‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 98 sur 197 · Voy. p. 87, 174, 255, 297, 310, 380, etc · texte numérisé non relu

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LE TÀT POULAN ET LE TXT NÙ. 427

inattendue qui le lit rentrer, blessé et rugissant, dans les profondeurs delà forêt, où il eût été aussi difficile qu'imprudent de le suivre. Les collines qui encaissentle cours de la rivière sont accessibles; du hautdeleurs croupes hoisët's, qui \ hument mourir en pentes douces à l'entrée de la vallée du Nam Nga,les membresde la Commission, dessinateurs ou géographes, découvraient des paysages ou des panoramas de montagnes faits pour lessédnirc. Lesdeux sommetsentre lesquels vient déboucberle Nam Karusont couronnés par deux Tàts qui devaient attirer l'attention d'un archéologue comme M. de Lagrée* Nous employâmes donc plus agréablement qu'a Muong Youg les loisirs forcés que nous faisaient les refus des autorités de Xieng Hong,

Des deux Tâts que je viens de signaler, l'un, celui qui est au sud de la ville, est bien entretenu et s'élève sur une vaste plate-forme, du haut de laquelle on découvre toute la vallée. Il s'appelle Tat Poulan; il est de construction récente, n'a qu'une seule flèche et une petite enceinte ornée de quatre petites niches et de doc bo pour les offrandes. Le Tat du nord, appelé Tàl Nô, est construit comme le précédent en ciment et en briques. Il paraît plus ancien et il est aujourd'hui abandonné. Ce monument est d'un caractère original et de lion goût, et, s'il était construit eu pierres, sa valeur architecturale serait indiscutable. D'un soubassement circula ire de 12 mètres de diamètre sur 2 mètres de hauteur, se dégagent une flèche centrale de 18 mètres d'élévation et 8 flèches plus petites, au pied desquelles sont des niches faisant saillie et ren fermant des statues. Chaque tourelle est surmontée d'une aiguille en fer et de la couronne birmane ; les moulures sont exécutées avec soin, l'ornementation est sobrement élégante et ne comporte que des feuilles et des Meurs de lotus. L'enceinte extérieure représente des serpents dont les tètes se retournent et font face au monument du côté de l'ouverture des portes.

Jadis Tat Poulan et Tat No étaient dorés. En arrière de chacun d'eux est un abri couvert. Le second de ces deux monuments porte l'empreinte du stjle de l'architecture birmane telle qu'elle apparaît dans les monuments de la fin du dernier siècle, dans les édifices ruinés de Mengoun et dans les autres constructions que l'on trouve ;i A va ou aux environs.

Un marché se tient tous les cinq jours ;t .Muong Long : c'est un des plus considérables que nous eussions encore rencontrés. On y retrouve ces petits restaurants en plein air, si nombreux dans les villes chinoises et qui sont indispensables aux foules affairées. Du coton apporté par les sauvages Rhos, Irès nombreux dans les environs, et qui se vend de quarante à quatrevingts francs le picul; un peu de soie grrge de qualité grossière ; delà cire, du fer, du plomb, soit pur, soit à l'état de minerai; du minerai d'antimoine

qui est employé comme remède; du bétel et de Tarée de mnnlagne; des melon», des (rira ornons, des aubergines, des pastèques, des pommes, des prunes, des goyaves, des oignons, du piment, du poivre, des grappes dastrus, qui servent à fabriquer de I ttuile ; du tabac, de l' indigo solide, des œufs, du poisson frais, de la via mie de pore el de buffle, représente rit la part de la production locale. Des cotonnades anglaises, du sel qui souvent sert de monnaie dans les transaction» et qui vient de la rhe gauche du \I.-Un-: des <;rhrvo;ui\ de MM d'orïgiltà rhinui^r, «lr> houles dr 8*ft>W*tf &l de Tarée desséché venus de Xieng Mai ; quelques objets de mercerie et de quincaillerie, tels que glaces, peignes, balances, aiguilles, d'origine anglaise ou chinoise, forment la part de Timporlaliou.

Presque tout te monde ici T et surtout les sauvages Khos, parle le dialecte chinois du Yun-nan.

