette partie de la vallée du fleuve et Ban Kok. Le mouvement commercial n'est cependant

ERREURS GÉOGRAPHIQUES DE MOUHOT. 277 pas absolument nul. Une roule assez bonne longe la rive droite du fleuve, entre Pak Lay et Luang Prabang. C'est celle que suivit Mouhol pour se rendre à ce dernier point. Jadis elle était fréquentée par les caravanes chinoises, qui partaient chaque année du Yun-nan et se dirigeaient, sur Ken Tao, province située entre Muong Leui et Pak Lay; ou, dans l'ouest, sur Muong Nan et Xieng Mai, Ces caravanes, composées d'une centaine de personnes et de deux ou trois cents chevaux ou bœufs porteurs, venaient échanger des ustensiles de cuivre et de fer, de la passementerie, de la soie grège et du fil d or, contre du coton, de l'ivoire, des

l'rNl»? pugMili -j li;un[n tri: ,'i IVik Luy. — Ik^sin *\r E. TVumnùs, «rnpn^ un iW*in uV M. Héliport*1

cornes de cerf et de rhinocéros, des plumes d'oiseaux et des crevettes sechées qui, sifV ces derniers marchés, viennent de Moulinein. Depuis les guerres qui ont désolé le sud de la Chine et la rive gauche du Mékong, ce trafic a complètement cessé. On ne rencontre plus sur celle route que quelques colporteurs pégouans, Xieng Mai et Muong Xau communiquent aujourd'hui avec le Yun-nan parla voie plus commode de Xieng Tong, que le voyage du lieutenant, aujourd'hui général, Mac Leod, accompli en 1837, nTa pas peu contribué à faire adopter.

Le fleuve n'est pas entièrement abandonné comme moyen de transport entre Luang Prabang et le Laos méridional. Il sert de roule à un commerce local qui est loin, il est vrai, d'avoir l'importance du précédent. J'ai déjà

parié, dans le cours de celte relation, des grands radeaux qui réussissent à franchir les rapides les plus dangereux. Ce sont les seules embarcations employées par les commerçants ou les voyageurs qui descendent le fleure. Les pirogues de cette zone sont d'ailleurs beaucoup plus petites, par suite de la disparition de l'espèce de yaô propre à leur construction, et ne pourraient que difficilement recevoir les marchandises d'une nature aussi encombrante que les nattes et les poteries que Luang Prabang expédie dans le Sud, et principalement à Nong Kay.

Nous congédiâmes à Pak Lay les barques de Xieng Gang, et le chef du village déploya la plus grande activité pour nous en fa ire préparer de nouvelles, et eu nombre plus considérable, en raison de leur plus faible dimension. Il fallut sept pirogues du village pour remplacer les cinq qui nous avaient amenés. Elles furent prêtes en quarante-huit heures, et le 19 avril au matin nous nous mutines en route.

Jusqu'à Lu un g Prabang, et même jusqu'à Xieng Khong, l'ascension du fleuve ne pouvait plus offrir l'imprévu qui avait caractérisé notre vo\i . <ir llmitén a Pak Lay: nous connaissions ii peu près la direction que nous I suivre; mais la transformation de la végétation et celle de la popti lient chaque jour plus sensibles depuis que nous remontions vers nrci, et donnaient au paysage un caractère de nouveauté qu'il n'avait eu depuis longtemps. Les mofitogoes calcaires, qui dominaient la lée, affectaient les formes les plus tourmentées et les plus bizarres *«l encadraient les eau* de lignes dentelées d'un effet vraiment

rives, et formaient des quais à pic que le fleuve baignait d'une onde tantôt tranquille, et tantôt écumante.

Le Mékong était loin de couler à pleins bords entre les berges de plus en plus élevées qui limitaient son cours: une grande partie de son lit était à découvert; et souvent, pour arriver à la rive, il fallait franchir de larges espaces hérissés de rochers. Çà et là quelques bancs de sable, sur lesquels on voyait encore d'immenses pêcheries, véritables villes de bambou déjà abandonnées par les pêcheurs, car la crue des eaux pouvait se faire sentir d'un moment à l'autre.

