XVI INTRODUCTION
sance du commerce maternel, et, dans Paris désert, Gaylus •est comme un survivant. Forcé de quitter le Luxembourg, il trouve à s'installer à l'Orangerie des Tuileries, mais les agréments de cette jolie demeure n'ont pas le pouvoir de le distraire de sa douleur. Elle hante son atelier, visite ses insomnies, et Mme Bolingbroke, qui la partage, ne réussit point à le consolera Maurepas lui demeure fidèle; Villeroy ne sut trouver pour le fils de son amie que des phrases banales tellement l'égoïsme avait desséché son inutile vie. Ce spectacle fît réfléchir Caylus et lui souffla de hautes résolutions.
« Ce qui fait gémir Ville/'oy, c'est de ne se mêler à rien. Il faut nourrir et alimenter V esprit. La maturité et la vieillesse y gagnent une solidité qui n inspire que du Grand. »
Cette belle maxime devint dès lors sa règle de conduite. 11 s'y conforma en tout point.
Caylus se livre alors au travail avec une violence fiévreuse. Le cabinet de Crozat n'ayant plus de secrets pour lui, il fouille celui du roi. Les pierres gravées et mille cinq cents médailles en or sont par lui soigneusement- gravées dans le but d'offrir des sujets d'étude à la jeunesse intelligente et pauvre. Il transforme son atelier en école et fournit les candidats artistes de m.odèles, de conseils, de protection et très souvent de pain. 11 aura toujours un groupe de novices ou d'artistes indigents qui se perfectionneront au dessin en copiant ses guenilles antiques; pensionnaires à qui il distribue le premier de chaque mois ses bienfaits à proportion de leurs besoins ^ Quoique de nouvelles recrues s'ajoutent, il n'abandonne pas les anciennes. 11 les suit en France et à l'étranger, les recommande à ses correspon-
i. Lettres à l'abbé Gonti du 19 janvier et du 1" décembre 1730 (idem).
2. « Pierres gravées antiques du cabinet du roi ». « Recueil de trois cents lêtes et sujets de composition gravés par le comte de Caylus » chez Basan (2 vol. in-4 de pi. sans texte).
3. Lettres de Marin, secrétaire du comte de Caylus, adressées au Journal des Débats, 1804.