Torre Mozza
il ne peut y monter que ceux qui ont parlé devant le Pontife. Le Sauveur est une des [plus| jolies églises que l'on puisse voir : toutes les colonnes en sont cannelées. Les ornemens qui la remplissent sont mis avec g-oùt. Il y a quelques tableaux qui ne sont ni bons ni mauvais ; un de Guide d'Arena au milieu du chœur est beau. Il nV a aucun autel de marbre ni bien décoré.
Saint-François est une grande et longue église, vieille et sans goût. J'y ai vu une « Ascension » de la Vierge, d'Annibal Garrache, qui est belle. Un vendredi de mars, qui estoit justement celui où j'y fus, l'on montre à découvert un crucifix en peinture, très mal proportionné, qui a parlé. Mais ce n'est qu'à un moine de ce même couvent ; ainsi, avec raison, je doute du miracle. Le peuple cependant y court en foule et je ne le vis qu'avec peine. La maison des moines de ce lieu est grande et assez belle : ils ont une belle bibliothèque commencée depuis peu.
L'église de S. Giovanni in Monte n'est ni belle ni laide. Elle a deux parties; la principale, consiste en une grande galerie qui y conduit par une rampe douce qui ne ressemble encore à rien de ce que j'ai vu. Ce sont des prêtres de Sainte- Geneviève [qui la desservent] . Ils ont plusieurs tableaux : un du Domenichino qui n'est pas laid, mais rien n'est plus beau qu'une « sainte Gatherine* » de Raphaël; il faut se mettre à genoux devant! G'est un morceau rare et bien conservé. Ils ont encore quelque petit fretin de tableaux dans la sacristie.
L'église des Mendicanti ou de la Piété, où l'on met les •enfans trouvés, est très vilaine, mais un tableau de Louis Garrache, celui du maître-autel de Guido Reni, plusieurs morceaux duGavedone-, la rendent préférable à toutes les autres.
1. L'auteur veut parler de la Sainte Cécile, chef-d'œuvre célèbre qui resta à S. Giovanni in Monte jusqu'en 1796 et que Ton admire aiij. à la Galerie de peinture (R. Pinacoteca), dans la salle D ou salle de Raphaël. (( G'est à force de voir ce tableau et de l'étudier, que les Garrache et leurs disciples sont devenus de si grands maîtres. » De Brosses, lettre XXII, p. 265 et 66.