‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 9 sur 197 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Je nen trouve point cï autre que celle-ci^ c'est que. les femmes donnent absolument le ton à tout ce qui se passe dans cette grande ville où V amour est le mobile et V objet de tout. Vamour est singulier à Paris ; et faime cette passion, mais je veux que ce soit V amour qui détermine une jeune per^sonne à prendre un amant. Ce qui me révolte cest que j'en vois plusieurs qui veulent avoir, un amant comme des guides de soie à leurs can^osseSy uniquement parce que les autres femmes en ont. D'autres les regardent comme un meuble nécessaire. Je ne suis pas fort scrupuleux.^ mais ces procédés me révoltent. Je veux ou de l'amour ou du tempérament, sans cela je condamne. »

Quelle flnesse d'observation dans cette critique de la tenue des femmes !

« Un homme qui seroit sincèrement attaché aux femmes leur conseilleroit d'occuper leur esprit pour les empêcher de redouter la solitude et de s' accoutumer à ne se point ci-aindre elles-mêmes. Il leur recommanderoit de ne faire aucun usage de leur savoir da?is les conversations générales car le meilleur est celui d'ignorer avec esprit. Mais fart le plus essentiel et qu'elles ne suivent pas assez, c'est celui de la probité. Une femme honnête homme dans tous les points est un phénix. Il est vrai que l'éducation qu'on leur donne ne les conduit point à la pratiquer. Elles passent leur jeunesse au milieu des plaisirs et des faussetés : la jeunesse s'évanouit et l'habitude que l'on a prise s'établit dans le cœur. Mme du Deffand me disoit Vautre jour avec un épanchement de cœur admirable : « Nous sommes toujours unpeu fausses, nous autres femmes. »

Tous les plaisirs que le monde pj^ocure et présente à l'esprit ne sont pas à comparer à ceux que la probité fait connaître à ceux cjui sont véritablement honnêtes gens; c'est elle seule qui peut donner le calme intérieur, ce repos du cœur que les dévots cherchent en Dieu.

INTRODUCTION Xl

La qualité de V occupation n'est pas nécessaire^ et pourvu que le joui- soit passé sans rien avoir à se reprocher^ voilà l'unique point dont on se doit embarrasser.

Depuis longtemps je me couche sans avoir rien à me reprocher^. »

De sa mère, modèle de Vurhanité dont la fin du xvii'' siècle est Tâge d'or-, Caylus hérite de deux qualités essentielles : l'activité inlassable et le solide enjouement. Comme elle, il a en horreur l'artifice, la prétention et l'égoïsme, ce qui le range à côté de son époque où l'artifice sévissait, où les Encyclopédistes avaient mis à la mode l'engourdissement de la sensibilité jusqu'à la pétrification^, où l'universelle médiocrité prétendait au savoir universel. La marquise ne mettait point de rouge et ne pensait pas à son ajustement ; son fils dédaigna de farder son esprit. Tous deux ne se soucièrent jamais de plaire.

Il occupe ses loisirs laborieux dans l'atelier de Watteau et dans le cabinet de Crozat, et ne quitte Paris qu'en 1722 pour un voyage en Hollande et en Angleterre. Si tout lui semble « si brut et si lourd'' » dans les Pays-Bas, il n'en est pas moins émerveillé des pierres gravées et des camées d'Harlem, des Rembrandt réunis à Bruxelles, des richesses des couvents d'Anvers et des églises de Gand. En Angleterre, il rabat son enthousiasme à l'égard des amateurs dès qu'il feuillette les dessins de la collection Pembroke : les Raphaëls, les Corrèges sont plies en quatre pour les adapter au carton et les autres sont rognés ou coupés^. Il réintègre

\. Mém. et Béfl., op. cit.

2. V. le portrait de Mme de Caylus, par Rémond, l'Eloge de VUrha.nité de l'académicien Gedoyn, et surtout le médaillon exquis que Sainte- Beuve a consacré à l'auteur des Souvenirs dans « Causeries du Lundi, » t. III, p. 56-77.

3. E. et J. DE GoNcouRT, « Portraits intimes du xviii* siècle. » Paris, Charpentier, 1908, à la page 135, la lettre dé Mme Geoffrin à l'abbé Paciaudi.

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