Le 25 septembre, nous arriva une nouvelle lettre des mandarin* de Xieng Hong, accompagnée dun mot d'Àlévy, 11 était dit dans k lettre des mandarins que, Tannée deruiere, un ordre était venu du Yuu-nan, prèscrivant de ne jamais laisser passer les étrangers sans prévenir immédiatement les autorités du Muong Ho (Yun-nan). C'était là du moins le sens général d on message que, privé de son interprète, M. de Livrée ne pouvait qu'imparfaitement déchiffrer, Àlévy faisait dire en même temps à M. de Lagrée — et c etail là l'important — que le séna consentait à ce que la Commission française poursuivit sa route jusqu'à Xicng Hong;

Nous partîmes de Muong Long le 27 au matin. À quelque distance de ce village, 1 ancienne chaussée chinoise, qui a cesse détre entretenue, disparait, et nous n'en trouvâmes plus que des vestiges de loin en loin. La route est néanmoins assez belle: de petits ponts couverts et ornés de bancs, jetés sur les ruisseaux ou les canaux d'irrigation, offrent de distance en distance des lieux de repos heureusement ménagés. La vallée, dont la route côtoie la chaîne de gauche, est très peuplée et très cultivée; nous traversions un village environ tous les quarts d'heure. Vers midi, nous franchîmessur un pont de bois une large rivière, le Nam Pouï, venant du nord-ouest et qui me parut être le cours d'eau principal dont le Nam Nga n'était qu'un affluent. La vallée de cette dernière rivière s'arrêtait là, et devant nous, dans toutes les directions, des chaînes de petites collines fermaient la route. Nous nous arrêtâmes le soir sur la lisière de cette région montagneuse et nous couchâmes au village de Sieng Bang.

Le lendemain, 28 septembre, nous nous engagions dans un dédale de petites vallées et de collines aux croupes arrondies et aux pentes boisées, au milieu desquelles la roule disparaissait souvent dans les fondrières, mais

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dont les paysages accidentes nous faisaient oublier l'imparfaite viabilité. Plus nous avancions dans cette région, plus la végétation et les sites revêtaient une physionomie nouvelle. Pour des gens habitués depuis longues années à l'aspect particulier de la nature tropicale, il y avait à ce changement un plaisir extrême: c était comme un ressouvenir de la patrie qui se présentait à chaque détour de ces vallées étroites. La population, composée presque entièrement de Khos, contribuait à cette illusion.

Une certaine activité commerciale régnail sur la route. Des caravanes de bœufs transportant du plomb, du colon, du tabac, du thé, et venant de Xieng Hong, nous croisaient h chaque instant. Nous étions aussi peu habitués à ce mouvement qu'au pays lui-même, et notre voyage en lirait un nouvel attrait.

Le troisième jour de notre départ de Muong Long, nous débouchâmes dans la grande plaine de Xieng Hong, par la vallée de l'un des affluents du Nam Ha ; c'est au confluent de cette rivière et du Mékong que s'élève le chef-lieu des Chip Song Panna. Nos porteurs, qui s'étaient engagés à faire en trois jours le trajet total, étaient à bout de forces. Leurs pieds gonflés, leurs épauler meurtries excitèrent notre compassion, et nous consentîmes à les laisser se reposera quelques kilomètres de la ville, à condition qu'ils nous rejoindraient le lendemain a la première heure. Nous traversâmes d'un pas rapide la large plaine ou des villages récemment reconstruits s'élevaient à coté des ruines des dernières guerres; nous passâmes en bac le Nam Ha, près d'un pont eu bois entièrement détruit et, à quatre heures et demie du soir, nous nous arrêtâmes dans une pagode située en dehors de l'enceinte en terres levées de la ville.

Àlévy nous y attendait avec impatience. 11 avait été fort mal reçu par les autorités locales. Dès son arrivée on avait voulu le forcer à rebrousser chemin. Alrvy connaissait trop ses compatriotes pour cédera leurs menaces : a Faites tl<j moi ce que vous voudrez, — avait-il répondu, — tuez-moi si cela vous fait plaisir, mais jamais je n'oserai retourner, sans une réponse favorable, auprès du chef qui m'a envoyé. Je crains plus sa colère que la vôtre, et si vous connaissiez mieux, les gens a qui vous ave/ a flaire, vous ne vous exposeriez pas de gaieté de cœur à les poussera bout, Je n'ose répondre de ce qu'ils pourront faire à Muong Long, si vous persistez dans votre refus de les laisser venir, et il serait plus sage de les admettre en votre présence : la vue des plus grands personnages du pays 1rs forcerait sans doute à se contenir, et vous leur feriez entendre plus facilement raison. » Ce mélange dintiinidalion et de flatterie avait produit son eflet. On nous avait donc envoyé l'autorisation de venir a Xieng Hong, mais cette aulorisalion ne préjugeait en rien la décision a prendre au sujet de la continuation de notre voyage. Alévy

n'avait réussi à voir ni le roi, ni le chef birman, ni le mandarin chinois qui résidait à Xieng Hong", La veille de notre arrivée, il y avait eu une longue discussion au séna, et le jour même, de grand malin, le Chinois était parti m% une Ici I iv pour Muong La*

