‹ Voyage d'Horace Vernet en OrientChapitre 10 sur 11 · VETEMENTS ET OBJETS USUELS · texte numérisé non relu

VETEMENTS ET OBJETS USUELS

farts. IzrzpJïerèauIs.

vorise et faitfondre la neige sous nos pas. — Le 55, avant quatre heures, nous arrivons à Machara, où nous rencontrons un prince en guenilles neveu d’EmirBéchir, qui vient offrir des chevaux à M. Vernet. — Le 56, sur les sommités élevées du Liban, on voit encore quelques ruines d’antiques châteaux perchés comme des aigles sur des cimes inaccessibles. On découvre aussi, dans le lointain, les éclairs argentés qui jaillissent du lac de Tibériade, au milieu des rochers obscurs. A deux heures, nous commençons à descendre le versant opposé de la montagne, dont la base est enveloppée de nuages; le ciel gris devient cependant plus lumineux et peu à peu la verdure se dévoile devant nous; les bosquets naissent, et les formes amollies par le brouillard humide se dessinent et se colorent lentement; le pays s’étend, se creuse, se peuple de villages et d’ombres azurées; les premiers flots de la mer, dentelés par des anses et des caps confondus avec le ciel, présentent une perspective incertaine et immense ; bientôt l’horizon borne le tableau et fait cesser l’illusion ; la scène représente alors un espace de vingt-cinq lieues, que Fœil embrasse depuis le cap Carmel à l’ouest, jusqu a la pointe la plus voisine de Tripoli, comme un plan topographique.

Nous traversons Chbea, puis Caffr el Mulki; Kaderaga tombe de cheval en traversant un torrent; les chemins sont détestables et remplis de descentes périlleuses. Nous couchons chez un vénérable scheick tremblant encore à la suite des mauvais traitements d’un soldat qui se dit envoyé pour prélever des impôts sur les propriétés. Il nous offre l’hospitalité, et nous l’emmenons avec nous jusqu’à Beyrouth, où nous intercédons en sa faveur auprès du gouverneur Mahmoud bey.

Le 57 janvier, nous retrouvons notre aimable hôte, le général Sèves, en bonne santé ; il se hâte d’envoyer un exprès à Beyrouth, pour chercher les nouvelles de France , que nous attendons impatiemment du paquebot. — Le 58, pendant qu’Aly, bey, nous fait les honneurs de sa maison, et que nous assistons à une danse exécutée par son cuisinier et ses domestiques, le courrier nous apporte d’excellentes nouvelles de nos familles ; et, le cœur libre de toutes inquiétudes ultérieures, il nous est alors permis d’apprécier les grimaces et les chants des musiciens. Un vieux borgne, qui beugle et applaudit à la danse par des zougarits (cris de joie modulés), parait en proie à des convulsions d’enthousiasme. Le cuisinier, beau danseur, trouve moyen de se draper un turban avec une veste damante prise à l’un des assistants; son talent consiste à faire et à défaire cette coiffure et à lui donner une infinité de formes grotesques. Enfin, nous souhaitons le bonsoir à la société, qui veut

absolument nous escorter jusqu’au couvent. — Le 29, à onze heures du matin, nous partons pour Beyrouth, et traversons le Damour ou fleuve du Chien; les dernières pluies l’ont grossi, et, comme elles ne cessent pas, nous sommes obligés de le traverser un peu loin de la mer, pour trouver un endroit guéable. Soliman, pacha, et ses aides de camp nous rejoignent à la fin du jour, et l’auberge du Napolitain Baptiste, le seul et par conséquent le meilleur reçoit toute la bande. Nous y trouvons M. Ferrari, officier français, du régiment de cuirassiers, cantonné à Baalbec. — Le 30, nous visitons la ville, qui est certainement la plus propre et la mieux pavée de toute la Syrie. Mahmoud, bey, son gouverneur, nous en montre les principales rues. La rade ouverte offre un abri peu sûr aux vaisseaux de guerre qui sont obligés de jeter l’ancre à une lieue du Nahr-el-Beyroutb, qui descend du Liban. C’est cependant le meilleur port marchand de toute la côte. Comme point militaire, ses moyens de défense sont fort insignifiants. Du côté de la mer, on remarque un petit fort mauresque à moitié ruiné, des batteries construites sur le môle qui abrite ce port ; un petit bastion et des portes fortifiées ; et du côté du Liban, une muraille d’enceinte flanquée de vieilles tours.

