PAK TA
|»entes douces et régulières qui de la rive droite conduisaient aux sommets de la chaîne, se couvrirent d'habitations et de cultures.
Le 2 juin, nous nous arrêtâmes quelque temps à Ban Hutsa, joli village situé sur la rive gauche; le lendemain, nous arrivions à Pak Ta, dernière étape de noire roule avant Xieng Khong.
Comme son nom l'indique, Pak Ta (embouchure du Ta) est situé au confluent du Nam Ta et du grand fleuve. C'est un village considérable* Pendant que Ton préparait les nouvelles banques que nous ne devions cette fois quitter qu'après notre arrivée ù Xieng Khong, nous visitâmes les pagodes de Pak Ta. Dans Tune d'elles se trouvait une cloche d'un travail soigné et d'une finesse d'exécution qu'on ne rencontre à un égal degré qu'en Europe. Ce n'était évidemmentpas là un produit indigène, et la légende chinoise qui en ornail la base ne pouvait être l'indice d'un autre lieu d'origine que le Tongking ou le Yun-nan. J'inclinerais volontiers pour le premier de ces deux pays, le nom d'empereur rappelé dans la date ne se rapportant à aucun des souverains chinois des deux derniers siècles, dont j'avais alors les noms assez présents à la mémoire.
Un peu au-dessus de Pak Ta, le fleuve traverse, par un retour au sud-ouest, la chaîne dont il a longé jusque-là le versant est, et Ton retrouve de nouvelles difficultés
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de navigation. Nous franchissions en ce Ta. — Dessin de m. n moment les frontières du territoire de Luang
P ivi ban g et nous cnlrions dans la grande province de Muong Nan, donl Xieng Khong est la seconde ville.
Au delà, le fleuve s'épanouit dans une grande plaine, telle que depuis Vien Chan nous n'en avions plus rencontré, cl il reprend son cours au nord-ouest. Le 4 juin au soir, nous campâmes sur un banc de sable, A l'horizon , subitement élargi, nous apercevions, du coté de l'ouest et du nord, les sommets lointains et bleuâtres de grandes chaînes dont les derniers contreforts venaient mourir en légères ondulations sur les rives du fleuve,
Le lendemain, à huil heures du malin, nous mettions pied à terre à Xieng Khong, ou Ton achevait à la hâte les quatre cases destinées à nous
recevoir. L'accueil des autorités fut bienveillant et empressé, et le gouverneur de la ville, qui était la seconde autorité de la province de Muong Nan, vint le soir même rendre visite au commandant de Lagrée. Nos barques furent déchargées et retournèrent à. Pak Ta, après que ceux qui les montaient eurent reçu la rémunération habituelle. Nous nous trouvions main tenant hors de la zone d'influence et d'action du roi de Luang Prabang.
MM. Joubert et de Carné nous rejoignirent le 9 juin : les phénomènes volcaniques que notre géologue avait reconnus étaient, comme d'habitude, beaucoup moins considérables qu'auraient pu le faire croire les récits des indigènes. Un terrain déprimé et crevassé, laissant échapper des gaz sulfureux, carboniques et de la vapeur d'eau, remplaçait le cratère en éruption qui avait été signalé. Ces traces d'action volcanique existent en deux endroits différents appelés par les indigènes Phou Fay Niaï et Phou Fay Noï, « montagne du grand feu » et « montagne du petit feu ». Ils se déplacent lentement, en détruisant la végétation sur leur passage, en calcinant les troncs des grands arbres, et en déposant du soufre cristallisé. Phou Fay Niaï occupe actuellement une surface de 7 à 800 mètres de long sur 300 de large. Sur cet emplacement, Je sol résonne sous le pied comme s'il existait au-dessous une cavité profonde. En appliquant l'oreille contre terre, on perçoit un bruit sourd, très éloigné, qui, au dire des indigènes, augmente souvent de force et devient perceptible à distance. Cette crevasse paraît cheminer vers le sud; on peut suivre pendant plusieurs kilomètres la route qu'elle a déjà parcourue. Les indigènes recueillent le soufre déposé sur les parois des crevasses. Nulle part M. Joubert ne constata l'existence de centres d'éruption. Le volcan annoncé se réduisait donc à de simples fumerolles.
Les pourparlers s'étaient engagés dès le lendemain de notre arrivée à Xicng Khong avec le gouverneur de cette petite ville. C'était, je crois l'avoir déjà dit, la seconde autorité de la grande province de Muong Nan. Malgré sa bienveillance naturelle et son désir de nous être agréable, il no pouvait se résoudre à nous laisser franchir la frontière de Siam : les lettres de Ban Kok dont nous étions porteurs nous accordaient la libre circulation sur tout le territoire siamois; mais il n'y était pas indiqué que nous pussions en sortir. Prendre sur lui de nous y autoriser épouvantait le timide fonctionnaire. Placé à un poste avancé et périlleux, il avait pour habitude de n'agir qu'avec une extrême circonspection que justifiaient d'ailleurs les nombreuses guerres dont cette partie du Laos, tour à tour disputée entre Siam et Han Kok, avait été le théâtre. Il aurait voulu nous faire conduire à Muong Nan ou tout au moins obtenir de nous que nous attendissions la