‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 83 sur 197 · SAUVAGES MOU-TSEU · texte numérisé non relu

SAUVAGES MOU-TSEU

seules populations d'origine caiicasigue ayant surnapé sans se confondre, H milieu des Ilots sans cesse renouvelés des invasions mongoles K

Les Mou-tseu mettent dans leur costume une recherche et une complication que nous n'étions pas habitués à rencontrer en Indo-Chine. Les nombreux oripeaux qui leur couvrent le corps leur donnent quelque ressemblance avec les tribus de Bohémiens ou les habitants de certains districts de la Bretagne. La coifVure des femmes est des plus originales: elle se compose d'une série de cercles de bambou, recouverts de paille tressée el

Mou-Lseu, sauvages des environ de Mtion^ Lini. — lki*siu de À. <hj Neuville, d uurcs un croquis

de M, Uelaportc

s'attachant sur le sommet de la tète. Le rebord (le cette sorle de chapeau est garni de boules d'argent qui encadrent le front; au-dessus sont deux rangées de perles de verre blanc; sur le coté gauche pend une houppe de fils de coton blancs et rouges, d'où sort une ganse formée de cordons de perles multicolores, Des fleurs el des feuilles complètent presque toujours cH h coiffure, qui est susceptible des modifications les plus variées. Les femmes portent un justaucorps, donl les manches el les hasquines sont bordées de perles blanches, avec un plastron sur la poitrine, et un jupon très court

l. M. te colonel Yuïe, orientnlbLe distingué, donl lf principal ouvrage est relatif aux voyages dr JHarro IVjuIo, e.-d n-st.; en n.rn^pruidim »* suivi»» river l-'nmi'i* (immer jusqu'aux dirniers jours de sa vie. Voy. la revue ^vigranhiquo (hean tligh ways, livraison du uioU d'août 1873.

m> VOYAGE D'EXPLORATION EN INDO-CHINE.

n'atteint pas les genoux. Los jambes sont enveloppées de guêtres collantes, qui partent de la cheville et recouvrent tout le mollet Ces guttftifi sont aussi ornées d'un rang de perles à mi-jambe. Des pendants d oreilles en perles de couleurs ou en boules d'argent soufflé, des bracelets, des ceintures, des colliers cl des baudriers croisant la poitrine, composés dr coquilles et de sapèqti es finnoises enfilées sur des cordon*, achèvent leur toilette. Les hommes sont coi Iles d'un turban, et vêtus d'un pantalon hirp** H COdrt, el d'une veste à boulons d'argent. Le costume des deux se\e* a pour complément nécessaire une sorte de manteau en feuilles ayant la forme d'un livre a moi lié ouvert, qui est attaché au cou el qu'on ramené sur la lé le quand il pleut, en puise d'abri vola ni. Quand les femmes portent des lardeauv «'lies ajoutent â ee costume, déjà si compliqué, un plateau en bois qui sr place solidement sur les épaules, grâce u une éclianerure suffisant* pour passer le cou, el auquel on accroche la hotte qui contient les objets à transporter. Ce plaleau est relenu en avant par des cordes -pie Ton attache a la ceinture ou que Ion tient a la main.

Quelques-uns de ces sauvages oui les cheveux longs, mais tressés eu forme de queue, u riiistar des Chinois. Leur langue ditlère profondément du laotien; elle abonde en sons durs et sifflants qui la font très facilement distinguer des autres langues de 1 Indo-Chine septentrionale. Les Mou tseu - oui des chefs spéciaux; ils sont très superstitieux et peu coin municalifs. Ils viennent, disent-ils, du nord, au delà de Muong Lim, M, Delaporte eut toutes les peines du monde â dessiner une femme Mou-tseu, el ce ne Tut qu'après le don de menus objets et une oiïre d'argent, qu'elle se décida à rester quelques instants en repos. L'inquiétude comique qu on lisait sur sa physionomie disait assez qu'elle se croyait en présence de quelque jeteur de sort qui pouvait lui faire un mauvais parti.

Le 28 juin, le gouverneur de Muong Lim vint enfin à notre campement communiquer au commandant de Lagrée la réponse de Xieng Tong. Elle était favorable. Le roi de Khemarata et de Toungkaboury nous autorisait à louer des hommes et des barqifes sur son territoire, el à continuer à cheminer par la vallée du fleuve; il nous prévenait que, dans le cas où nous désirerions aller à Xieng Tong, il serait nécessaire de demander une nouvelle autorisation. Cette lettre était écrite en caractères lus, et commençait par une énumération de titres démesurément longue. Elle rappelait cependant que le royaume de Xieng Tong ou de Khemarata 1 était tributaire du Muong Kham-Angva (le Muong d'Or : A va).

