LU PAYS CHANGE D'ASPECT
a le faire sécher au soleil, pour mettre au garde-manger de l'expédition lout ce qui ne pouvait Aire consommé le jour même.
Le il au î n ; 1 1 i 1 1 , is quittâmes Ban C,oksay. Après avoir franchi, peu
après noire départ, uu rapide sans importance, nous constatâmes un changement notahle dans l'aspect général de la contrée Les mouvements de terrain devinrent moins brusques; les ondulations des collines qui se succédaient sans interruption le long des rives prirent [dus d'ampleur et nous offrirent des échappées plus nombreuses sur l'intérieur du pays et
VlN d«*roOHtagBêi BÎtUétv ■ li tac*' Av EJnu Cok.-^y, — Ile:» in Av Th. WVIjlt, d'après UDfl sqwraU*
A** M. Uflii piU'li'.
des perspectives plus lointaines. L'horizon élargi nous laissa voir, sur la rive gauche du fleuve, cinq plans de montagnes graduellement étages, de l'ouest I l'est ; sur les pentes, devenues moins abruptes, quelques villages se montraient eà cl là en amphithéâtre. Le tapis de verdure sombre qui recouvrait uniformément toute la contrée se diapra de taches d'une nuance plus claire, indiquant des cultures de riz au milieu de la foret.
Le procédé de délYiehemenl, employé surloul par les sauvages, est îles plus simples et n'exige d'autre matériel aratoire qu'une hache. On coupe les arbres et les broussailles vers le milieu de la saison sèche; quelques
fî#0 VOYAGE D EXPLORATION EN INDO-CHINE.
semaines après on y met te feu, Dès que les premières pluies arrivent, on plante te riz h laide d'un bâton dans la légère couche de cendres qui recouvre le soL On a ainsi, la première armée, une magnifique récolle ; elle devient moins abondante la seconde année, et presque nulle la troisième. Ia cultivateur change alois de lorali t/' , <t |»ir|Miv de nouveaux champs par de nouveau* incendies, Cette agriculture primitive est assurément moins pénible que la culture savante des rizières permanentes de In plaine, qui
f\i^e il m labour* èl IHûfttàlkti I un ijdèita d*iinigaUon coirtpUf^é ;
mais elle n'est possible que dans une légion forestière **û la population est clairsemée cl la végétation vigoureuse. Les empares incendiée rte peuvent être remis en culture qu'une douzaine d'années après la dernière récolte de riz. C'est en moyeu ne lr temps nécessaire pour que la forêt reprenne possession du ebamp abandonné,
Le 28, nous franchîmes encore plusieurs rapides, dans lesquels le Heure» pillait ses eaux peu profondes entre des îles et de le soir, nous nous arrêtâmes à Ban Sel u an g de barques : nous n'étions plus qu a quelques l*c k Taclhité déployée par tout le personnel, le lendemain malin a sept heures pour cette
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nous montrer avec tous nos avantages dans la capitale moderne •puis deu\ jouis déjà, nos Annamites et nos Tarais fourbissaient r s ai nu s cl menaient en ordre leur leuue. Avant de tourner le dernier coude que forme le fleuve au-dessous de Luang Prabang, nous nous arrêtâmes pour revêtir nos plus beaux habits. Notre escorte avait vraiment une attitude martiale sous son costume d'une blancheur éclatante, et elle portait avec beaucoup de désinvolture le grand col bleu rabattu des matelots français. Parmi les Annamites surtout, c'était à qui donnerait l'air le plus crâne aux ailes retroussées de son chapeau de paille et mettrait le mieux en évidence le ruban noir sur lequel le nom de Mékong s'étalait en lettres d'or *.
Notre toilette terminée, nous doublâmes la pointe que formait sur la rive droite une petite colline calcaire. La ville de Luang Prabang nous apparut alors sur la rive opposée, à deux- milles de distance environ. Le
1. On sait que les matelots et les fusiliers marins portent autour de leur chapeau un ruban noir, d'une largeur uniforme, sur lequel est imprimé en lettres dorées le nom du navire auquel ils appartiennent. La Commission d'exploration du Mékong ayant été organisée comme l'étatmajor d'un navire de guerre et soumise aux mêmes règlements, son escorte avait ilû adopter l'uniforme des équipages de lu Hotte, et le détail de tenue signalé par le narrateur y était probablement obligatoire.