Le 31, nous donnons au général et à ses aides de camp un dîner d’adieu, qui dure jusqu’à une heure du matin. Le temps est magnifique, et nous promet une heureuse traversée. — Le 1er février, visites d’adieu à M. Bourrée, consul français, et à M. Mour, consul anglais, chez qui nous rencontrons mademoiselle Portalis, beauté célèbre, et la prétendue de M. le prince Puckler-Muskau.

Le 2 février, dernier jour passé en Syrie, il n’est point le plus triste. Le général nous fait des rébus, que je conserve précieusement comme des monuments de sa gaieté. Il écrit aussi sur un coin de mon portefeuille • ces mots précieux : « Amitiés sincères du vieux général à M. Goupil,

« Soliman, pacha. »

Seïda, ce 2 janvier 1840.

Le 4, le paquebot autrichien le Sery-Perras est en rade, et va nous transporter à Smyrne. Le général nous accompagne; nous embrasse tous en nous faisant promettre de revenir l’année prochaine, pour visiter avec lui des pays encore inexplorés. Mais le batelier nous attend; les regards et les saints de la main s’échangent tristement. Nos amis, qui nous suivent quelque temps encore, disparaissent bientôt, et nous arrivons au paquebot, véritable bijou de luxe pour le confortable et l’élégance de son installation. Le 4, nous stationnons une heure devant Larnaca, en Chypre ; doublons Rhodes pendant la nuit ; et, lancés dans F Archipel,

nous sommes en vue de Stanchio. Passés en dehors de Scio, nous commençons à sentir si fortement le roulis, que pendant le dîner un caraffon de vin tombe sur mon pantalon à la turque et en ternit l’éclatante blancheur. Les chaises patinent sur le parquet, emportant les convives, qui semblent vouloir jouer aux quatre coins dans leurs glissades inattendues. M. Gillet, ex-consul de France à Tarsus, qui se rend à Salonique avec sa femme, ne paraît point partisan de ce jeu, et se couche de préférence. — Le 7, nous entrons au Golfe de Smyrne; une partie de la flotte française est mouillée à Ourlac; et le 8, nous sommes à Smyrne, où l’on nous retient deux jours en quarantaine. — Le 9, jour de notre délivrance, le commandant du Santi-Petri, vaisseau de guerre de l’état, qui mouille en rade avec le reste de l’escadre, vient lui-même offrir ses services à M. Vernet, et le prier de vouloir bien venir loger à son bord avec ses deux compagnons. Immédiatement touristes et bagages sont trmisportés au nouveau domicile maritime, où nous trouvons M. Couveley, qui avait accompagné récemment M. Gudin à Constantinople, et après un excellent repas présidé par le commandant de Suin, et animé parla franchise de ses manières et l’aménité de sa conversation, on nous donne un guide pour visiter la ville. Smyrne a pour moi le charme puissant des souvenirs de famille : ma grand’mère et ma tante y sont nées; mon grand’père y fut heureux autrefois ! Je ne puis dépeindre la joie que je ressens en présence de ce beau pays ; tous les récits qu on m’en faisait dans mon enfance me reviennent à l’esprit comme des songes qu’on cherche à réaliser en bâtissant des probabilités sur des choses existantes. En passant au pont des caravanes, un bateau où des enfants s’amusaient à remuer l’eau me rappelle si bien certains récits de ma grand’mère, que je prends plaisir à m’y arrêter, peut-être était-ce là qu elle jouait avec ses compagnes à l’ombre de grands cyprès noirs, et qu elle aimait à contempler des troupes de paons superbes, qui venaient boire et se mirer sur ces bords et s’envolaient ensuite dans les arbres. Plus loin des chameaux chargés de marchandises et conduits par des Asiatiques à turbans énormes me représentent aussi ces chameaux bruns à gros jabots et à jambes trapues et renflées vers la poitrine, qu’elle me disait avoir vus chargés des plus belles panses de Smyrne (gros raisins oblongs) à l’époque des vendanges. Après une tournée générale dans le quartier turc, nous nous rendons chez M. de Chaîlaye, consul de France, vieillard aimable et gai, qui nous comble de politesses, et avant de rentrer à bord, nous allons acheter des babouches. Les Ulémas en portent de bleues et les militaires de rouges; quelques bourgeois en mettent de jaunes. Nous allons voirM. Deschamps, direc-

