RÉCEPTION DU 1101 DE XÎENG HONG
consentement du roi d'Àlevy, une destination plus éloignée. L'opposition du Birman fit d'ailleurs plus de bien que de mal à notre cause, et il nous parut qu'on le traitait fort lestement. Le commandant de Lagrée montra ensuite les passeports chinois. Ils ne produisirent aucun effet; la signature était inconnue, et l'un des membres les plus influents du séna, le Phya Luong Mangkala, s'écria que tout cela ne venait pas du Ma ha séna et qu'on ne savait ceque cela voulait dire. Alors le commandant de Lagrée tira lenlemcntde son enveloppe la lettre adressée à noire sujet par le prince Kong au vice-roi du Yun-nan, 11 se fit un grand silence. Un Chinois secrétaire lui te document devant l'assistance prosternée par respect; il déclara que cela venait bien de Pékin, que les mandarins français étaient des gens honnêtes et d'un rang très élevé, et qu'il convenait de nous recevoir le plus amicalement possible. Les physionomies avaient changé à vue d'œil, et le Momtha n'adressa plus au commandant de Lagrée que des questions obligeantes et de gracieux compliments.
Le chef de l'expédition demanda alors a voir le roi et à partir le [dus rapidement possible. Il fut convenu que Sa Majesté nous recevrait le 5 et que nous partirions le 6 octobre.
Le 5, au moment ou la Coin mission se rendait au palais du roi, les mandarins élevèrent des difficultés qui faillirent faire différer notre réception. Ils désiraient connaître à l'avance les cadeaux que nous allions offrir a Sa Majesté. Nulle part» pendant notre voyage, on n'avait élevé cette prétention. M. de Lagrée répondit qu'il ne connaissait point encore le roi, cl qu'il ne se déciderait dans le choix des présenlsqu'après l'avoir vu. « Je n'ignore pas les usages, ajouta-Uil, niais, venu de loin, il ne me reste plus grand'chose. Cependant, après avoir vu le roi, je chercherai ce qui, dans les objets que je possède encore, peut avoir pour lui, à défaut d'autre mérite, celui de la nouveauté. » Cette réponse fui transmise au roi, qui donna Tordre (fin traduire les officiers français.
Sa Majesté habitait provisoirement une mauvaise maison en bambou, de très chétive apparence. La salle de réception avait été ornée à la hâte de tapis chinois ramassés un peu partout, et, pour donner une haute idée de la puissance du souverain, on avait réuni trois ou quatre cents hommes pris au hasard, armés et costumés de la façon la plus irrégulière, et tenant de la façon la moins martiale des fusils à pierre, des tanceset des sabres, rouillés pour la plupart et peu en état de servir.
Après une assez longue attente, le roi parut, l'assemblée s'inclina, les trompes résonnèrent, quatre petites espingoles tirent feu. Nous vîmes un jeune homme de 10 à 20 ans, dont le costume ressemblait fort â celui des
1 aillasses de nos foires: il était coiffé d'un grand chapeau chinois a clochettes cl vetu d'une tunique en soie range, à dessous vert, et d'un pantalon blanc ; il avait a la main un sabre à fourreau d'ivoire sculpté, 11 s * sur un canapé, les jambes eroiséfcSj raide comme un mannequin, et prononça que h] ne» monosyllabes que le Ph|i Lu on g Mangkala traduisit à M. de La grée f eu longues questions, sur le but de notre voyage, le pays don nous venions, etc.., On lit ajouter à Sa Majesté que nous pourrions partir quand cela nous eonvieodrtii Puis M Servit une collation composée de melons, de pamplemousses et de goyaves. Le roi se relira, entouré des mêmes honneurs qu a son arrivée. Il paraissait subir sans résistance la tutelle des grands mandarins,
Le commandant de Lagrée lui fit envoyer, le lendemain, un stéréoscope,
pièce d'étoffe algérienne, des images, de ta poudre et quelques menus
objets pour les mandar ins, le tout valant h peine une centaine de francs. Ici, noire pauvreté pouvait se couvrir de la mauvaise humeur que nous a\ aient inspirée les premiers procédés des autorités locales.
Je n'avais point assisté à la réception du roi de Xi en g Hong- Le peu de temps que nous avions u passer en cette capitale m'avait décidé a mieux employer ma journée. Nous devions, ;i pnHirde Xîeug Hong, nous éloigner du fleuve, pour ne le rejoindre qu'au bout d'un laps de temps dont nous ne pouvions prévoir la durée. Une fois en Chine, la rébellion mahométane OT nous interdirai t*e lie pas de nous rapprocher de ses rives? Ces motifs de craindre que I adieu que nous allions adresser au noble lleuvc, en quitl;
inng Hong, no fflt le dernier, me déterminèrent a en reconnaître cours en amont, aussi loin qu'il me serait possible en un jour *. Je ne retrouvai pas dans cette excursion les paysages solitaires et grandioses qui m'avaient enchanté lors d'une promenade analogue effectuée au-dessus du Tang-ho, quelques jours avant notre arrivée à Muong Lim a. Je rencontrai en revanche des difficultés de circulation presque insurmontables dans cette région. Les rives sont bordées de bambous épais et de buissons épineux, au milieu desquels on est sûr de laisser quelques lambeaux de vêtements, et même de peau. D'ailleurs des falaises de roches à pic arrêtent bientôt le promeneur, et il est indispensable d'avoir une barque pour aller plus loin. Les routes qui remontent vers le nord-ouest, direction d'amont de la vallée du Mékong, sont tracées à une grande distance des berges, afin d'éviter les sinuosités que le fleuve, déjà sensiblement rétréci, dessine dans son cours, et elles ne peuvent être d'aucune utilité pour la