Girolamo dai Libri
L'on n'auroit jamais fait d'entrer dans le détail de toutes les peintures du Palais du doge. Je dirai seulement que de tous côtés Ton voit le Véronèse, le Bassan, le Tintoret et le vieux Palme, quelquefois Ton rencontre le Titien. Il y a cependant de mauvais auteurs mêlés parmi les grands maîtres.
La salle du Grand Conseil est très grande, belle et ornée de tous côtés des tableaux dont je viens de parler. Tout ce qu'en dit Misson^ est juste. Le « Paradis » du Tintoret est très beau pour la quantité de figures innombrables dont il est rempli, mais quoyque l'on en dise, le tableau de l'école de Saint-Marc est, selon moi, jdIus beau. Cet auteur est de tous, celui qui a le mieux dessiné. Titien a fait cent fautes contre le dessin, Paul Véronèse aussi, comme on peut le voir en plusieurs endroits du Palais mais surtout au grand Conseil^ à un tableau- qui est au fond en face du Paradis, il y a une procession très vilaine de prêtres dont les mains sont toutes fausses, au point que Ton ne peut imaginer que le reste du tableau qui est magnifique soit du même maître. DansPantichambre ou Anticollegio, où se traitent les affaires militaires, l'on voit deux tableaux qu'un noble a donné depuis un an à la République, un du Bassan^, l'autre de Véronèse*. Tous deux sont magnifiques, mais l'Europe que le dernier a peint, est enlevée par un veau de six mois au plus et qui est estropié. Ce que je dis est pour excuser les fautes de bien des peintres puisque ceux-là ont manqué. L'on voit encore des tableaux du vieux Palme très beaux, à côté d'autres si faibles et si mous qu'on ne les peut croire du même auteur.
Quand on monte comme j'ai fait à la tour de l'église de St-Marc, Ton ne peut se passer de regarder la quantité d'ouvrages dont elle est remplie et d'admirer une infinité de mosaïques qui l'ornent. Comme elle a esté commencée
1. MissoN, op. cit., t. I, p. 2d0-:2o2. -J. « La gloire de Venise. »