‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 15 sur 197 · TR0DUCTI0N XVII · texte numérisé non relu

TR0DUCTI0N XVII

dants et à ses amis, ne se servant de son nom et de sa fortune qu'au bénéfice d'autrui et de TArt. Il achète des cabinets entiers, enrichit sa collection d'estampes commencée en Italie; il grappille sans trêve Paris. Son culte pour les arts est à la fois si enthousiaste et si désintéressé que l'Académie royale lui confère, le 21 novembre 1731, le plus haut titre dont elle dispose, celui de honoraire amateur. Cet honneur qu'il n"a pas sollicité, le flatte, et pour le mieux mériter, il redouble de zèle. Son instinct <( donnant et protecteur » va de pair avec son acharnement au travail. lien procure, fait des commandes, favorise les débuts de chacun, tourne, sur tout ce qui aspire à la réputation, les regards de Goypel, premier peintre de l'Académie, et du ministre Maurepas ; il excite l'intérêt des dames qui aident aux ménages pauvres en flattant leur vanité. Graveurs, ciseleurs, pastellistes, peintres, collectionneurs, portraitistes, antiquaires, savants, ont d'une manière ou de l'autre quelque obligation à ce seigneur qu'ils traitent en confrère parce qu'il connaît le métier.

Il est aussi éloigné de la cour que son valet, car il sait, par l'expérience de sa mère et de sa grand'tante, que la cour est un endroit où Von nest, en général, amoureux que par politique, jaloux que par grimace, ami quen apparence ; la pitié y est feinte^ la douleur étrangère^ . On le considère comme un original, type rarissime en France. Il l'est. Transfuge du grand monde ; travailleur quand la mode est au désœuvrement; honnête homme échappé à la corruption élégante ; silencieux parmi des phraseurs ; eff"arouché de popularité à l'époque où les hommes de lettres ont recours au scandale pour forcer l'attention ; seul à aimer le huisclos quand le goût dominant ouvre les portes toutes larges, il est décidément hors de l'ornière.

Il est des petits-maîtres qui se moquent de lui, des roturiers plumitifs qui le narguent.

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