G.-A. Sacchi da Pordenone, peintre frioulien
5. Pierre VArélin, 1492-1557, surnommé : « Le fléau des Princes» fameux
son épitaphe. Je me suis donné des peines inutiles. Il est sûrement enterré à St-Luc.^ paroisse de Venise. Je m'y entretins avec un prêtre honnête homme, qui me dit qu'il estoit inutile de l'y chercher parce qu'il la croyoit sur l'ancien pavé de l'église qu'on avoit relevé à cause des eaux par quatre fois, dont la première il y avoit très longtemps et qu'il ne l'avoit jamais vu. 11 me dit encore qu'un vieillard à grande harbe que l'on voit vêtu à la grecque dans un tableau qui est auprès du grand autel et où il y a une histoire de N.-S. estoit, à ce que l'on disoit^ le portrait de ce fameux débauchée St-Luc est une petite église où il n'y a rien de beau, c'est là que les François^ qui sont à Venise, festent la St-Louis.
L'église du Salvatore, habitée par des chanoines réguliers, est une des plus agréables de Venise. Son portail est beau, chargé de quelques statues de pierre gracieuses, et tout le bâtiment de l'église et de la maison est du Sansovino. Les autels sont beaux sans colifichets. L'on y voit plusieurs beaux mausolées de doges, d'évêques ou de nobles, tous de marbre, ainsi que les autels, et qui, pleins d'une certaine uniformité de goût et d'élévation, embellissent l'église en la faisant paroitre revêtue de marbre. Il y a dedans quelques beaux tableaux, et surtout une espèce de Gène de Giov. Bellini-. Il y a deux cloîtres qui ne sont pas laids et un réfectoire où il y a des peintures que les pères du couvent disent être du Titien. Il y en a quelques morceaux qui n'en sont pas meilleurs.
Tout auprès de cette église, il y a l'école de St-Théodoi^e^ où il y a quelques tableaux. On m'a conseillé de n'y pas entrer. La façade du Sansovino est fort jolie.
par ses poésies mordantes, ses sonnets obscènes et ses comédies licencieuses.
\. Misson aussi (op. cit., t. I, p. 334-335) alla maintes fois et en vain chercher le tombeau de VArélin et lire Fépitaphe dont voici la traduction. « ... Sous cette pierre est mis le corps | de l'Arélin, de qui la plume 1 blessa les vivants et les morts.... | S'il n'a pas contre Dieu même | vomi quelque horrible blasphème | c'est qu'il ne le connoissoit pas. » Cf. l'épigramme contre Bissot dans « Bigarrures » du Sr. des Accords,
2. (< Jésus à Emmaiis » Giovanni Bellini, fils de Jac. (1430-1516).
L'école de Sf-Marc est jointe à l'ég-lise de SS.-Jean et Paul. Elle est ornée d'une façade assez chargée de bas-reliefs et de quelques morceaux de porphyre. Il y a aussi des perspectives en pierre : hors deux beaux bas-reliefs et les ornemens qui sont sur les colonnes de la porte, il n'y a rien de merveilleux. [Dans] la salle que l'on trouve au rez-de-chaussée, on voit au fond un autel sur lequel est le lion de saint Marc, tout seul, de façon qu'il est comme s'il estoit adoré. Le haut est orné de tableaux du Tintoret presque tous faits à son ordinaire, mais il y en a un qui représente un martyre de saint Marc qui est superbement fini et qui est si beau que l'on ne fait point attention à une sainte famille du Titien qui est placée auprès.
Entre cette école et SS.-Jean et Paul, Ton trouve une chapelle sur la porte de laquelle est écrit : Templum pacis. Il y a plusieurs peintures qui ne sont pas trop bonnes : un tableau où saint Luc peint la vierge, du cav. Gelesti, est le meilleur.
(36) La Bibliothèque de St-Marc^ est dans les nouvelles Procuraties, sur le Broglio. Elle est ouverte trois fois la semaine, le matin elle est publique. Le cardinal Bessarione en fut le premier et le principal fondateur. Avant que d'entrer dans le lieu où sont les livres. Ton entre dans un petit salon plein de morceaux d'antiquités grecques et romaines. Le Ganymède, avec le bonnet phrygien comme le corno du doge, est un morceau fort estimé à Venise. Pour moi, les deux Bacchus d'un seul bloc de marbre me plaisent davantage. On dit que cet objet des vœux de Jupiter est fait du temps de Michel- Ange ; quoiqu'il en soit Ton trouvé là un très bel assemblage d'antiquités bien entières. Il n'y a que des marbres, des bustes, des statues, des inscrip-
1. La Bibliothèque de St-Marc {Bibl. Nazionale Marciana), fondée en 1468 par le cardinal Bessarione, enrichie par celle de Pétrarque et des cardinaux Alcandre et Grimani, fut installée aux nouvelles Procuraties jusqu'en 1812. De 1812 à 1905, elle occupa le palais des Dog-es. Elle a été somptueusement installée en 1906, au Imitais de la Monnaie (Zecca). Elle compte env. 240.000 vol. et 10.000 manuscrits.
lions, des autels et des bas-reliefs, entre lesquels il y a un sacrifice très beau et bien conservé.
La porte de la Bibliothèque, en dedans, est ornée de deux belles colqnnes et de morceaux de marbre vert que l'on m'a dit estre antique. A g-auche et dans le fond, sont les livres imprimés qui sont en bon ordre. A droite, dans de trop petites armoires et sons aucun ordre, ni pour l'histoire, les temps, ou le coup d'œil, sont les manuscrits grecs et latins au nombre d'entre neuf cents et mille. L'on y trouve presque tous les auteurs grecs et latins, presque tous les Pères de l'Eglise. Ce n'est pas encore la seule beauté que l'on voye dans ce lieu. Le plafond et le dessus des armoires qui, par parenthèse, sont vilaines, sont ornés de tableaux de P. Véronèse, du Tintoret, de Palme, etc., enfin les auteurs contemporains. Pour eng-ager les peintres ci-dessus à mieux faire, la République promit une médaille d'or à celui qui réussiroit le mieux et pour le savoir, comme on ne pouvoit en estre instruit plus sûrement que par eux-mêmes, il leur fut ordonné à chacun en particulier de donner la pomme à celui qu'ils trouveroient le plus beau, le leur à part. Véronèse l'emporta, [avec] le tableau qui représente une musique, car il y a trois ovales dans la main. Il y a aussi deux philosophes très beaux du Tintoret^ Il n'y a presque point de bronze dans cette bibliothèque où Ton fait tous les jours des présens de livres ou d'antiques. Cependant elle me paroit peu fréquentée et est assez mal tenue. Le degré qui y conduit est un beau morceau; la distribution en est belle.
La Madonna dell' Orto est habitée par des Bernardins très malpropres, ignorants et qui n'ont pas grande pratique. Ils sont mal logés. Leur église est ancienne, et le bâtiment n'a nulle beauté. La façade est ainsi que le reste gothique, mais d'un godt commençant à sortir de l'ignorance crasse. Il y a sur la porte un fort grand morceau de porphyre. « L'Adoration du veau d'or » et « La Résur-