1. Je crois avoir d»'*jù dit que chacun des lieux, en Indo-Chine, outre son nom indigène, pos-

DE MUONG LIM A PALÉO. 367

Le messager nous donna quelques intéressants détails sur les débats que notre demande avait suscités dans le conseil royal. II était resté quatre jours à Xicng Tong, pendant lesquels on l'avait constamment renvoyé du premier roi au second roi, et de celui-ci au chef birman chargé de représenter auprès du souverain indigène l'influence de la cour d'Àva. Ce fonctionnaire, dont le commandant de Lagrée ignorait l'existence, avait sans doute été blessé de ce que, parmi les cadeaux envoyés par le chef de la mission française, aucun ne lui avait été destiné, et il avait fait une vive opposition à l'autorisation de passage qui nous avait été accordée. Le messager avait essayé de disculper le commandant de Lagrée sur l'absence d'un présent spécial en alléguant l'ignorance où il était de la présence à Xieng Tong d'un officier birman. « Pourquoi ces gens-là se prétendent-ils puissants et savants, lorsqu'ils ignorent de telles choses ? » lui répondit l'agent d'Ava. Le roi cependant avait fini par passer outre à sa résistance, en lui disant: « Que craignez-vous donc? ils ne sont que seize, et nous sommes ici trente ou quarante mille. Croyez-vous qu'ils l'emporteront sur nous? »

Le chef de l'expédition demanda immédiatement au mandarin de Muong Lim les moyens de transport nécessaires à la continuation de notre route ; nous allions longer la vallée du fleuve en nous dirigeant au nord-est; c'était la voie la plus courte pour arriver à Xieng Hong?, ou Alévy, la patrie de notre interprèle et la ville où s'était arrêté, en 1837, le lieutenant Mac Leod. Elle est située sur la rive droite du fleuve, par 22° de latitude nord. Outre le territoire de Xieng Tong, nous devions traverser, dans l'intervalle, celui de Xicng Kheng ou Muong You, autre province laotienne tributaire d'Ava, et dont le gouverneur, frère cadet du roi de Xieng Tong, avait également reçu depuis trois ou quatre ans le titre de roi.

Malgré l'autorisation qui nous était accordée par le roi de Xicng Tong, les autorités locales ne nous furent que d'un médiocre secours dès qu'il fallut fixer les conditions d'engagement de nos porteurs de bagages : nous dûmes en passer par toutes les exigences des indigènes. Nous no réussîmes à aucun prix à les décider à porter dans un hamac M. Delaporte, qui ne pouvait ni marcher, ni monter à cheval. Porter un malade, c'était s'exposer à être malade soi-même, disaient les habitants. « Je me plaindrai à A va de ce refus de concours, disait M. de Lagrée. — Écrivez à qui vous voudrez, répondait le gouverneur; je n'y puis absolument rien. » — Et en efl'et, les administrés conduisent ici leurs administrateurs plus qu'ils ne sout conduits par eux. Il fallut donc faire porter M. Delaporte par nos Tagals et no9t\nna-

sède un nom pali, emprunté souvent à quelque ville de l'Inde, et qui rappelle le point de départ des traditions religieuses de la contrée. [Sole de l'auteur.)

mites, dont quelques-uns, naturellement peu vigoureux, étaient en outre, & ce moment, abattus par la fièvre. Avant de partir, nous fîmes faire un exercice h feu h notre escorte, pour diminuer nos munitions et en même temps pour faire admirer la portée et la précision de nos armes.

Le i" juillet, nous nous mîmes en route pour Paléo. Au début de notre voyage, nous dûmes traverser une immense étendue de rizières fraîchement labourées, et circuler sur d'étroits talus, en partie détruits par la pluie, où nous enfoncions souvent dans la boue jusqu a mi-jambe. Nous passâmes h gué le Nam Mou ï, affluent du Nam Lim, avec de l'eau jusqu'à la ceintura Au delà du gué se tmim; un petit village. J'étais resté sur les bords ûv la rivière pour veiller au passage de M. Delaporte et pour diriger ses porteurs, qui, tous d'assez petite taille, avaient à lutter contre un fort courant et il prendre garde que le hamac ne fut atteint par l'eau. Le passage licureuse- 111 eût effectué, nous nous préparions à traverser le village pour rejoindre la tète de la colonne, qui était de beaucoup en avance, lorsque des indigène* s'empressèrent à notre rencontre et nous firent signe de changer de route. Je crus d'abord que nous nous trompions de direction, et que Ton voulait nous remettre dans le bon chemin; mais je ne tardai pas h m apercevoir aux figures inquiètes et aux gestes menaçants de nos interlocuteurs, que cette démon si ration était dirigée contre le malade, dont la présence dans \v village devait être évitée comme étant d'un fâcheux présage. Mon indignation et celle des hommes de l'escorte qui m'entouraient s'exprimèrent d'une façon assez énergique pour que l'on n'osât pas insister davantage; nos fusils et -= revolvers donnèrent surtout à nos arguments une éloquence irrésistible. Nous traversâmes le village sans autre incident.