Kn somme, on ne nous fit pas trop mauvaise figure, et les difficultés que nous avions encore à vaincre étaient sans doute plus faciles à surmonter que celles que nous avait suscitées le mauvais vouloir des autorités birmanes de Xîeng Tong.

La ville de Xi en g Hong, depuis fépoque de sa destruction par Ma ha Say, gouverneur de Muong Phong, a été reconstruite au nord du confluent du Nam lia, mais si la plaine elle-même est très habitée, la nouvelle ville n'a encore (né qu'un très petit nombre de résidents; c'est plutôt encore l'emplacement d'un marché qu'un centre de population.

Le marché se tient presque tous les jours — cinq fois par semaine — et contient en grande abondance toutes les denrées que nous avons énumérées déjà à propos de Muong Long. Le Mékong, dont je demande pardon de n'avoir point encore parlé, passe à très peu de distance de la ville. Il a en cet en* droit de 300 à 400 mètres de large, et il coule paisiblement entre de hautes berges bordées de bancs de sable. Ses eau\ avaient déjà baissé de 5 mètres et il avait du atteindre son niveau maximum pendant notre séjour à Al non g Y on g.

Un peu au-dessous de la ville et après avoir reçu les eaux du Nam lia, le fleuve se rétrécit brusquement, et des collines s'élèvent sur ses rives. C'est là, e se trouvent les ruines de l'ancien ne ville, celle même dont Mac Leod avait déterminé la position en 1837. En amont se produit un autre rétrécissement, et il semble, si Ton en juge par l'horizon de montagnes qui limite la vue à Test et au nord, que le Mékong s'engage définitivement au milieu des chaînes d'origine tibétaine où il va prendre sa source.

D'après la chronique du Tât de Muong Yong, Xieng Hong semble avoir été le premier centre de la puissance laotienne dans la vallée supérieure du Mékong. C'est la ville désignée sous le nom de Tché-li par les cartes et les historiens chinois. L'importance de son rôle historique nous faisait rechercher avec intérêt tous les vestiges qui pouvaient nous faire connaître ce passé inconnu. Une de nos premières visites fut donc pour les ruines de l'ancienne ville, situées à une heure de marche au sud de la pagode où nous étions campés. Nous ne retrouvâmes, au milieu des hautes herbes qui en avaient déjà envahi remplacement, que l'ancien palais des rois et une pagode qui méritassent d'attirer l'attention. Cette dernière, construite presque

LA PAGODE DE X ï EN fi H OMi m

au sommet do la colline sur les lianes de laquelle s1 étage aie at les ruines, présentait une originalité d'architecture et d'ornementation qui tranchait vivement sur tout ce que nous avions vu au Laos, Elle repose sur M soubassement que Ton franchit par nue dizaine de marches et elle est entourée, de trois cotés sur quatre, par une galerie dont les murs sont décorés de peintures chinoises. Les sujets en sont originaux, les couleurs agréables; l'ensemble accuse un art déjà assez avancé. On y voit des villes assiégées dans lesquelles la vue plonge jusqu a l'intérieur des maisons ; lescombaltants sont des guerriers qui portent le toupet siamois et dont le teint est assez blanc ; dans leurs adversaires, on croit reconnaître des Birmans ; leur teint est noir, et des étoiles bariolées leur ceignent les jambes : ils portent également le toupet et jouent toujours le rôle de vaincus, On y remarque aussi quelques scènes de vie champêtre reproduisant des animaux et des Chinois bien posés et habilement dessinés. L'intérieur de la pagode est lambrissé en bois sculpte : les murs sont éclairés par de nombreuses fenêtres. Les encoignures des charpentes sont enrichies de guirlandes de fleurs sculptées, d'un mouvement gracieux, qui donnent à et? sancluaire un grand air de richesse. Les colonnes qui soutiennent le toit, renflées au milieu en forme de fuseau, sont formées d'une pièce centrale sur laquelle ont été rapportés des placages. Autour de la pagode s'élèvent les constructions destinées aux logements des bonzes ; et puis les tombeaux et les accessoires habituels.

