‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 89 sur 197 · U UT DU M. DE LÀ G RÉ K POUH XIENG TONG. IN · texte numérisé non relu

U UT DU M. DE LÀ G RÉ K POUH XIENG TONG. IN

le voyage de Xieng Ton g, If. de Lagrée se résolut â y aller avec le docteur Thorel, Alévy et deux hommes d'escorte seulement. Le succès définitif de notre voyage dépendait de l'issue de celle démarche. Nous en êlions à eniindre qu'à son lour le roi de Xieng Tonjz ne se crut obligé d'en référer

L«' Birman Mijong Yuiii! »-i su fi unin — Jii-ssiu do II. dv Montant, il'apiTs un <:ro<|uis

de M. Ddapoih

a Àva et iju'il ne nous oldi^eàt a attendit1 une réponse il ti roi de Birmanie. C'eût été nous remettre aux calendes trrœjues* Le commandant de Lagrée promit de me tenir au courant de son voyage et de «rs négociations. Il fut convenu que, dans le cas ou je devrais aller* le rejoindre a Xienp Ton^ avec te reste de 1 expédition , je sncri lierais encore une partie de nos langes.

M. de Lagrée partit le 14 août, à une heure de l'après-midi, (Juelques heures avant son départ, le Birman lui avait offert, a un prix exorbitant.

un mauvais cheval borgne, et il avait paru choque du refus qu'avait rencontré son offre intéressée.

Ce cynique et odieux personnage nous déplaisait tous les jours davantage. Il fallut nous résigner cependant à vivre en paix avec lui pendant les quinze jours ou les trois semaines que nous devions séjourner à Muone Yong en aUendaut les ordres de M. de Lagrée. Le temps toujours pluvieux, la fièvre qui dévorait la plupart d'entre nous, nous condamnaient à l'immobilité* La maladie nous impressionnait moins quand nous en étions victimes que lorsque nous assistions à ses progrès chez nos camarades. Nous écoutions silencieux et navrés les paroles délirantes de celui d'entre nous qui payait son tribut aux miasmes pernicieux des jungles, et, n'osant interrompre son délire en action, nous nous contentions de le faire suivie par un des hommes de les* corte quand il allait vaguer au dehors. Je fus moi-même atteint très forte* ment de la fièvre el pris aussi de délire, et je me rappelle avoir accablé de «proches notre brave et dévoué cuisinier Pedro, qui me suivait par l'ordre du docteur el qui rt:u l coupable, à mes yeux, d'avoir violé ma consigne *lr ne pas quitter le campement sans permission. Le pauvre diable faisait semblant de s'en aller, n'osant me rappeler à la réalité de ma situation, cl il se cachait derrière l'arbre le plus voisin pour continuer à m 'observer k mon insu.

Nous recevions cependant d'assez fréquentes visites; les femmes du roi venaient souvent examiner nos objets européens, regarder les photographies des monuments de Paris au stéréoscope et nous questionner sur 1 Europe et sur la France. Les marionnettes de nos Annamites avaient, dans tout le Laos, une réputation qui nous précédait de loin. On vint leur demander des représentations ; mais leur .gaieté s'en était allée et leurs acteurs en miniature avaient perdu leur voix. 11 fallut que j'interposasse mon autorité pour obtenir d'eux un semblant de spectacle ; hélas ! les joyeux lazzi et les dialogues pleins d'entrain avaient fait leur temps; il y avait plus de larmes que de rires dans les plaisanteries des poupées, et leurs propriétaires les brûlèrent bientôt après pour n'être plus obligés de grimacer une joie depuis longtemps absente.

La femme du Birman était la plus assidue de nos visiteurs. Cette jeune personne faisait preuve d'une intelligence et d'une curiosité peu ordinaires, et la reconnaissance qu'elle témoignait à ceux qui prenaient la peine de l'instruire était pleine d'une grâce charmante qui nous faisait trouver du plaisir à ces entrevues. Elle s'en apercevait et mettait une certaine coquetterie à les prolonger en s'ingéniant à trouver de nouveaux sujets de conversation. Je recueillais ainsi quelques renseignements vagues sur le haut du pays, sur

ANALOGIES DES RELIGIONS POSITIVES. 395 les mines d argent situées plus au nord, à Kenma, etprincipalement sur la Chine, le Muong Ho comme ou l'appelait, et. dont on ne parlai! qu'avec admiration. Il y avail là, nous disait-on, de larges roules pavées en pierre, des ponts en fer, des hôtelleries à toutes les étapes. L'idée de routes confortables nous faisait panier d'aise, et nos pieds nus en tressaillaient de joie à l'avance. Mais quand alteindrions-nous ce pays de civilisation et de confort? Ce point d'interrogation se dressait formidable au milieu de tous nos projets et de tous nos rêves. Ce n'était qu'avec effroi que nous envisagions une hypothèse qui n'était pas h ce momentla moins probable, celle d'être obligés de revenir sur nos pas. Rentrer à Saigon après avoir échoué dans notre tentative, après avoir essuyé tant de fatigues et supporté tant d'ennuis, sans obtenir en compensation ta gloire qui les fait oublier, c'était là une triste perspective et un avenir bien décourageant.

