Voy. notes, p. 87, 174, 255, 297, 310 et
SOP YONG. 38!
fidèles eux-mêmes; la place du bonze étail varaule < I e | > 1 1 i s plusieurs aimées. Nous primes possession de sa chambre.
Le village, composé de quatre maisons, est pittoresquement situé sur la rive droite du Mékong : le grand fleuve n'a plus ici que 100 à 150 mètres de large, et la rive gauche est formée de rochers calcaires à pic, qui sYtagent en formes grimaçantes, el dont la base est creusée et blanchie par l'eau rapide. Nous n'étions qifà i mètres à peine au-dessus du niveau du fleuve, et les habilants nous dirent qu'il monterait encore de cette hauteur, avant la (in de la crue annuelle. Nous payâmes un peu plus de 300 fr. nos porteurs de Siemlap, qui s'en retournèrent enchantés de leur excellente spéculation.
Dans la pagode se trouvaient deux ou trois voyageurs, appartenant aux Muongs Laotiens, situés à l'ouest de la Salouen, Ils venaient de Xieng Yi et de Xieng Pho, villes dont les noms birmans sont Thibo et Thcinny. Ces deux Muongs, nous dirent-ils, n'avaient pas de rois en ce moment et étaient administrés par des Birmans; les habitants de race laotienne, qui là portent le nom particulier de Phongs, sont en lullc avec les nouveaux adniiiiisl râleurs. Les habitants de race sauvage, Khaswas ou Lawas et Khas Kouys, sont très nombreux dans la même région, où ils forment plusieurs Muongs indépendants. Un grand nombre de ces Phongs ont combattu du cédé des Phasi ou Mahométans, quand ceux-ci se sont révoltés conlrc la Chine. Je crois que les Phongs correspondent à ces tribus laotiennes qui, sur certaines cartes, portent le nom de Palongs et dont le pays originaire, silué au sud de Teng-yue-tcheoUj est appelé Kochampri.
Les voyageurs Phongs de la pagode de Son YTong vendaient des feuilles de papier d'or, de l'opium, quelques pierres précieuses. Ils avaient eu tellement à souflïir des piqûres de sangsues que leurs jambes étaient démesurément enflées et hors d'état de continuer le service. Le docteur Thorel donna quelques médicaments a crspMfftoB gens qui s'élonnaieni beaucoup de noire intention de poursuivre notre voyage malgré la saison des pluies. « Vous ne trouverez plus ni routes ni porteurs, » disaient-ils. L'aspect des quatre maisons de Sop Yong ne nous apprenait que trop que le village ne nous fournirait pas les porteurs nécessaires. Il fallut aller en recruter dans les villages environnants. Le 27, je partis dans ce but, sur une pelite barque, heureux de naviguer encore une fois sur le Mékong et de le reconnaître â quelques milles eu amont de Sop Yong. Les grandes pirogues creusées dans un seul tronc d'arbre ont ici complètement disparu. Les habitants construisent leurs embarcations, qui sont d'ailleurs de petites dimensions, en trois morceaux. L*unT très épais, fait le fond de l'esquif; les deu\
autres en forment les flancs; des trous sont pratiques dans le bois de hçoo à correspondre sur les deux lignes de raccordement, et Ion y passe un rntin, de telle sorte que le fond de la barque paraît être cousu aux dmx bordages latéraux; de 1 etoupe et de la résine servent à calfater li>s coutures*
Après quelques heures d'une navigation difficile, j'arrivai, accompagné par le chef de Sop Yong, à un petit groupe de maisons situé sur la rive gauche du fleuve; j'y fus revu parfaitement» sans curiosité ni servilité, par un Lu qui avait longtemps voyagé dans tous les pays avoisinanls, Il y a d'ailleurs ici, comme à Siemlap, beaucoup de Lus en fuite, appartenant surtout ii Muong Nam, chef-lieu de province situé sur la rive gattthc du ileuve, un peu au-dessous de Xirng Hong. Cette ville fut prise t't détruite, en 1856, par Maha Say, gouverneur de Muong Phong, qui faisait la guerre I Xieng Hong et qui finit par être tué aux environs de cette demi» n \ \]\ry qu'il avait, comme Muong Ha m, mise h sac et brûlée. Des Phongs et des t0ÛÈ de Muong Le m combattaient avec lui contre les Lus.
Nous passâmes l'après-midi, mon bote el moi, à faire des caries gros* sicres, dans lesquelles j'apprenais au moins les noms laotiens des principales rivières de la Birmanie et du Ton g Ring* Le nom thaï de la Sa loue ri rst K*m Koung; la branche la plus occidentale du fleuve du Ton g King s appelle le Nam Te; l'autre branche, le Nam Ta. Mon bote avait redescendu le Nam Ta jusqua la mer1. On comprend de quel intérêt ses n-eih étaient pour moi. Je voyais sr dérouler toutes ces régions inconnues, qui lointaines au début du voyage, et que maintenant nous ités au milieu de notre conversation. La femme de mon hôte nous servit le thé à la chinoise, accompagné de fruits cl de gâteaux que je mangeai avec plaisir. Je me serais facilement fait aux mœurs indigènes, et, afin d'échapper aux lenteurs de l'interminable odyssée que nous imposaient notre nombre et nos bagages, j'aurais volontiers renoncé et à mes compagnons el à mes instruments pour parcourir à pied, au gré de mes inspirations de chaque jour, les diverses parties de cette Indo-Chine du nord, si variée d'aspect, et qui cache encore la solution de tant de problèmes ethnographiques et historiques. Cette vie aventureuse, où l'on serait en contact incessant avec les indigènes, pourrait seule familiariser un Européen avec les langues et les mœurs de cette partie de la Péninsule, en lui donnant les meilleurs précepteurs : l'isolement et la nécessité. Il faudrait être doué,
1. Ces indications relatives au fleuve du Tong King et les renseignements que l'on trouvera plus loin sur cette route commerciale expliquent pourquoi Francis Garnier ne conseillait pas à M. de Lagrée d'abandonner la vallée du Mékong pour explorer celle du Son Coi. A ses yeux le problème géographique était résolu et sa démonstration pratique ne présentait pas assez d'importance pour détourner la Commission de son but officiel. Voy. p. 200, en note, et p. 313 et 322.