‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 120 sur 197 · Martyre de sainte Agnès · texte numérisé non relu

Martyre de sainte Agnès

2. « Le temps et l'humidité ruinent presque entièrement ces beaux ouvrages dont on ne peut trop regretter la perte. » De Brosses, idem, p. 260.

3. 11 ne subsiste, hélas, que de fort maigres restes de ces superbes fresques.

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dans cette bibliothèque où, je crois, il n'y a que le nécessaire.

En tout c'est une très belle maison; outre les agrémens qu'elle a par elle-même, celui de la vue en entier de la ville et fort loin par delà dans la plaine, avec les aimables coteaux qui l'environnent et sur un desquels le couvent est situé, tout cela, dis-je^ compose une aimable retraite. Il y a dans le réfectoire et dans les log-emens destinés aux estrangers, encore de beaux tableaux. Je ne les ai pu voir, le père qui en avoit la clef estant dehors. Je n'avois pas besoin de la vue de ces deux endroits pour partir content de cette maison.

Sur une autre colline voisine de celle où Saint-Michel est situé, réside un couvent de capucins. Il a la même vue que Tautre, mais il est véritablement capucinade. On n'iroit point le voir sans trois ou quatre tableaux assez bons et sans le magnifique crucifix de Guido Reni' ; on ne peut rien voir de plus beau : j'ai esté bien satisfait de ce tableau. Le lieu où ils enterrent leurs capucins et ceux qui veulent estre portés chez eux, est un des Fplus] jolis et des [plus] propres cimetières que j'aie vu. Pour revenir comrhe pour aller à ces couvens, l'on, passe le long du bout d'aqueduc nloderne qui porte de l'eau aux fontaines. Il passe par-dessus un ruisseau nommé Savena, qui fait souvent de grands désordres. A un bon mille de la ville, en sortant parla porte Saragozza, l'on va à une hauteur sur laquelle est une Vierge nommée la Madone de saint Luc. L'on fait cent contes bleus de son arrivée sur cette hauteur et de l'amitié qu'elle a pour cette hauteur puisque ayant, dit-on, esté volée par les Vénitiens, elle revint toute seule à son gîte. On le lui laissa toute seule occuper en ostant celle que l'on avoit mise à sa place, que Ton montre dans un coin de l'église où elle est fort abandonnée. Les Vénitiens, en arrivant chez eux, ne trouvèrent que le nicj- L'église, où l'on voit et

1. Auj. à la salle Reni (A) de la Galerie de peinture à rAcadémie des Beaux-Arts.

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-apprend tout cela, est petite et n'a rien d'extraordinaire. Un g-rand autel^ qui n'est pas encore fini, tout de marbre et de porphyre, je crois ne sera pas laid. L'histoire des miracles n'est pas si belle à remarquer que l'esprit et le talent des Dominicains qui, au nombre de huit, habitent cette petite maison. Ils savent mettre l'image à profit le mieux du monde et ils ont fait faire à toute la ville un ouvrage véritablement magnifique et rare à voir. Ce sont de grands et larges portiques qui le long" du chemin conduisent, depuis la ville jusques à l'église, les pèlerins toujours à couvert. En sortant de la ville jusques au pied de la montagne, on en trouve deux cent quatre vingt-dix et six grands qui se trouvent de distance en distance, soit aux commencemens, soit pour laisser des passages. Leur architecture est simple ; le passage peut avoir dix pieds de large, vingt-cinq de haut. Chaque portique peut avoir quatorze de large, et les deux colonnes carrées qui le soutiennent, peuvent en avoir six (61). Les nouveaux portiques ont la même largeur et la même élévation, mais ils sont plus estroits et soutenus par un mur plus large que les deux piliers ensemble. Après tout, ils paroissent. uniformes, le tout estant de brique et couvert de tuiles. Chaque portique a les armes ou le nom de celui ou des confréries et métiers qui les ont fait faire. Il y en a quatre des valets et servantes de la ville. Chaque portique coûte cent écus romains. Il y en a cent quatre-vingts nouveaux et seize grands dans lesquels sont peints à fresque ditïérens mystères de la vie de Notre-Seigneur. Il y en avoit une quarantaine des derniers qui n'estoient qu'à moitié finis, mais ils estoient payés. Il n'en faut pas cinquante pour couvrir le degré qui conduit jusques à la porte de l'église, et cela sera bientôt fait. Les portiques ne sont ouverts que d'un côté et murés de l'autre. Le tout ensemble fait de cela un très bel ouvrage. Il ne faut pas moins que des moines pour en faire autant. Les armes et le nom* ont bien autant con-

i. « Les particuliers achètent des arcs pour y mettre leurs armes :

tribués à ce bâtiment que les indulgences accordées à ceux qui, pour la perfection de l'ouvrag-e, se chargent le col de briques et les portent jusques au haut, plus ou moins, chacun selon ses forces ou sa dévotion ; ce qui leur épargne de grandes dépenses.