Pour tromper « es longues heures de doute et d'attente, nous n'avions que la ressource de causer de la patrie, de jouir par avance des joies du retour, de refaire vingt fois les mêmes projets, de recomposer sans cesse en imagination les mêmes scènes, ru en \ariruiL au gré de l'humeur du jour, les acteurs et les circonstances. Parfois aussi la discussion avail pour objet la polilique : une guerre avait-elle surgi de la question prusso-autrichienne ? Nous combinions les alliances; nous supputions les chances de victoire; nous forgions les nouvelles que nous aurions à apprendre au premier point civilisé où nous aborderions dans un an ou dix-huit mois. Parfois aussi — et c'était là les discussions les plus vives, celles qui répondaient le mieux à l'état contemplatif ou se trouvaient des esprits privés depuis plus d'un an de toute communication avec le dehors — nous agitions les plus hautes questions philosophiques et religieuses. Ce rjui nous frappait surtout, depuis que nous étions en contact avec les populations bouddhistes de l'Indo-Chinc, c'était la similitude des instincts religieux de l'homme, à quelque race et à quelque climat qu'il appartienne, et l'étrange ressemblance des traditions, des légendes, des miracles qui se rencontrent à l'origine de chaque religion positive. Il est puéril de supposer que chacune d'elles lésa empruntés à sa voisine et de fonder sur ces analogies des théories historiques, qui n'ont d'autre base que les convictions de leur auteur- L'esprit de l'homme a partout et b's mêmes besoins et les mêmes tendances; il s'inspire partoul des mêmes nécessités morales. Les raisons de croire, aussi bien que les formes que revêtent l'hommage ou la prière, sont les mêmes chez tous les peuples, quel que soit le point du globe que Ton visite. Dans les classes peu éclairées et pour les esprits bornés, la religion se réduit toujours à quelques pratiques superstitieuses,;'» certaines formules mal comprises; elle présent*'

partout une apparente uniformité qui frappe l'observateur le plus superficiel. De cela nous tombions tous d'accord. Le dissentiment commençait lorsqu'il s'agissait d'interpréter les dogmes du bouddhisme et de comparer leur influence à celle que les dogmes chrétiens ont exercée sur le monde occidental. Je ferai grâce à mes lecteurs de nos divagations à ce sujet. Je crois que nous ne jugerons bien sainement de toutes ces questions que lorsque, réfugiés dans une autre planète, nous pourrons contempler d'un œil exempt de préjugés ce qui se passe sur ce petit globe que l'on appelle la terre 4.

La soumission à la Birmanie de la contrée où nous nous étions momentanément arrêtés ne paraît point définitive, et les conquérants usent de beaucoup de ménagements à l'égard de leurs tributaires. Le rôle des fonction na ires birmans est avant tout un rule fiscal: ils sont chargés de perce* voirie produit fies douanes établies sur différents puînts <!u pays. Tous les cou un (riva nts chinois qui viennent trafiquer avec le sud du Laos birman jusqu'à Xieng Khong sont tenus de passer à Miumg Yoiîg, et cette obligation, non moins que L1;! prêté des agents birmans et la révolte des mahomélans lia us le Yuunan, a réduit ee commerce à des proportions insignifiantes. Au moment de notre séjour à Muong Yong, il y avait trois ans que la caravane de marchands chinois n'avait fait son apparition.

L'administration et la justice restent entre les mains des autorités indigènes, qui sont constituées, comme dans le Laos siamois, en séna ; les litres m-iiIs rlmignil : ainsi l'Opalal. un sreuihl rui, devient Pniiahuwj ; rAkhhonl se nomme Powwttitmg; rÀfchsvong, Ptttkûbong ; le Muong Sen, Pyahrmgf etc. Un grand nombre de Laotiens, surtout à Muong Yong, paraissent regretter la suzeraineté siamoise, et c'était là ce qui faisait dire au Birman que les gens de ce Muong n'avaient pas le cœur droit, et devaient être menés sévèrement. Vers 1803, l'oppression birmane s'était si cruellement fait sentir sur les principautés laotiennes du Nord, que les chefs de Xieng Tong, Muong Yong, etc., entamèrent des négociations secrètes avec les chefs de Xieng Mai, Laphon et Lakôn, qui étaient soumis aux Siamois. Ceux-ci promirent de distribuer des territoires à tous les émigrants qui consentiraient à venir se ranger sous la domination de BanKok, et de faciliter leur départ en attaquant, à une époque convenue d'avance, les troupes birmanes qui occupaient le territoire de Xieng Tong. Us s'engagèrent formellement à respecter la liberté et l'autonomie des exilés. En conséquence, le Tsoboua, ou roi de Xieng Tong, ses quatre frères, le Tsoboua de Muong Yong, et un grand nombre de Laotiens attachés à leur fortune, se révoltèrent contre les Bir-

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