Le lendemain de notre départ de Pak Lay, nous passâmes au pied d'une haute montagne à deux sommets, Phou Khan, dont les pentes descendent jusqu'au fleuve en trois gradins gigantesques ; le dernier mesure une hauteur verticale de plus de 100 mètres. Sur l'autre rive se trouve un village, Muong Diap, où nous nous arrêtâmes un instant; il fallut, pour y arriver, grimper à une échelle de bambou, d'une vingtaine

MUONG DIÀP. 279

de métros de hauteur, la rive él;int trop à pic et la roche qui la composait trop dure pour que les habitants eussent pu y pratiquer les sentiers habituel-;. Cette ascension nous permit d'admirer un panorama des plus pittoresques: nous avions devant nous la longue perspective du fleuve, longeant pendant plusieurs milles la haute chaîne qui, en face de nous, était venue tangeuter son cours. Dans cet intervalle et connue jaillissant de ses ondes, une forêt d'aiguilles calcaires bordaient la rive gauche et élevaient aux cieux leurs flèches aiguës el dénudées. A leur pied, une végétation vigoureuse dissimulait la roche et se réfléchissait dans les eaux profondes. Une rivière, le

Montagnes calcairvs ea for <• <1" Ban Muong lii.ip. — Di.!i*iii *h< A. HVr.-t, <ruj>rt>$ no cmrjuis

«le M. ÏVLipnHt .

IN a m Point, réunissait prés du village ses eaux à celles du Cambodge, et sa vallée sinueuse déchirait d'une ligne sombre l'uniforme plaine de verdure que formaient, vues à distance, les forêts de la rive opposée.

Pendant trois jours, nous ne vîmes plus aucune habitation sur les bords du fleuve, et, chaque soir, nous dûmes coucher dans nos barques. Les seuls incidents de la navigation étaient les rapides que nous rencontrions tous les trois ou quatre milles» formés pour la plupart par les galets et les roches accumulés à leur embouchure par les nombreux et médiocres affluents que le fleuve reçoit en cette région. Nos bateliers franchissaient ces obstacles sans cordes, avec leurs gaffes, en quelques vigoureux eiïorls, De temps en temps un orage illuminait la scène d'éclairs multipliés, el mêlait

au bruit des eaux les roulements du tonnerre mille fois répétés par les montagnes des rives* La grêle n'était pas rare pendant ce* grains;, qui duraient a peine une demi-heure, mais qui abaissaient brusquement la température, de quatre ou cinq degrés.

Le cours du fleuve était remarquablement droit et dirigé au nord 1 ; en certain* endroits, il remplissait entièrement son lit: sa largeur se réduisait alors â 150 mètres environ; les collines qui ie bordaient avaient un aspect si régulier, qu'on eut dit un canal; et une foule de petites cascades y tombaient de toute part avec un bruit argentin.

Le 23 avril, nous rencontrâmes sur la rive gauche, à l'embouchure d'une petite rivière, le Nam Loua, un groupe de cases où nous essayâmes de renouveler notre slock de provisions de bouche absolument réduites a du n/. \nn< ne. trouvâmes que r)rs <eufs. Le soir nous fumes plus heureux, et nous achetâmes dans un village asscat co' dérable, situé, comme le pn cèdent, a l'embouchure d'une rivière, le a m Neua, une quantité suffisaule de volailles au prix de 15 centimes Tune. Dans la journée nous avions reconnu un affluent considérable de la rive droite, le Nam llonn, mais qui est loin d'avoir en ce point la irgeur de 100 mètres que lui attribue Mou bot.

>artir du Nam Neun, on nous annonçait les difficultés les plus grandes: le fleuve n'allait présenter qu'une succession de rapides. En quittant le village auprès duquel nous avions passé ta nuit, il se rétrécit en efl'et et sa profondeur augmente rapidement ; je trouvai successivement 30 mètres, puis 60 mètres de fond. Nous arrivions au pied de Ken g Luong, l'un des rapides les plus dangereux que nous eussions à franchir. Gomme pour nous en montrer les périls, un cadavre emporté par le courant vint à ce moment passer près de nos barques. C'était celui d'un sauvage appartenant à Tune des nombreuses tribus qui habitent les montagnes voisines. Un banc de sable et des roches s'avançaient sur la rive gauche et formaient au-dessous du rapide une sorte de petite baie à l'abri des remous; ce fut là que nos barques abordèrent : il fallait les décharger complètement et leur enlever jusqu'aux toits en feuilles et aux carcasses en bambou sur lesquelles les toits étaient établis. Pendant que les bateliers et nos Annamites s'occupaient de ce rude travail, nous remontâmes le long du banc de sable pour reconnaître le rapide.

