‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 157 sur 197 · V. lettre XXXI, p. 390 à · texte numérisé non relu

V. lettre XXXI, p. 390 à

des désordres très grands. Tous les auteurs en font foi. Les endroits sur la hauteur où l'on voit que le soufre et le bitume ont coulé prouvent tout ce que l'on en a dit. Les pierres calcinées que l'on trouve sur le chemin et aux environs font foi des désordres de ce trou duquel je n'ai vu sortir que de la fumée. Ces cendres sont ainsi que [celles] du Gibel, c'est-à-dire^ de pierre calcinée, pulvérisée et noire. A trois ou quatre milles de la ville il y a une inscription qui conseille aux estrangers de ne se point trop laisser •emporter par leur curiosité en s'exposant de trop près de €6 trou.

Dans un petit village sur le bord de la mer, à une lieue de Naples, et presqu'au pied du Vésuve, le prince Emmanuel d'Elbœuf^ qui s'est marié à Naples, a fait bâtir une petite maison assez jolie. La vue et la situation en font l'agrément. Pas loin de cette maison le dit prince d'Elbœuf s'estant mis en teste de faire creuser, l'a fait faire dans le puits d'un paysan au fond duquel il a trouvé des marbres, des murs, un degré, des statues très belles qu'il a envoyées au prince Eugène. Il a très peu creusé, cependant il a beaucoup tiré. Les antiquaires ont baptisé cela les ruines de l'ancienne ville à'Herculanum qui, devant la venue de Notre- Seigneur, fut engloutie par un tremblement de terre auquel se joignit l'embrasement du Vésuve. Effectivement j'ai vu plusieurs des pierres que l'on a tirées qui sont brûlées. Les échafauds estant défaits, j'avois eu l'idée de faire la dépense pour les remettre, mais je me contentois de l'envie sur ce qu'il me fut dit du peu de satisfaction que j'en retirerois.

\. Le prince E. d'Elbœuf de la maison de Lorraine, général des galères de Naples. Les fouilles auxquelles Caylus, tout jeune homme, avait eu l'intention de contribuer, furent reprises 50 ans plus tard. En 1755 « VAccàdemia Ercolanese » fut fondée pour l'étude des antiquités. Winkelmann (17J7-17G8), se plaça au premier rang et produisit le plus grand effet parmi les savants par ses remarquables ouvrages, surtout son Histoire de l'Art chez les anciens {Dresde, 1764) et Moniimenli antichi inediti (Rome, 1767). La plupart des lettres adressées ])ar Barthélémy au comte de Caylus. de Rome et de Naples, en 1756, regardent les fouilles d'Herculanum, qui ne pouvaient épuiser l'intérêt curieux de l'archéologue français.

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Enfin, estant arrivé à Naples le 9 de juin, j'en repartis le 13 et j'arrivai à Rome le 16, non sans avoir éprouvé la barbarie des postillons de la route qui est meilleure pour exercer la patience d'un saint que tout ce que Ton voit dans le livre des mensonges.

ROME. — La teste-Dieu fut ce que je vis pour commencer à mener ma même vie. L'on va voir la veille les tapisseries du Vatican, [d'après] des dessins de Raphaël. Il y a sept des cartons k Hampton-Gourt en Angleterre'. L'église de Saint- Pierre est tapissée de damas cramoisi avec des galons d'or, ce qui est magnifique.

Le lendemain, le pape, de fort bon matin, fit la procession pour éviter la chaleur. Il cstoit porté par douze hommes et quoyque assis paroissoit à genoux dans une fort belle attitude, portant le Saint Sacrement. Les cardinaux marchoient avant un peu plus décemment, c'està-dire sans cortège ; les cuirassiers du pape suivoient, estant précédés des chevau-légers dont les casques ornés de plumes à l'ancienne mode, faisoient quelque chose de comique, mais moins encore que l'équipage de six ou sept gentilshommes romains, à cheval, à l'ancienne mode, d'une façon riche par leur vêtement mais pauvre par leurs mines (103).

Le Palais Farnèse-^ bâti des débris du Colysée-^, est du dessin de Michel-Ange. La façade est fort simple, il n'a rien d'extraordinaire. Sur la place qui est devant la maison, il y a deux fontaines assez jolies. La cour carrée, bâtie en

1. Raphaël dessina ces tapisseries, tissées à Arras de 1515 à 1516, sur des sujets tirés de l'histoire du Christ et des apôtres. Charles I" d'Angleterre acheta sept cartons en Flandre. On les voit actuellement au musée de South Kensington à Londres.

2. « Il semble jeté) au moule, tant il est uni; c'est un dé. » Montesquieu,. t. I, p. 252.

3. « On a toujours une dent contre le palais Farnèse lorsqu'on se souvient que, pour le construire, ces insensés Farneses détruisirent une partie du Colisée.... Ne faut-il pas être possédé du démon pour commettre une pareille action? » De Bhosses, t. II, p. 143,

portique, est belle; entre les statues dont elle est ornée, <( l'Hercule » est fameux et avec grande raison. Dans une basse-cour, dans une mauvaise maison, Ton voit plusieurs bustes, statues ou débris de toutes espèces et c'est dans ce même endroit qu'est le « taureau » antique, plus beau selon moi par la grandeur de l'ouvrage et la façon dont il est conservé, que par la correction du dessin et la justesse des expressions des figures ^ C^est dans ce même palais que Ton voit la superbe galerie des Garrache, ouvrage vraiment digne d'admiration ainsi que le petit cabinet. Aussi rarement voit-on ce beau lieu sans y rencontrer peintres ou admirateurs-.

Il y aussi auprès une chambre oii l'on voit de bons tableaux : c'est celle où est la petite Vénus aux belles fesses, un Mercure de bronze, et d'autres antiques. Au bout de l'appartement où l'on voit les fresques deSalviati qui ont leur beauté, il y a un cabinet où l'on voit plusieurs antiques, entr'autres le buste de Garacalla, un beau bas-relief et un buste moderne de Paul III Farnèse\ que j'ai trouvé magnifique.

A la Madone de Lorette, petite église appartenant aux boulangers, de six statues de marbre il y en a cinq vilaines et une très belle, digne de l'antique*. Elle est de Francesco Fiammingo. Le bâtiment du milieu des trois que j'ai dit -estre au Capitale^ est bâti sur les ruines de ce fameux temple de Jupiter le très bon et le très grand, qui estoit plein des •offrandes ou des dépouilles des ennemis de la République. Il reste encore de grands morceaux de murs qui sont liés ^avec le bâtiment moderne, et de portiques desquels on fait des remises de carrosses.

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