AHRIVtiti A LUANG PRABANG. 294 coup d'œii qu'elle oiïrail était des plus pittoresques et des plus animée Depuis notre départ de Cochinchinc, nous n'avions pas rencontré une agglomération aussi considérable de maisons. Leurs toits pressés s'alignaient en séries parallèles le long du fleuve et entouraient de tous côtés un petit monticule qui s'élevait comme un dôme de verdure au milieu de cette surface de chaume grisâtre. Au sommet de ce monticule, un Tât ou Dagoba perçait de sa flèche aiguë le feuillage des arbres, et formait le trait dominant du paysage. Quelques pagodes s'élageaient sur les pentes de cette sorte de mont sacré, et leurs toits rouges tranchaient vivement sur le vert sombre de la végétation. Au pied des berges, hautes d'une quinzaine de mètres, des radeaux fixes, sur lesquels étaient construites de nombreuses cases, formaient, au-dessous de la ville, comme une seconde cité fluviale, que de nombreux sentiers en zigzag, avant de loin l'apparence d aulant de lacets blancs, reliaient aux maisons de la rive. Des centaines de barques de toute dimension montaient ou descendaient rapidement le long de ce faubourg flottant, tandis que de larges et lourds radeaux, venant du bîiut du fleuve, cherchaient près du bord, avec lenteur et prudence, un endroit commode pour s'amarrer et décharger leurs marchandises. Un monde de bateliers et de portefaix se mouvait au pied de la berge, et il s'échappait de celle foule une clameur confuse qui se mêlait au murmure des e;iu\ et au bruissement des palmiers balancés par le vent.
Deux plans successifs de hautes montagnes formaient à ce tableau un fond sombre, sur lequel, tout inondés de lumière, le fleuve et la ville s'enlevaient avec vigueur. Quelques nuages flottaient au-dessus des [dus liantes cimes, et traçaient une ligne de démarcation irregulierc et indécise entre le vif azur du ciel et les teintes bleuâtres et dégradées des plus lointains horizons terrestres.
Sur l'autre rive régnaient un calme et un silence relatifs; sur la berge même, île Inutiles rangées de bambous destinés à faire sécher les blets et le poisson ; un peu au delà, des jardins, quelques maisons éparses et des pagodes; en troisième plan, une rangée de collines aux pentes abruptes et dénudées, Il était midi quand nos barques s'arrêtèrent devant la ville : un mandarin subalterne se trouvait là pour nous recevoir. Nos hommes en armes descendirent a terre et formèrent la haie sur le passage du commandant de Lagrée, Guidés par notre cicérone indigène, nous gravîmes la berge, et nous pénétrâmes daus la ville. Pour la première fois, nous traversions des rues très larges et assez régulières, se coupant à angle droit, et formées par les maisons elles-mêmes ou parles hautes palissades qui en entouraient les dépendances. Après un court trajet, nous arrivâmes à Wal Poun Kéou,
m VOYAGE D ttXI'LOIIATION EN LMiQ-GUINK.
pagode qui nous était assignée (mur demeure jusqu'à ce qu'un logeinml ipêcinl fût construit
La population, trop nombreuse pour ne pas devenir incommode si elle eut é\è importune, se montra moins empiv - - t nous voir que nous ne l'avions craint. Soil que le séjour de Mouhot et lé pa^ajje de M [Ititshaii eurent éumussé déjà sa curiosité; «oit qu'elle fût trop affairée pour g'aprrrevoir de noire présence, nous [iVijhips a nous débarrasser que de qurlqoes garnit! audacieux qui franchissaient renceiulede la [tfgode, et nous pûmes visiter la ville et observer ce qui s'y passait sans Irnp de gène ni d cjuoL
Un affluent assez important du Cambodge, le Nam Kan, vient contourner ii Test et au nord la petite colline au pied de laquelle la ville est construite, et partage celle -fi en deux parties inégales dont la plus considérable occupe le sud de son eu>bouchure» Jusque une assez gftnde uislaiice dans l'intérieur de la vallée, les bords du Nam Kan offrent une succession ininterrompue de pagodes et de grands jardin? où l'on eulthe Je beli-L et où notre botaniste retrouva pour la première fois des péc tiers, ÉâS pruniers, de* launei -him \nijs mirions dans eette zone | > 1 1 tempérée un les fruits et les arbustes de l'Asie centrale peuvent croître et se développer.
