‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 11 sur 197 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

tures burlesques d'après lui-même, telle V Assemblée des Brocanteurs — des ânes regardant des tableaux à la loupe — et surtout il grave les séries vivantes de Boucha^don^

Paris, dans le halètement de ses rues, le bruit de ses métiers, les chansons de ses marchands, la mélopée de ses crieurs : « Des couteaux, des ciseaux, des peignes! )> « Ma belle salade I » « Petits pâtés tout chauds. » « Achetez mes lardoires, mes cuillères à pot. » « A la fraîche, à la chaude qui veut boire? » « Mon bel œillet ; » l'Aveugle des Quinze vingt : « la rage qu'il fait froid! » Paris, dans le va-etvient grouillant du trottoir, de la chaussée, des quais.

Bouchardon anime d'une verve piquante le Paris populacier, cependant que Caylus lui fournit le commentaire. Lui aussi met en scène le peuple qu'il aime pour sa jovialité épaisse et son ton rude'-. De sa fenêtre, du seuil des ateliers, à travers les cabarets et les cabinets de verdure des faubourgs, il regarde le peuple, l'écoute parler, jurer et rire et s'amuse à tracer à la chaude, des récits lestes, des drôleries rabelaisiennes, des histoires cossues où les coiffeuses se couvrent les joues d'une giroflée à cinq feuilles, où les piquepoux se rabattent les coutures, où les apostrophes des grisettes et des danseuses partent comme des fusées, où les bonnes fortunes du chevalier Brillantin sont contées d'une langue grasse, où les confidences du cocher Guillaume conduisent rapidement de l'écurie à l'alcove^.

Ces mœurs basses du monde qui vit ses passions sans savoir vivre, se dressent en regard des mœurs galantes où

1, Caylus (Ph. Claude Anne). « Etudes prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris » Bouchardon inv. Paris, chez Fessard, 1737-1742, 4 p. in-4.

2. Un jour il donne un louis à changer à un gueux, puis il se cache et se fait des gorges chaudes de la mine désespérée du pauvre diable qui le cherche. Il regarde, un jour, travailler un homme qui peint une figure de capucin pour une enseigne de Saint-François. Et comme il n'en vient pas à bout, Caylus monte sur l'échelle et achève en quelques traits la peinture. Le rapin, enchanté, le presse d'aller boire un coup. Mais voilà que le carrosse du comte paraît; il serre la main de l'homme à la blouse en lui disant : « Adieu mon camarade, je suis pressé, mais une autre fois, nous boirons ensemble » (Lettre de Marin en appendice aux Souvenirs).

« L'Histoire de M. Guillaume, cocher. » Parii, Rouquette, 1874.

Page 1