‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 13 sur 197 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

blâmer chez ce grand seigneur le mauvais g-oût d'un divertissement où le sans-gêne est poussé trop loin, mais il est utile de faire remarquer que Tindécence des propos, familiers à la coterie du Bout du hscnc, n'entama jamais les mœurs de Gaylus.

D'ailleurs il ne s'en tint pas au commerce exclusif de Mlle Quinault.

Il est un des intimes de Mme du Deffand dont il admirait le cœur, l'esprit et la bonne foi ; il fréquente la maison de Sophie Arnould\ il est surtout l'intime de sa propre mère, auprès de laquelle se groupaient, rivés à ses charmes délicats, les grands noms de la vieille cour. Ici, Gaylus est le plus heureux. Quand la porte s'est refermée sur le dernier visiteur, il raconte sa journée, et petit à petit, au hasard de la conversation, il interroge sa mère sur la grande époque close. Et la marquise raconte avec grâce et simplicité les intrigues, les ambitions et les passions qui firent la cour du Roi, elle effleure les sujets, anime les traits disparus, réconforte la mémoire des victimes. Son fils, souhaitant de fixer, pour lui et pour les autres, le souvenir de tous, comparses et acteurs, qui formèrent cette brillante scène, écrit sous la dictée de sa mère ces pages fameuses qui, jusqu'à la publication des Mémoires de Saint-Simon, ont été un important document historique, et qui depuis demeurent une suite de portraits et d'esquisses excellents-.

Un grand malheur vint troubler cette existence si activement remplie. Mme de Gaylus mourut le lo avril 1729 à l'âge de 56 ans. La douleur du fils ne fut pas violente, ce fut un accablement profond qui porta sur ses facultés au point de les engourdir un temps. Il ne sait plus vivre; son pays le dégoûte, les détails journaliers de l'existence le blessent'^ Un esseulement affreux a succédé à la jouis-

1. Voir De Goncourt. «. Gorrespondance de Sophie Arnould. » Paris, Dentu, 1877.

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