leur du journal de Smyrne. M. Van-Lenep, consul de Hollande, ancien ami de mon grand’père, et que mon arrière-grand-père avait précédé autrefois au même consulat, reçoit avec empressement les trois inséparables compagnons. — Le 12, l’amiral Lalande nous inviteà dînera bord de l’iena , et promet à M. H. Vernet un grand branlebas à feu avant notre départ. Le soir, nous dansons en Arabes chez M. de Challaye; le bal est fort beau ; tous les officiers de l’escadre s’y trouvent, et quelquesuns de la marine anglaise. Les dames ont dés costumes délicieux, resplendissants de diamants et des figures en parfaite harmonie avec l’éclat de leurs parures. Le 15, à la demande de l’amiral, je donne une représentation de daguerréotype à bord de l’iena, en présence du jeune archiduc Frédéric, prince autrichien; d’un amiral qui l’accompagne et de plusieurs officiers supérieurs anglais. Je suis en habit à la Nizam au milieu de tous ces brillants uniformes, et malgré l’embarras que j’en éprouve, je garde mon sérieux, et l’opération réussit. Il en résulte un puff dans le journal de M. Deschamps, et, de plus, mon album daguerrien s’enrichit d’une très-belle planche représentant le pont du vaisseau. Les dîners, les fêtes, les bals et les visites se succèdent, pendant notre séjour, et nous font perdre beaucoup -de temps, agréablement il est vrai, mais sans utilité, car cela nous prive d’une foule d’excursions plus intéressantes; mais on se lasse de tout, même de voyager. M. Vernet n’a plus déjà l’ardeur qui l’animait en partant de France ; il commence à désirer la patrie, que nous retrouvons déjà dans les sociétés qui nous accueillent.

Le 14, le commandant nous fait visiter le vaisseau dans tous ses détails. Les matelots que le tambour a avertis sont à leur poste pour le branlebas. H y a six artilleurs et un pointeur à chaque pièce de canon ; la charge battue réunit les soldats sur le pont. Au signal donné parle capitaine; on charge les armes; les officiers portent ses ordres et ses exhortations ; la mousqueterie de la garde monte sur la dunette pour dominer le feu des Batteries, et un peloton demeure sur le pont. Au commandement: « Canonniers à vos pièces, » le silence et l’immobilité régnent dans les rangs; à celui de: «Commence le feu », les cent bouches d’airain éclatent à la fois ; on se croirait dans un cratère volcanique; la mousqueterie s’y joint; les coups se succèdent rapidement; le canon parle seul dans son langage terrible ; une épaisse fumée blanche bordée de bleu s’élève des flancs du vaisseau, qui tremble comme s’il renfermait l’enfer tout entier ; la voix humaine est étouffée par le tumulte universel. Puis vient le simulacre d’abordage; un coup de sifflet fait monter les hommes dans les haubans et les bastingages ; les vergues se couvrent de matelots, qui font pleuvoir les grenades, les coups de fusil et de

pistolets. Les échelles de cordes sont chargées de combattants, qui lancent partout la mort. Ces manœuvres répétées par les vaisseaux voisins durent environ trois quarts d’heure; vingt minutes après, l’ordre et le silence régnent à bord. Notre beau voyage d'Orient s’achève ainsi par un bouquet de feu d’artifice qu’aucun de nous ne pourra oublier.

Le 16, nous nous embarquons sur le Stamboul pour Constantinople; A sept heures du matin, entrés dans les Dardanelles, nous saluons le tombeau d’Achille, le fleuve Scamandre, les deux forteresses terribles qui défendent l’entrée du détroit. L’œil se plaît à rapprocher ainsi ces deux grande^ parties du monde, l’Europe et i’Asie. Nous apercevons Gallipoli, et, à trois heures du matin, par un gros temps et un clair de lune magnifique, nous doublons la pointe du sérail à Constantinople; la ville est couverte de neige, les rigueurs de la saison ne nous permettent pas d’en juger aussi favorablement que nous aurions pu le faire à une autre époque. Nous logeons à Péra, hôtel de l’Odéon. Les rues sont, par le temps qu il fait, d’étroits etmontueux cloaques; partout, la redingote européenne et les gamins en casquettes se montrent à l’artiste désolé. M. de Pontois, l’ambassadeur de France, nous fait le plus aimable accueil et met toute son obligeance à nousfaciliter les moyens de visiter les curiosités de la ville; son secrétaire est empressé de nous procurer tous les agréments possibles. A l’aide d’un firman du sultan, nous pénétrons dans la mosquée de Sainte-Sophie , trop bien décrite partout pour en parler ici; ce que nous affirmons, c’est que la beauté proverbiale de ce monument est bien au-dessous de sa réputation. Toutes les mosquées de Constantinople sont bâties sur îe môme modèle; il y en a un grand nombre, et la quantité peut suppléer dans l’ensemble à la qualité. Montés sur la tour deGalata, nous découvrons un des plus beaux points de vue du monde; l’entrée du Bosphore a quelque chose d’imposant et de majestueux par son immensité; les vaisseaux nombreux qui circulent et se croisent au milieu de cette capitale, me rappellent, en très-petit, la magique entrée de Londres par la Tamise.

