‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 8 sur 197 · COMMISSION DU MÉKONG · texte numérisé non relu

COMMISSION DU MÉKONG

direction et l'ensemble dont ils manquaient encore, en même temps qu'il travaillait à compléter et à réunir en un corps de doctrine les renseignements, vagues, souventcontradictoireSjCtjusqu'alorsinsuffisants pour éclairer les colons à leur arrivée dans le pays. Une vive impulsion avait été ainsi donnée au développement commercial et agricole de notre établissement, et une exposition locale, rassemblant pour la première fois à Saïgon des échantillons de tous les produits de la contrée, avait permis de se faire une idée plus juste de ses richesses et de l'industrie de ses habitants !.

L'étude des ressources de tout genre que la vallée supérieure du fleuve pouvait fournir à la colonie nouvellement fondée à son embouchure n'avait point été négligée; quelques indices épars, quelques on-dit des indigènes, prêtaient à ces ressources, grâce au prestige que revêt toujours pour l'imagination une région inconnue et lointaine, une importance considérable. Plusieurs des officiers du corps expéditionnaire qui, à la fin de la guerre de Chine, avaient assisté, à Shang-haï, au départ d'une petite expédition anglaise (celle du capitaine Blakiston), destinée à remonter le fleuve Bleu le plus loin possible, en avaient rapporté l'idée d'un projet analogue pour le Cambodge et l'avaient mise plusieurs fois en avant 2. Ce fut donc avec la plus vive satisfaction que la colonie tout entière apprit, vers la fin de 1865, que M. de Chas-

1. Un grand nombre des objets exposés avaient été fabriqués aux frais des membres du Comité, qui rivalisaient de zèle et de désintéressement pour développer les ressources industrielles de la colonie.

2. Francis Garuier était l'un de ces officiers, et sa modestie l'empêche de dire tout ce qu'il avait fait pour le succès de l'entreprise. Déjà, dès le mois de juin 1863 et aviint môme son entrée dans l'inspection des affaires indigènes, il avait soutenu l'opportunité de ce voyage d'exploration. On trouve en effet, à la page 12 de la Publication officielle, une note ainsi conçue : « Me sera-t-il « permis de rappeler ici que j'étais du nombre des impatients et que, dès 1803, j'avais adressé « au gouvernement de la colonie une demande conçue en ce sens. En juillet 1864, dans une brou chure publiée sous un pseudonyme (la Cochinchine française en 1864, par G. Francis; Dentu, « in-8°), je plaidai de nouveau la cause de ce voyage, et, à la fin de la même année, je renoua vêlai ma demande au gouvernement de la colonie, eu l'accompagnant d'un plan général d'exé- <* cution et d'un devis détaillé des dépenses. »

M. Trêve, capitaine de vaisseau, écrivait à ce sujet dans la Revue maritime et coloniale de 1874 : « Sa correspondance, ses démarches et celles de ses amis auprès de M. de Chasseloup-Laubat, « alors ministre de la marine, en font foi et obtinrent enfin gain de cause. »

M. l'amiral de La Roncière Le Noury disait & la Société de géographie, le 25 avril 1874 : « La « perspicacité du ministre accueille les suggestions du jeune officier : une expédition se décide. « Il n'est pas assez ancien de grade pour en être le chef, quoiqu'il en ait été l'initiateur; l'expé- « dition est mise sous les ordres du capitaine de frégate Doudart de Lagrée et il en est le « second. » (Journal officiel du 4 mai 1874, p. 3091.)

M. Vivien de Saint-Martin écrivait, dans le Bulletin de la Société de géographie du mois de mars 1873, p. 296 : « Dès 1862, on avait remonté le fleuve... Dès cette époque la pensée des plus « vastes explorations assiégea l'esprit de nos officiers; M. Francis Garnier, celui-là même à qui « devait être confiée plus tard la tâche honorable de diriger la belle publication que nous avons € sous les yeux, appelait dès lors sur ce sujet la sérieuse attention du gouvernement. Le minis- « tère de la marine était alors occupé par M. le marquis de Chasseloup-Laubat...,. Le ministre € accepta d'autant plus volontiers les vues qui lui étaient soumises que, dans sa pensée, la « France avait un grand rôle a prendre dans ces parties extrêmes de l'Asie. »

seloup-Laubat, ministre de la marine et président de la Société de géographie, avait décidé l'exploration de la vallée du Mékong, et les vœux les plus sympathiques allaient accompagner les voyageurs chargés de cette aventureuse mission.

La plupart d'entre eux comptaient déjà plusieurs années de séjour en Gochinchine et s'étaient intimement associés aux destinées de la jeune colonie. Le chef de l'expédition, M. le capitaine de frégate Doudart de Lagrée, arrivé à Saïgon au commencement de 1863, avait eu presque immédiatement à exercer un commandement dans le haut du fleuve, et, le premier, il avait su conquérir une influence et une situation politiques à la cour du roi du Cambodge, dont le petit État sépare la Gochinchine des possessions siamoises. Il avait réussi à faire accepter à ce prince le protectorat français et à l'affranchir ainsi de la lourde vassalité de Siam. Depuis cette époque, il était resté au Cambodge, sorte de sentinelle avancée chargée de fortifier et d'agrandir l'influence française et de lui préparer les moyens de pénétrer au delà. Le voyage d'exploration qu'il allait diriger semblait n'être que la suite naturelle et la conséquence de ce rôle, et nul ne pouvait être mieux préparé que lui à l'entreprendre !. Agé de quarante-quatre ans, d'un tempérament vigoureux et énergique, d'une intelligence nette, vive, élevée, il possédait toutes les qualités physiques et morales qui devaient assurer le succès.

M. Thorel, chirurgien de la marine a, chargé de la partie botanique du voyage, était depuis 1862 dans la colonie. Infatigable coureur de forêts et d'arroyos, il avait, dès cette époque, travaillé avec la plus louable persévérance à constituer la flore d'un pays où presque tout était à découvrir, et, passionné pour son œuvre comme le sont tous les spécialistes, il était impatient d'élargir le cercle de ses recherches. Agé de trente et un ans, sa santé robuste paraissait n'avoir que peu souffert de l'énervant climat sous l'influence duquel il vivait depuis plus de quatre ans.

Arrivé depuis une année seulement en Cochinchinc, M. Delaporte, le plus jeune officier de vaisseau de la Commission, avait été au contraire déjà vivement éprouvé par la fièvre, et c'était au sortir d'une indisposition assez grave qu'il se mettait en route pour ce lointain voyage, auquel il sacrifiait la licutenance d'une grande canonnière. Dessinateur et musicien, il représentait surtout dans la Commission le côté artistique.

1. Cotte préoccupation de louer M. de Lagréc après sa mort, et de faire valoir ses éminentes qualité*, se manifeste souvent au cours du récit de Francis Garnier.

2. M. Thorel soutint en 1809, après sa rentrée en France, uue thèse où il traitait sommairement l'anthropologie du voyage, sujet qu'il développa plus tard dans la Publication officielle. Cette thèse avait pour titre : Notes médicales du voyage d'exploration du Mékong et de Cochinrhine. Nous citons plus loin une des intéressantes observations qui y sont consignées.

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