Dans la plaine, en sortant par la porte Saint-Félix, du côté du Reno, on trouve une Char-treiise environ à un mille delà ville. Les maisons de ces moines sont grandes et jolies; ils ont un très grand terrain. On trouve trois ou quatre petits cloîtres^ dont un d'une très grande estendue, simple et assez beau. Leur réfectoire n'a rien de beau. Le lieu où ils logent les estrangers n'est pas laid. Leur église est toute de guingois, on ne comprend rien à sa forme. Chaque père a sa chapelle et son armoire qui lui sert de sacristie. Les marqueteries des chaises du chœur ne sont pas laides. Ils ont trois tableaux de Louis Garrache : deux temps de la Passion de Notre-Seigneur qui sont beaux, et un « saint Jean dans le désert » grand et superbe^ ; un autre d'Antoine Garrache. Du reste, on trouve encore d'autres peintures qui ne sont pas laides, entr'autres un grand tableau fort composé, fait par une femme qui est fort bien pour Lauteur. Le clocher n'est pas fort élevé; les ordres, Tun sur Tautre, en font la beauté et il est fait avec grâce.

L'église de S. Giacomo Maggiore est pleine de tableaux et de fresques très bons et qui font grand plaisir à voir. Il y en a du Gavedone et de très bons peintres de l'école des Garrache^. Ge sont des Augustins qui habitent le couvent, et leur église est grande et belle.

marchandise que l'on vend beaucoup plus cher qu'elle ne vaut, » Montesquieu, t. II, p. 91,

1. « Prédication de saint Jean-Baptiste au bord du Jourdain » de Louis Carrache. « De tous ceux de Louis Garrache, c'est le tableau qui m'a causé le plus d'admiration. La hardiesse et la facilité du pinceau, la beauté du coloris, la composition du pa}^^sage, tout enfin y est excellent, » De Brosses, let. XXII, p. 261.

2. Tel celui de Innoc, da Imola « les fiançailles de sainte Catherine. » « saint Jean a une figure tout à fait raphaélique. » De Brosses, idenir p. 259.

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Le Palais public, qui est celui dont j'ai parlé, est fort grand. Les tours sont vilaines et le degré par où l'on monte chez le légat est une très vilaine rampe. L'on trouve sur la première porte du légat une figure de bronze d'Urbain VIII qui est assis sur la porte. L'on entre ensuite dans une salle fort grande, tout entière peinte à fresque en tableaux bien conservés et beaux, représentant plusieurs histoires, entr'autres : « François P'', non pas touchant, mais guérissant des écrouelles. » Je parle comme l'inscription etje vois par là bien clairement que nul n'est prophète en son pays^ Plusieurs autres histoires sont représentées dans le reste, comme : « Le couronnement de Charles V par Clément VII, » etc. L'on entre de là dans une autre salle nue et longue où pour tout bien j'ai rembourré ma vue d'une autre statue de bronze assise d'Alexandre VIL C'est tout ce que j'ai vu de l'appartement du légat; l'on m'a dit qu'il n'estoit pas raccommodé depuis le désordre que les bals y avoient laissé. Il demeure au second, le gonfalonier au premier, et le vice-légat au rez-de-chaussée (62).

Dans une salle de l'appartement du second, j'y ai vu un plancher peint à fresque de bon goût mais moderne. L'on tient dans ce même Palais un cabinet donné au public par Ulisse Aldoandri^ et par le marquis de Cospi. Il appartient au public. Les noms de chaque pièce sont écrits au-dessous ; en tout, on ne voit rien de merveilleux. L'on y voit aussi quelques livres et en très grande quantité de [ceux] écrits de la main d'Aldoandri. L'on y trouve des armes, des effets de la nature, des minéraux, des coquillages, etc. J'y ai remarqué un couteau des sacrifices romains, quelques basreliefs et inscriptions antiques, des idoles, des urnes et ce

\. Allusion à la coutume traditionnelle des rois de France qui, le jour du sacre, touchaient les écrouelles des malades.

2. Ulisse Aldrovandi, 1527-1605, professeur à Bologne, célèbre naturaliste, voyagea par toute l'Europe et consuma presque toute sa vie et sa fortune à recueillir les matériaux de sa grande Histoire naturelle (pub. à Bologne, i3 vol. in-fol., de 1599 à 1668), dont il ne donna lui-même que 4 vol. Au jugement de BufFon et de Cuvier, ce travail n'est trop souvent qu'une compilation indigeste.