Pour aller du quartier Péra (quartier franc) à Constantinople, on traverse îe port en petites barques (appelées caïques), longues et très-faciles à chavirer; elles sillonnent les flots avec la rapidité de la flèche, et sont les cabriolets de la ville. Il neige presque tous les jours. Je fais néanmoins quelques daguerréotypes, et, pour éviter d’être ennuyé par les importuns, je leur fais croire que je prépare du café dans ma chambre obscure par un procédé particulier. C’est à ce stratagème que je dois une épreuve de la mosquée de Sainte-Sophie faite pendant la neige, au milieu d’un cercle de passants questionneurs. Notre hôtel appartient à deux

Français, dont i’un est escamoteur. Ils ont voulu établir ici des concerts à la Musard. Nous allons à un de leurs bals masqués, où quelques jeunes Turcs en dominos viennent se promener au son d’un violon et d’une flûte, qui jouent faux des contredanses de Julien et des walses de Strauss.

Après un séjour de huit jours entre l’eau et la neige, le paquebot français nous transporte à Malte, où nous séchons nos plumes d’oiseaux de passages pendant vingt-et-un jours; de là, nous passons à Rome, où huit autres jours s’écoulent bien vite au milieu des beautés artistiques des galeries et des églises innombrables, à la faveur de l’hospitalité que M. Ingres, alors directeur de l’Académie de France à Rome, veqt bien accorder aussi aux compagnons de voyage de M. Horace Vernet.

Physionomie de l’orient. Damas n’a pas 70,000 habitants; Alep n’en a pas 50,000; Reyrouth en compte à peine 20,000; Jérusalem n’a pas plus de 1 5,000 âmes ; Homs, Hamah, Latakie, Tripoli, Antioche ne comptent pas plus de 10,000 habitants, et Alexandrette, Caiffa, Jaffa, Gaza, Naplouse, Ramlah, Deir el Khamar en comptent environ 5,000. Joignons à cet ensemble les villes et les villages, qui comme Baalbec, Nazareth, Ebettedin, et une centaine d’autres, sans oublier même les populations du Liban, à peine arriverons-nous à un total de 1,500,000.

Les chrétiens Maronites, Syriens et Grecs, de même que les Druses, Metualis, Ansariens, perpétuels ennemis de l’Islamisme, et les Musulmans de Syrie descendent des Grecs et des Romains du paganisme, et des temps byzantins. Les Grecs sont divisés en schismatiques ou Meliky, et en catholiques, et les Arméniens, anciens Partîtes, en catholiques romains et schismatiques ; ils sont séparés de l’église grecque depuis le quatrième concile. Les Syriens catholiques sont distincts des Maronites.

A Jérusalem et à Tibériade, les juifs sont en grand nombre. Les seuls restes des Samaritains habitent Naplouse. Les Curdes, les anciens Ghaldéens des montagnes disent : Nous mangeons la chair du porc, et nous ne faisons ni prières, ni jeûnes. Les Persans ne sont Mahométans que de nom. La race turque passe pour originaire d’un rameau mongol. Les Druses ainsi que les Maronites se divisent en roturiers et en nobles (scheicks ou émyrs). Ce peuple est cultivateur ; il récolte des vins, du tabac, du coton, quelques grains, et élève des vers à soie. Sous l’un de ses plus célèbres chefs l’émir Fakardin, il résista longtemps aux armes ottomanes; il est très-hospitalier, n’admet point le pardon des injures, et se désigne lui-même sous le nom du peuple d’unitaires. Disciples de Hamzah, fils du célèbre calif Aly, fils d’Abou-Thaleb, les druses rendent un culte divin au kalif égyptien Hakim-Bamr-Illah, l’un des plus cruels et des plus insensés parmi les successeurs de Mahomet. Leur religion