Trois énormes rochers s'élevaient au milieu du fleuve et formaient une

1. Dans toutes les pages qui précèdent et où il est question, comme eu ce passage, de la direction du fleuve, le lecteur a compris que l'auteur eu parle comme si, au lieu de remonter le courant, il le descendait (Voy. notes, p. 343 et 35'J .

KKNC, M'ONG. 283

sorte de barrière longitudinale qui le partageai! on deux bras. Le dernier de ces îlots se terminait en face de la pointe du banc sur lequel nous nous trouvions et ne laissait là qu'un étroit passage, un étranglement très court, dans lequel les eaux s'engouffraient avec une violence inouïe, C'était ce passage que devaient prendre nos barques. De la rive où nous nous trouvions, il était impossible de juger quelle était la force du courant dans l'autre bras du fleuve : mais au bruit sourd qui parvenait jusqu'à nous et aux jets d'écume blanchissant les intervalles de la barrière de roches qui nous masquait la

KfiifT Luojijî. — Dessin cl«- Th. WVbtr, d'il près un dessin d«j M. Dèlftg>ûrte«

rive droite, il était évi<lenl que le second passage était absolument impraticable. Je voulus cependant m'en assurer de visa.

Kn amont du rapide, d'énormes falaises de rochers abrupts encaissent de totis cotés le lit du fleuve et forment une sorte de bassin d'apparence circulaire, où les eauv calmes, noires et profondes ne trahissent le voisinage du danger que par d'imperceptibles rides, discret elTet de l'attraction du courant. Sur les parois du rocher, on distinguait nettement au-dessus de nos !ète> l,i h-ne tr/iree par le Heine à IVpoque des hautes eauv : elle accusait entre les deux saisons une énorme différence de niveau. IVndanl que le commandant de La grée et M. Delapnrte cherchaient à la mesurer, je me jetai à l'eau et traversai le Meuve à la nage. Il n'avait guère plus de 200 mètres de large. J'eus quelque peine à prendre pied sur l'autre rive; elle était for-

mée d'énormes blocs de pierre entassés les uns sur les autres et se prolongeant sous l'eau, pareils aux débris d'un mur cyclopéen. Quand j'eus réussi, non sans quelques écorchures, à me hisser sur l'un d'entre eux, les rides dont j'ai parlé plus haut se transformaient déjà en vagues menaçantes qui se brisaient en écumant sur ce lit inégal. Vis-à-vis de moi, la falaise s'était écroulée pour livrer passage à un torrent, en ce moment presque à sec, mais qui, â chaque jour de pluie, accumulait à son embouchure une immense quantité de galets, Ces galets, joints aux éboulis provenu nt de la berge, couvraient entièrement le bras du fleuve que j'avais devant moi, Les eaux, irritées de ce soudain obstacle et attirées en aval, où elles re trouvaient subitement une profondeur de fiO mètres, se précipitaient au milieu des roches, les recouvraient du ne nier d'écume et, après une course furibonde de plusieurs centaines de mètres, venaient se réunir, a I "extrémité du dernier ilol, au torrent formé par le bras de ta rive gauche.

Apres avoir ennlemplé quelque temps ce spectacle, éblouissant et assourdissant i\ la fois, je remontai le plus loin possible en amont avant de me rejeter à l'eau pour rc traverser le fleuve; si je n'avais dû me prémunir contre la force du courant, qu'on ne pouvait vaincre sans prendre une avance considérable, j'aurais sans hésiter préféré un exercice de nage plus long d'une heure à cette promenade de dix minutes sur des rocher* aigus aux parois glissante*, sur lesquelles il m'était souvent impossible uY me tenir debout et presque toujours nécessaire de me traîner à quatre es»

uand j'arrivai enfin sur l'autre rive, le commandant de Lagrée et M. Delaporte avaient réussi à mesurer le marnage du fleuve : il dépassait 16 mètres! L'aspect du rapide au moment des hautes eaux doit être magnifique : toutes les roches qui occupent le milieu de la rivière sont recouvertes, et le Cambodge n'offre plus qu'une masse imposante d'écume coulant à pleins bords entre deux parois de rochers.

