Mèm. et réflex., p
XVIU INTRODUCTION
Marmontel, dont Gaylusestrantithèse vivante, le déteste, et nous l'apprend dans une page diffuse de ses Mémoires aigres-doux ^ Diderot, qui partage ce sentiment, se fait céder la plume de Grimm pour décrier la découverte- de Caylus qui lui attire les suffrages de toute l'Europe. Grimm le critique avec modération et finit par l'estimer; Voltaire le ménage. Gaylus, qui a toujours traité ses ennemis comme s'ils n'existaient pas, continue à faire l'original à ses frais; ses soixante mille livres de rente s'épviisent annuellement en achats, cori'espondances, commandes, largesses, secours. Gomme il ne nous laisse pas de carnets à dépouiller^, nous ignorons le montant de ses libéralités et le nom des artistes besogneux, des ménages en souffrance, auxquels il pourvoyait. Je glane dans sa vaste correspondance quelques noms, au hasard. G'est le petit Guiard, élève à l'Académie de Rome, c'est Greuze, c'est Le Bas, Lagrénée aîné^ ce sont deux jeunes architectes, Moreau et Dailly, c'est Lefèvre, Leprince, Maclauren, H. Robert, c'est Bouchardon, etc. A l'exception de Gocliin* qui prononça sur Gaylus des jugements aussi sévères qu'inintelligents, puisqu'il est facile de leur donner un démenti, tous ses protégés, arrivés à la gloire ou restés dans la médiocrité, lui furent toujours dévoués.
Gaylus rendit un premier service aux beaux-arts le jour où il fît ouvrir le salon de Mme Geoffrin à ceux dont le crayon, la brosse, l'aiguille ou le ciseau portèrent haut et loin lé nom de l'art français au xviii^ siècle. Peut-être Gaylus ignorait-il la portée de cette initiative où il ne vit que la satisfaction d'amener son intéressante société par delà les cloisons des ateliers et les salles de l'Académie.
4. Marmontel. Mémoires publiés par M. Tourneux. Paris, 1891, livre vr, pp. 102-105.