Au delà commençait la forêt et s'ouvraient des chemins moins pénibles pour nous. Nous couchâmes le soir à Nam-Kun, dans la maison d'un bonze, qui servait de pagode. Si les habitants de cette région sont intolérants et avides, les prêtres pratiquent au contraire l'hospitalité, à l'égard des voyageurs étrangers, de la façon la 'plus exemplaire. En ce qui nous concerne, ils n'eurent jamais lieu de s'en repentir et noms nous sommes toujours efforcés de nous soumettre à toutes les exigences du culte et de n'en troubler jamais les cérémonies. Les formalités auxquelles nous astreignait l'habitation des lieux sacrés étaient d'ailleurs peu gênantes. La seule précaution à laquelle nos hôtes parussent sérieusement tenir consistait à ne jamais laisser tuer un animal sur le terrain de la pagode. Notre cuisinier Pedro allait en conséquence, en dehors de l'enceinte, tordre le cou aux poules et aux canards qui devaient figurer sur notre table. Des cadeaux, appropriés autant que possible aux besoins apparents du temple ou de ses

NOUVELLE RÉDUCTION DES BAGAGES. 36<J ministres, les récompensaient largement de leur hospitalité, et presque toujours la reconnaissance qu'on nous témoignait prouvait que ce n'était pas nous qui restions les obligés l.

Le lendemain, 2 juillet, après cinq heures d'une marche très pénible, au travers de petites collines boisées, entrecoupées de ruisseaux et de marais, au milieu desquels le sentier se perdait souvent, nous arrivâmes à Paléo, où nous nous installâmes dans une pagode neuve, agréablement située près des bords du Nam Kay, petit affluent du Cambodge. Tout l'après-midi fut consacré à peser le salaire de nos porteurs; chacun d'eux exigea que Ton se servît de sa balance et mit ainsi notre patience à une rude épreuve. Les 30 kilomètres que nous avions parcourus depuis MuongLim nous revinrent a peu près fc 150 francs. Nous ne pouvions aller bien loin av^ec un pareil tarif, et une nouvelle réduction de bagages fut résolue. Mais, au lieu de donner nos effets, comme à Luang Prabang, nous les vendîmes: une redingote fut échangée contre deux poules, un pantalon contre un canard, un gilet de flanelle contre un concombre. Nous nous résignâmes à porter chacun nos armes, à abandonner les petits matelas qui nous avaient jusqu'alors préservés du contact de la terre nue, et à nous contenter désormais de nos couvertures pour tout objet de literie et de campement. Nous réduisîmes ainsi tous nos bagages à trente colis assez maniables, dont la pharmacie, les instruments, les munitions et l'argent formaient la partie la plus considérable. Il nous restait environ 10 000 francs, en argent, formant un poids de 50 kilogrammes. Quoique nous l'eussions divisé en deux colis, le petit volume de ce groupe, comparé à sou poids, attirait assez l'attention pour exiger en route la surveillance spéciale de l'un des hommes de l'escorte,

Paléo est à une petite lieue de la rive droite du Cambodge; il va sans dire que J'allai revoir mon fleuve! il coule dans une vaste plaine et s\ épanouit à son aise; il y est comparable par la largeur el la masse des atttl aux plus belles parties de son cours dans le Laos inférieur, mais on y voit à peine quelques barques de pêcheurs; il est du reste absolument délaissé comme route commerciale, La rive gauche appartient toujours à Muong Nan, et, par conséqucnl, à Siani. C'est a quatre ou cinq milles plus ImiiI qu'une petite rivière, le Nam Si, l'orme la limite du territoire siamois et du territoire birman.

Les caïmans abondent sur les rives du fleuve et Ton nous apporta un certain nombre d'œufs de ces amphibies. Les habitants ne dédaignent pas de les employer dans leurs préparations culinaires. Quand ce nouveau

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