A midi, toutes nos barques avaient franchi sans accident, à l'aide de cordes, le passage redouté. On les couvrit, on les chargea de nouveau, et nous nous remimes en route.

Les obstacles se multiplièrent pendant toute la journée, sans présenter cependant des obstacles aussi sérieux que celui que nous venions de vaincre. Le chenal était de plus en plus encombré et rétréci par les roches, et à chaque angle, ou à chaque anfractuosité de leurs parois, il fallait lutter contre un courant dont la vitesse se décuplait tout à coup. La vallée du fleuve était du reste redevenue déserte et présentait un aspect de plus en plus sauvage. A quatre heures et demie du soir, nous nous arrêtâmes devant un

KENG SANIOG. 285

nouveau rapide, Keng Sanioc, qui nécessitait encore le déchargement de nos barques* Le passage en fut remis au lendemain.

Une seule roche debout au milieu du fleuve et formant une arche naturelle plus irrégulière el moins grandiose que celle du Toulinguet, à l'entrée de Brest, se prolongeait sous l'eau par de larges assises et créait devant nous une sorte de chute torrentueuse qui accusait un dênivellcment subit de près d'un mètre entre les eaux d'amont et celles d'aval. En halant nos barques vides avec des cordes contre ce courant de foudre, Tune d élies se remplit; mais le patron, resté fièrement debout au gouvernail, n'en conti-

kriitf Saiiioc. — Dessin Th. Web^r, (frprftl un croquis M, LlHnjiurti:.

nua pas moins à la diriger entre deux eaux, et les effets combinés de son aviron et de notre amarre réussirent a amener le long du bord la légère pirogue, qui fut vidée et remise à flot en un clin d'œil.

Le reste de la journée se passa à contourner péniblement une haute montagne calcaire qui s'élevait sur la rive droite, et au pied de laquelle les eaux décrivaient un demi- cercle. Vers le soir, nous avions réussi à doubler cette espèce de promontoire ; le courant s'était calmé; des plages de sable remplaçaient les falaises de roches qui se terminaient du côté de la montagne, au nord de laquelle nous nous trouvions maintenant, par un mur calcaire d'une grande élévation, surplombant le fleuve. Une cascade jaillissait du sommet, el ses eaux brillantes, ,i demi voilées par un

rideau de lianes, d'arbustes et de plantes grimpantes croissant de toute part sur la pierre humide, retombaient en pluie fine, tout irisée des rayons du soleil couchant. Nous nous arrêtâmes sur un banc de sable pour jouir de ce charmant paysage et préparer notre campement. Quelques marchands laotiens y étaient arrivés avant nous: ils nous montrèrent à peu de distance un radeau naufragé sur les roches et complètement submergé. C'était leur èmbareation ; ils travaillaient activement à en Sauver le contenu : déjà s'étalaient sur le sable des nattes, des gâteaux de cire, des paquets de gingembre. Mais que de choses avariées ou entraînées sans retour par le courant ! Les malheureux n'en supportaient pas moins philosophiquement cette infortune, et songeaient déjà à reconstruire un nouveau radeau avec les bambous de la rive»

Nous étions à ce moment très près de Thadua, Tune des étapes delfouhot dans son voyage par terre de Pak Lay à Luang Prabang. A une centaine de mètres de la berge se trouvait une route assez large couverte de traces d'éléphants et de bœufs porteurs. C'était la route suivie jadis par les caravanes chinoises et qu'avait prise le voyageur français.