n’a point, de caractères bien connus ; quelques personnes soutiennent qu’ils se plient au cérémonial de tous les cultes d’Orient, sans en observer aucun. Les femmes druses ont un costume digne de remarque. A Deir el Khamar, village de la lune, par exemple, la coiffure qu’elles portent ordinairement dans leurs montagnes consiste en une sorte de gobelet d’escamoteur, en laiton ou en argent battu, qu elles placent comme une corne sur la tête, en avant, de côté, à droite ou à gauche, suivant qu’elles sont filles, mariées ou veuves. Elles le couvrent d’un voile, qu’elles ramènent ordinairement sur la partie inférieure de la figure et ne laissent voir que leurs yeux.

Couleurs. Les côtes de l’Archipel sont d’un vert gris, quelquefois doré ; l’Égypte paraît jaune, la Syrie grise, l’Asie-Mineure et la Turquie, haut montées de ton, offrent des oppositions variées et puissantes. Dans tout l’0rient la verdure est sombre. Les Grecs ont dans le teint quelque chose de terne et d’olivâtre, leurs yeux ont le blanc azuré et les paupières cernées de brun; la peau des Arabes, dite cuivrée, est plutôt couleur de café cru, et le plus souvent, fauve cendré; les pieds sont gris et ont le talon saillant. Les Syriens sont pâles, les Asiatiques ont de la fraîcheur. Toujours des femmes blanches dans les villes, et très-colorées dans les campagnes. Dans les costumes, contrastes de couleurs.

Formes. Profds des côtes de l’Archipel : concassés, sans courbures. Égypte : ondulations fréquentes du sol. Syrie : ondulations plus fortes et interrompues souvent par les rochers. Asie Mineure et Turquie : formes oblongues, verticales et horizontales; en Syrie, des maisons cubiques, jamais de rondes; fenêtres rares, toujours carrées; palmiers, bananiers, aloës gerbovants, cèdres aux branches digitées, et penchées vers la terre comme des mains protectrices; visages grecs réguliers; en Égypte, nez épâtés ; en Syrie, formes aquilines, figures larges, à base proéminente; traits vastes, maigres et osseux chez les Arabes; quelques faces égyptiennes, à pommettes saillantes, participent du lozange. En Asie-Mineure, fronts vastes, pommettes saillantes, yeux en coulisses, relevés vers les tempes et enfoncés. Longs yeux dans tout l’Orient, lèvres épaisses vers l’Égypte , minces dans les elimats tempérés, paupières cachées ou peu saillantes; distance minime entre la bouche et le nez, jamais aussi court que dans les pays du Nord. Beaux sabres, broderies recherchées, étoffes admirables, beaux-arts ignorés; sciences, le plus savant est un ignorant. Le Turc est mélancoliquement majestueux; c’est un lion qui prie et qui fume , l’inquiétude et le soupçon se peignent sur son visage, il défend à ses domestiques de porter la barbe, et caresse la sienne onduleuse et parfumée de bois d’aloës avec des mains chargées

de brillants; l’Européen lui ferait injure en se découvrant devant lui.

La femme d’Ôîiient. La plus belle est toujours parée d’habits simples et de jeunesse, joignant à des traits quelquefois irréguliers une taille majestueuse, qui permet des formes étoffées sans nuire à l’élégance ; ses cheveux sont châtains clair et ses yeux noirs; elle est timide, immobile et taciturne, ses joues ont les nuances dégradées qu’on trouve aux pétales des roses; des torrents de tresses de cheveux inondent ses épaules arrondies, et son front, environné d’un bandeau d’étoffe soyeuse ou de crêpe de couleur diaphane, est surmonté de pierreries constellées; des colliers à grains d’or, entremêlés de sequins et de perles, ruissellent sur sa poitrine haletante comme le flot qu’agite une brise légère ; un bouquet d’épis en diamants tremblotte sur sa gorge à demi voilée; chaque geste de ses bras, chaque inclinaison du cou et chaque pas de ses pieds délicats, enchâssés dans les babouches comme deux bijoux dans des étuis en velours, font un cliquetis dont aucune parole ne peut rendre la voluptueuse harmonie.

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