‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 90 sur 197 · HISTOIRE DU LAOS BIRMAN · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU LAOS BIRMAN

mans, et vinrentse placer à Xieng Sen, sous la domination siamoise. Mais la mauvaise foi des Siamois ne tarda pas à éclater : loin de tenir leurs engagements à l'égard des émigrants, il les dispersèrent et les divisèrent entre les cinq villes de Xieng Mai, Laphon, Lakôn, Muong Phé et Muong Nan, les soumirent aux plus lourdes charges et ne les traitèrent qu'avec dureté et méfiance. Le plus jeune des frères du Tsoboua de Xieng Tong put néanmoins retourner dans cette ville avec quelques partisans, et il y fut proclamé roi. Le souverain actuel de Xieng Tong est son fils aîné.

En 1837, Mac Leod rencontra pendant son séjour à Xieng Mai les princes exilés, qui se plaignirent amèrement à lui des procédés siamois, et sollicitèrent l'appui des Anglais pour retourner dans leur pays. De son côté, le Tsoboua de Xieng Tong avait amicalement proposé à Ban Kok de renouer les relations commerciales interrompues depuis si longtemps entre les Laotiens du Nord et le territoire siamois. Ban Kok s'y refusa obstinément, de peur de voir les Laotiens exilés profiter de la réouverture des communications pour retourner dans leur ancienne patrie ; les autorités de Xieng Mai surtout s'opposèrent à l'adoption d'une proposition qui aurait eu pour résultat de leur faire perdre une grande partie de leurs sujets. La vieille inimitié qui existe entre les Birmans et les Siamois se manifesta à partir de ce moment par plusieurs attaques à main armée sur les frontières des Rarens; elle ne dégénéra en guerre ouverte qu'en 1852. Des rivalités violentes s'étaient élevées entre Maha Say, gouverneur de Muong Hong, province située sur la rive gauche du Mékong, et le roi de Xieng Tong, Maha Say, appela les Siamois à son aide, et ceux-ci firent contre Xieng Tong trois expéditions, la première avec 3000 hommes, la seconde avec 10000 hommes, la dernière avec 30 000 hommes; celle-ci eut lieu en 1854, et se termina par une véritable déroute de l'armée siamoise, qui était dirigée par le Kromaluong l, c'est-à-dire par le ministre de la guerre, commandant en chef de toutes les forces militaires de Siam. L'armée siamoise fut concentrée à Muong Nan, et se mit en route sur Xieng liai, au mois de janvier. En ce point, elle se partagea en deux corps: l'un, sous le commandement de Chao Phayat Yomerat, s'avança directement sur Xieng Tong; l'autre, sous les ordres du Kromaluong, prit la route que nous avions suivie nous-mêmes, et par Paléo, Muong Yong et Muong You essaya de tourner Xieng Tong. Mais la population s'était retirée devant les envahisseurs ; le riz que l'on n'avait pu emporter avait été brûlé, et dans chaque localité l'armée siamoise voyait les défenseurs se retirer devant elle, en défendant pied à pied

1. J'extrais ces détails de l'ouvrage de Bowring sur Siam, t. II, p. 304, on les complétant d'après les renseignements recueillis sur les lieux. {Note de l'auteur.)

tous les passages des montagnes. Les éléphants et les buffles employés au transport des bagages et des vivres étaient insuffisants, et le Kromaluong

dut recourir aux Lus de Xieng Hong pour obtenir des approvisionnements H dis porteurs. Malfrir toutes ces difficultés, Tannée siamoise arriva enfin sous les murs de Xieng Tong, le 26 avril. La ville était défendue par 3O0G hommes environ de troupes birmanes, 6000 Laotiens et 700O hommes appartenant aux tribus sauvages des environs. Les Siamois ouvrirent un feu de mortiers qui ne causa aucun mal a la ville; on voyait venir de loin les projectiles et on les évitait. Au bout de vingt et un jours, les assiégeants n'avaient fait aucun progrès ; les pluies arrivaient et menaçaient de rendre toute retraite impossible. Une épidémie décimai l les éléphants < l les buffles. Le t7 mai, le Kromaluong leva le siège et commença fi baltrc en retraite. Les soldats furent poursuivis par les sauvages, qui eu tuèrent un grand nombre dans les défilés des montagnes ; d'autres moururent de faim et de misère à Paléo et à Sicmlap ; de nombreux trophées restèrent entre les mains des vainqueurs, entre autres un cahrinlH à deux roues de provenance européenne, qui appartenait au Kromaluong lui-même, et qui* M. de La grée a retrouvé soigneusement conservé a Xieng Ton g, un mortier de fabrication anglaise et beaucoup d'armes,

lin résumé, rien de moins définitif, «u point de vue politique, que la situation des principautés laotiennes du nord. Ayant fait successivement l'expérience de la domination de Siam et de celle d'Ava, les indigènes aspirent ardemment à un état de choses moins violent, plus régulier et plus stable, et cette aspiration, qui est générale, favorisera singulièrement les tentatives de la puissance européenne qui voudra s'immiscer dans les affaires intérieures de la contrée *.

J'ai dit que Muong Yong avait été autrefois le siège d'un puissant royaume. A l'intérieur de l'enceinte, on retrouve encore aujourd'hui des restes considérables de pagodes et de dagobas qui indiquent un état de prospérité et de puissance remarquables. L'une des plus remarquables de ces ruines s'élève surles flancs mêmes de la montagne à laquelle est adossé le village. Ce sont des terrasses étagées, au centre desquelles s'élevaient des monuments en briques ; les matériaux employés sont d'une qualité très inférieure à celle des constructions d'Angcor, mais les dispositions principales et l'agencement des diverses parties de la construction rappellent le groupe des monuments khmers. L'empire cambodgien a d'ailleurs laissé une trace profonde dans les souvenirs de la population, et les bonzes nous

Page 1