‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 10 sur 197 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

volontiers Paris que, à l'exception de quelques rapides voyages en province, il ne devait plus abandonner. Chez Watteau, son ami, il dessine, utilise ses modèles, et reproduit pour se faire la main cette joyeuse sarabande de Pierrots, de Golombines et d'Arlequins qui égrènent leurs sourires sur des tapis de roses et de mousse. Chez le financier Crozat, qui est parvenu à collectionner le chiflre fabuleux de dix-neuf mille dessins orig-inaux des grands maîtres, Gaylus est aux anges. Il regarde, manie, interroge, imite et reproduit les esquisses, les ébauches, les croquis où vit le feu d'une première idée où « tout est encore esprit et la manœuvre n'est pour rien. » Gomme Je propre de Gaylus est de ne pas jouir en solitaire, mais de faire jouir, de mettre à la portée de tous la beauté qui se dérobe, il grave les dessins des maîtres. Il les grave tous. Il grave les rudes traits des Garrache, les minces lignes du Parmesan, les tendres figures de Guerchin, les truculentes ébauches de Rubens, les griffures de Rembrandt. De chaque maître, par la souplesse d'une aiguille magique et l'observation nette du modèle, il rend le procédé, la manière, et livre d'emblée à TEurope le cabinet de Grozat.

Mariette, le collectionneur d'estampes le plus célèbre du siècle et un habile g-raveur, aide à l'éducation artistique de Gaylus qui ne manque point de reconnaître ses bons offices. Nul n'était plus compétent que lui à l'égard des gravures et des pierres fines; à son école le comte apprit la valeur de la précision rigoureuse du détail dans l'ensemble. Bientôt son nom s'apprend à Tétranger. Zanetti lui prodigue les éloges que lui transmet l'abbé Gonti; Rosalba, la célèbre miniaturiste, ne tarit pas de louanges et se défend d'exposer ses ouvrages à des yeux si instruits.

La renommée de Gaylus à Paris est due à ses gravures des peintres contemporains, car il est lié avec tout ce qui a un nom dans les arts : il en est l'ami ou le protecteur, souvent les deux à la fois. Il grave les bacchanales sèches de Gillot, les grimaces plébéiennes de Goypel, des carica-

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