Au-dessous de cette pagode se trouve le palais du roi. C'esl une vaste construction en briquet dont les murs extérieurs sont seuls reslés debout. Les briques qui les composent sont de deux espèces : les unes rougesetdc petite dimension, les autres grandes et d'une couleur grise qui les fait ressembler à des moellons. Quelques lions ou quelques chiens en grès sculpté gisent rà il la dans les herbes* C'esl dans ce palais, dont toutes les parties en bois furent plus tard détruites par l'incendie, que fut reçu le capitaine Mac Leod, an mois de mars \ H'M.

La pagode où nous résidions était presque remplie d'éléphants et de chevaux eu coton, surmontés d'énormes tours en bambou et en papier colorié. Lue grande fêle avait eu lieu le \ octobre dans une pagode voisine : celte l'èle, qu'on appelle la fêle SHuc, se célèbre à l'occasion de la fin des pluies. Bien de plus lisible et de plus enfantin que ces reproductions auxquelles 1rs personnages les plus importants de la localité ont consacré depuis un mois le meilleur de leur temps* Elles sont assurément moins intéressantes que les édifices de neige construits par les gamins en Lurope, mais dont on ue songe pas du moins à encombrer nos églises. Des réjouissances plus viriles avaient eu lieu sur le fleuve aux bords duquel les courses de pirogues

avaient, pendant deux jours, fait refluer toute la population. Le soir, des illuminations pittoresques avaient éclaire de lueurs fantastiques les eaux, la ville et les montagnes voisines.

Après quelques pourparlers, le séna se décida a recevoir le commandant de La grée. Cette haute assemblée se compose» à Xieng Hong, de quatre grands mandarins et de huit autres d'un rang inférieur, représentant chacun l'une des douze provinces qui forment le royaume. Il est présidé par le Moin Tfia, appelé aussi par quelques-uns le Chw Xieng Ha, titre éqrmalen! : i celui de premier ministre. Le Mom Tha était un vieillard à cheveux blancs, au corps replet étala physionomie placide. Il avait trop d'expérience pour ne pas comprendre k quels inconvénients il s'exposerait * il s'obstinait h refuser le passage a des gens réellement autorisés par le prince Jvui£ a [pénétrer en Chine. Le commandant de Lagrée avait encore augmenté sa perplexilé eu observant la [dus grande réserve sur le but de son voyage et sur les moyens qu'il jugerait a propos d'employer pour faire prévaloir ses désirs. Il s'était contenté de demander aux autorités locales de choisir dans te plus bref délai possible entre les deux solutions suivantes : ou refuser par écrit d'une façon claire el motivée la continuation de notre voyage (et M. de Lagree ferait de cette pièce tel usage que bon lui semblerait ?, ou bien nous donner en quarante-huit heures les moyens de faire route pour Munng La, Hes décisions aussi nettes et aussi tranchées étaient peu du goût du séoa (te Xieng Hong. Mais, incapable de concevoir qu'un étranger pût se montrer aussi ferme et aussi résolu, sans avoir à sa disposition une force réelle sans être certain d'un appui sérieux, il n'osait guère risquer de mécontenter plus longtemps le chef de la mission française. Celui-ci s'était hautement plaint de l'inconvenance dont on s'était rendu coupable envers lui en l'arrêtant à Muong Long. Les mandarins se trouvaient visiblement déconcertés par cette assurance, et ils consentirent au plus tôt à notre réception officielle, espérant y trouver un moyen de sortir d'embarras.

Celte réception eut lieu le 3 octobre. A gauche et en arrière du Mom Tha était assis le mandarin birman ; à droite était une place vide, réservée au mandarin chinois, absent en ce moment de Xieng Hong; autour étaient rangés les membres du séna.

Le commandant de Lagrée exhiba d'abord la lettre du roi de Xieng Ton g et celle du Pou Souc. Son collègue de Xieng Hong, qui porte le titre de Cha kaïy fit observer que ces lettres ne mentionnaient que l'autorisation de se rendre à Xieng Hong, ce à quoi un mandarin thaï répliqua qu'il ne pouvait en être autrement, puisque Xieng Hong dépendait de la Chine et que les autorités de Xieng Tong n'avaient pas le droit d'indiquer, sans le

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