COMMISSION DU MÉKONG
Deux des voyageurs étaient absolument nouveaux venus dans le pays. L'un d'eux était le docteur Joubert, médecin de l'expédition, dont il devait être en même temps le géologue. Un long séjour au Sénégal l'avait accoutumé aux climats chauds, et son habileté de chasseur, son humeur vive et joyeuse devaient en faire un des plus utiles et des plus aimables compagnons de la roule. Le second était M. de Carné, jeune attaché au ministère des affaires étrangères, qui devait à sa' parenté avec le gouverneur de la colonie de commencer par ce voyage d'exploration sa carrière de diplomate. M. Joubert était, après le commandant de La£rée, le membre le plus âgé de la Commission; M. de Carné en était le plus jeune.
C'était la seconde fois que les chances de ma carrière militaire m'amenaient en Cochinchine. Après avoir assisté à la conquête même du pays1, j'y étais revenu en 1863 et j'étais entré presque aussitôt dans l'administration indigène. Aidé du concours de quelques amis3, j'avais à plusieurs reprises essayé de plaider en France la cause du voyage d'exploration qu'il m'était enfin donné d'entreprendre3. Ce n'était pas cependant sans quelque regret que j'abandonnais le poste qui m'avait été confié dans la colonie. Je m'étais attaché à ces populations intelligentes avec lesquelles les progrès sont si faciles et si rapides, et l'œuvre commencée au milieu d'elles avait encore pour moi une séduction bien grande. Si beaucoup avait été fait, il