Le lendemain nous arrivâmes de bonne heure à un grand village, Ban Goksay, où nous devions changer de barques. Notre isolement commençait à nous peser et nous avions hâte de voir de plus près U*$ populations nouvelles que nous traversions. Coksay possède une bçllepa godu et ce fut le premier objet qui attira notre attention. Lfun des bonzes, gagné par les façons avenantes de notre géologue et le voyant à la recherche de toutes sortes de cailloux, vint mystérieusement lui montrer un morceau d'anthracite. Jugez de l'émoi du docteur Joubert à la vue du précieux combustible. 11 fui malheureusement impossible de savoir d'où provenait cet échantillon et si la région avoisinante recelait des filons exploités. La défiance des indigènes est si grande, — on Ta déjà vu dans le cours de ce récit, — qu'ils n'ont garde de fournir à un étranger des renseignements précis sur les richesses minérales que leur pays peut renfermer. Pour ce motif ou par ignorance réelle, le bonze, malgré les petits cadeaux à l'aide desquels on essaya de gagner sa confiance, ne voulut donner aucune indication utile sur la façon dont ce spécimen de houille était venu en sa possession. Nous en fûmes donc réduits aux conjectures.

La population de Ban Coksay est laotienne ; mais un grand nombre de sauvages des montagnes avoisinantes viennent dans le village y échanger leurs produits ; ceux que nous vîmes appartenaient pour la plupart à la tribu des Khmous, 'extrêmement nombreuse dans les environs de Luang Prabang. Leur physionomie n'avait plus cette expression soumise et crain-

SAUVAGES KUMOUS. 287 tive que les sauvages du sud conservent pendant leurs relations avec les habitants de la vallée du fleuve. Ils traitaient au contraire d'égal à égal

Sauvage dfit coiliues des borda du Neuve, eulre Pak L&y et Luang Crabung' Dessin d'Ktnilr U.jy.ii il, <l\ipW*s un ifcaain de M, UHaporli',

avec la race conquérante. Au sein de celle région montagneuse, leur propre berceau, ils reprenaient leur énergie nat i\ i* <t leurs qualités viriles. Leur grand nombre, le besoin que I on avait d'eux pour défendre contre des voisins

VOYAGE D'EXPLORATION EN INDO CHINE, rnlreprenants les défilés des montagnes, en faisaient dos auxiliaires qu'il fallait ménager, au lieu d'être, comme à Bassac ou h Attopcu, une matière imposable, une race inférieure, productive de pou die d'or et d' esclaves.

En face du village se dressaient de grandes pêcheries dont la campagne avait été très fructueuse. Quelques indigènes employaient le peu de jours qui leur restaient encore avanl la crue des eaux, A jeter une dernière

fois leurs filets dans les parties du lleuve abritées du e anl par une

heureuse disposilinn des rochers de la rive ; dans ces endroits frais, calmes et profonds, les gros poissons que nourrit le Cambodge trouvent, au milieu de tant de tourbillons et de rapides, le repos qui leur est nécessaire pour frayer» L'un d'eux, capturé en noire présence, était d'une (aille ^iganlesque ;

il fallut le concours de cinq Malheureusement personn mi et je ne finis rens< tenait cet in for! un m ■nnnailre ( Grand-Lac du l'objet d'une aux grand considérahl tentatives pout communes du lleuve Bleu, Est-ce ?

es pour l'amener sur la rive.

iil familier avec l'idilvulogie, :enre rl l'espèce auxquels apparùl cependant été intéressant de lorines espèces nourries par le icnt de la baisse des ennx, sont ce de poisson, particulière n appoint tellement i livres, que Ton a fait plusieurs Iqu es-unes des espèces les plus qu'il faut chercher la format ion originelle de cea poissons, assuré n rois de l'eau douce? Les lits de

roche et les énormes profondeur* présentent les cinq grands fleuve» : Brahmapoutre, Iraouady, Salouen, Cambodge, Yang-tse kiang, qui sortent du plateau de l'Asie centrale par son angle sud-est, sont-ils les causes déterminantes de leur multiplication ? — Voilà bien des problèmes à résoudre pour un naturaliste et pour un géographe 1 ! — Ce que je puis affirmer, c'est que la chair du poisson que Ton venait de prendre sous nos yeux était excellente.

A pareille pièce il fallait un gros acquéreur, et notre présence sur les lieux devenait pour le pêcheur une bonne fortune inattendue. Prévenu aussitôt par nos Annamites, très connaisseurs et très friands de poisson, notre chef de gamelle, M. Delaporte, accourut sur la rive et marchanda l'animal. Après un court débat, il lui fut adjugé pour une somme équivalant à vingt-cinq sous environ de notre monnaie. Il pesait plus de soixante kilogrammes. iNos Annamites s'occupèrent aussitôt à le débiter en tranches et

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