«"est dan* la partie méridionale de la ville que s'élève Je palais du mi, énorme rectangle composé de case» juxtaposées et entourées d'une liante rt forle palissade, el donl l un île- rolés rsl forme par la hase de la colline centrale, en eel endroit presque à pic. I n e-ealier <le plusieurs centaines de marches est pratiqué dans le roc et conduit directement à la pyramide sacrée ijui eu couronne le sommet. Un marché quotidien et très fréquenté se tient sous des hangars spéciaux situés près du confluent du Nam Kan et du Cambodge; mais tous les marchands sont loin d'y pouvoir trouver place, et les échoppes en plein vent se prolongent encore pendant plus d'un kilomètre le long d'une grande rue parallèle au fleuve, sur laquelle donne la pagode que nous avions pour habitation. C'était la première fois, depuis notre départ de Pnom Penh, que nous rencontrions un marché au sens que l'on donne habituellement à ce mot.
Cette activité subite, ce commerce devenu relativement considérable, s'il fallait en juger par les types nombreux et variés qui représentaient à Luang Prabang toutes les nations de l'Indo-Chine et de l'Inde, accusaient, évidemment, moins un changement de race ou un accroissement de production, qu'un changement radical dans le régime politique. Plus riches et plus commerçantes encore avaient été les régions du Laos méridional au temps de leur indépendance; l'oppression et le monopole siamois, en faisant aux vainqueurs une trop large part dans les bénéfices, ont seuls détourné les
ORIGINE ET IMPORTANCE DE LUANG PRABANG- 205
vaincus d'un travail stérile et d'échanges ruineux. Si la vie renaissait à Luang Prabang, c'est que la domination siamoise n'y comportait que des charges légères et que Ban Rok savait quels ménagements étaient dus à cette puissante province*
La fondation de Luang Prabang ne paraît remonter qu'au commencement du dix-huitième siècle1. La Loubère, dont les informations sur le rovaume de Siam et les pays environnants sont si sures et si complètes, et dont le récit se rapporte aux années 1687-1688, ne mentionne pas celte principauté. Leloignement de Luang Prabang du théâtre des guerres qui désolèrent IMndo-Chine au dix-huitième siècle contribua beaucoup â assurer sa prospérité, après avoir été sans doute Tune des causes déterminantes de sa fondation. Son gouvernement fut assez habile pour obtenir la protection nominale de la Chine, en s'engageanl à envoyer tous les huit ans à Pékin» en signe d'hommage, deux éléphants : il s'est également assujetti à un tribut triennal à l'égard de l'empire riWnnam, dont son territoire est limitrophe. La contrée montagneuse qu'il faut traverser pour atteindre le territoire de Luang Prabang, l'énergie que sa population doit au mélange des tribus nombreuses, sauvages et guerrières qui habitent les confins du Tong King et du Laos, donnent à cette province des moyens exceptionnels de résistance aux exigences de Siam, Aussi est-ce ta seule du Laos qui ne fournit aucun contingent lorsqu'il fallut, en 1828, dompter la rébellion de Vien Chan. Luang Prabang resta d'ailleurs absolument neutre pendant la lutte, et si, grâce à des rivalités de famille, ses gouvernants acceptèrent avec une joie secrète la chute du roi Anu, ils offrirent avec empressement un asile à tous les réfugiés du royaume vaincu, et Ban Kok n'osa les réclamer.
En 1837, d'après un document officiel communique au général Mac Leod pendant son séjour h Xieng Mai, la ville de Luang Prabang comptait 700 maisons, c'est-à-dire environ 5 h 6000 habitants, et la province entière 50000 habitants; depuis lors, ce nombre a considérablement augmenté. De nouvelles guerres s'élevèrent en 1851 entre Siam et les principautés laotiennes soumises à la Birmanie. Quelques années après, survint la révolte des Mahométans dans le Yun-nan. Luang Prabang sut rester étranger à toutes ces luttes et faire respecter ses frontières, menacées au nord et au nord-ouest; de nombreux émigranls affluèrent <l< < pays dévastés, attirés par la tranquillité dont jouissait le nouveau royaume. La ville de Luang Prabang n'a pas aujourd'hui les 80 000 âmes que lui donnait par ouï-dire M*f Pallegoix, mais elle a certainement plus que les 7 ou 8000 habitants que lui accordait Mouhot : j'estime sa popu-