‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 12 sur 197 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

tout est savoir-vivre sans passion. De ces dernières le comte n'a cure, elles lui donnent la nausée; il se dédommage sur les autres'. Les scènes aperçues au cabaret, les querelles saisies aux carrefours, où le patricien travesti en ouvrier se promène et se mêle aux liesses populaires, lui fournissent des gaudrioles pour divertir son cercle du Bout du banc.

Ce cercle ne vise pas au bel esprit, il n'adopte point les prétentions bizarres du cercle de la Calotte^ moins encore la mièvre afféterie de Tordre de la Mouche-à-miel, fondé et présidé par la duchesse du Maine. Ce n'est pas un rendezvous de gazetiers, comme au cercle de la Paroisse, qui pourvoyait les matériaux des Mémoires secrets de Bachaumont.

Le cercle du Bout du banc est formé de jouisseurs qui apprécient sur toute chose les repas plantureux et la gaieté bruyante qui les accompagne et qui éclate au dessert. Caylus en est l'amphitryon et le boute-en-train, Mlle Quinault, la jolie soubrette de l'Opéra, la reine. Autour d'eux bourdonnent les convives : La Chaussée, Voisenon, Moncrif, le grand Prieur de Vendôme, Duclos, Grébillon fils, qui tous prennent part à cette gageure de folie. En vidant les coupes ils griffonnent — le surtout est un encrier — des couplets, des chansons, pariant à qui trouvera le refrain le plus égrillard, l'anecdote la plus corsée. Le vocabulaire de la langue verte est en honneur. Le corbillon grossit au milieu des fou-rires de ces épicuriens repus, et Gaylus, qui défraye aussi l'imprimeur, se voit chargé de la paternité de douze volumes d'œuvres badines-. Une mince partie^ est à lui et suffit^ hélas! à lui faire du tort. 11 aurait pu désavouer le reste; son indifférence l'en empêcha. L'on doit

1. Gaylus cédait son carrosse à ses amis et se servait lui-même d'un carrosse de louage. Le plus souvent il circulait à pied, chaussé de gros souliers, vêtu d'une bure grossière. Quand il eut hérité de son oncle, vice-roi du Pérou, le titre de grand d'Espagne, il ne le porta jamais.

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