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que l'on trouve ordinairement dans les cabinets. Celui-là n'a rien d'extraordinaire.

Sur le mur du Palais, du côté des prisons, Ton voit peint un homme pendu par les pieds, avec ces paroles : Ugonc Statugliero traditore alla pafria. Sans aller chercher si loin que Misson, ce que j'en ai appris dans la ville me paroît plausible. Cet Ugone estoit un ouvrier en soie ; Bologne faisoit un g'rand négoce de cette marchandise et avoit seule le secret des moulins qui servent à présent partout. Cet homme sortit et l'apprit à d'autres. Lon fit ce que Ton put pour le prendre; on n'en vint point à bout, et l'on tira cette faible vengeance.

Le général Marsili^ bolonois s'estant retiré du service de l'Empereur et estant fort curieux, avoit fait dans les difPérens pays où il avoit passé un amas considérable de raretés soit naturelles soit antiques. Avant de mourir il a voulu jouir du plaisir d'une aussi belle fondation que celle qu'il a faite; il a tout donné à la ville qui a acheté un palais- où elle a establi des chambres pour tous les beaux-arts. Cela n'est encore que commencé. On bâtit une espèce de tour pour l'observation [astronomique], l'on arrange les chambres pour la chimie; celles de la physique sont disposées. L'on a laissé un grand terrain pour la bibliothèque et l'on a disposé un autre endroit pour une académie de peinture, architecture et sculpture. Chacune des sciences a son professeur payé par la ville. Les estrangers seront reçus. Outre la vérité, l'inscription de dessus la porte l'apprend. C'est avec grand plaisir, je l'avoue, que j'ai vu une si belle institution. Il seroit à désirer, pour la perfection des arts, que partout l'on en fît autant.

1. Marsigli (Ferdinand, comte), 1658-1730, servit Léopold l" en qualité d'ingénieur militaire et diplomate, ensuite dégradé sans raison, il quitta l'Allemagne, fît de nombreux voyages et le 11 janvier 1712 fonda, par acte authentique, VFnslitiit ou l'Académie des sciences dont C. parle, et que Montesquieu (op. cit., t. II, p. 86 à 90) s'est plu à décrire ainsi que de Brosses (op. cit., t. I, lettre XX, p. 244 à 248).

2. Le palais Celesi, bâti par Pell. Tibaldi. Affecté à l'Université dep. d803, le bâtiment contient aussi la Bibliothèque, riche d'env. 200.000 voK et 5.000 man., et dans la tour, bâtie en 1723, l'Observatoire.

Toute la maison dans laquelle ces assemblées doivent se tenir et même sont commencées, est peinte en plusieurs endroits par Pelleg-rino Tibaldi^, maître des Garrache. Il y a de très belles choses, toute l'histoire d'Ulysse et plusieurs sujets de la fable. Un abbé et un autre ont peint à fresque de belles choses. Entre les choses que j'ai remarquées dans cette maison dont la structure n'est pas laide et la situation convenable, sont différens poids romains avec des balances; une tête de faune grec de marbre blanc magnifique, et plusieurs morceaux de bas-reliefs, têtes, bouts de corps qui ont leur beauté; avec ça des hiéroglyphes égyptiens sur marbre, ce qui est une chose bien rare. Il y a aussi une salle pleine de plans de bois en reliefs de différentes places avec les attaques. Les murs de cet endroit sont ornés de saïques^ flèches, queues de cheval, etc., prises sur les Turcs, apparemment sous les ordres de M. de Marsili que je verrai avec grand plaisir à Rome.

Le palais Foscherari autrefois, appartient à présent aux sieurs Scarani- Boschl ciiixàin^. — La maison n'est pas belle. — Ils ont une récolte [sic] très considérable de dessins ; entre ceux qui mont plu davantage, il y a trois originaux de Jules le Romain, entre lesquels « la bataille de Gonslantin. » Ils ont aussi plusieurs chambres pleines de beaux tableaux.

Le palais Ranuzzi^-Quaj^anta est très beau, bien bâti et a grand air ; il y a un degré magnifique. Les plafonds du principal appartement sont à fresque, mais de dessins aimables et gracieux. On peut nommer cela une grande et belle maison de quelque côté qu'on la regarde. Il y a un appartement en bas plein de tableaux, mais ce n'est pas grand'chose. En haut j'y ai vu une très belle tête de Raphaël et trois beaux Garraches.

La maison du marquis Monti^ est vilaine, mais on y voit

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