‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 17 sur 197 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

Toujours est-il, que grâce à ses démarches auprès de Mme Geoffrin, qui l'honora d'une véritable amitié, le monde artistique, jusqu'ici casanier, guindé, rétréci dans les préjugés traditionnels, ombrageux, s'assouplit dans l'atmosphère mondaine. L'horizon de l'artiste ne tarda pas à s'élargir, le goût à s'affiner, les principes à s'adoucir. Au contact des érudits et des voyageurs illustres qui constituaient (( l'abrégé d'empire » que fut la maison de la rue Saint- Honoré, les artistes gagnèrent des connaissances étendues dont l'art bénéficia. Le comte de Caylus fut l'initiateur des dîners du lundi qui donnèrent au salon de Mme Geoffrin un cachet tout à fait particulier. On y vit Boucher, le peintre de la Régence; Vernet, le peintre des marines; La Tour, aux portraits mélancoliques ; Vien l'austère Aristarque et l'irrésistible Vanloo. Caylus y amena aussi Mariette^ le sculpteur Bouchardon, et deux illustres Italiens, l'abbé Paciaudi et l'abbé Galiani. Ayant obtenu que les Encyclopédistes fussent exclus du dîner du lundi, Caylus se sentit toujours à son aise parmi la clientèle qu'il affectionnait, tolérant de bonne grâce le despotisme de la czarine de Paris\ qui d'ailleurs était fort sensible à cette exceptionnelle assiduité. Trait d'union entre le monde et les artistes avant 1750, Caylus coopéra au fusionnement de ces deux puissances. La soudure en fut complète lorsque Diderot improvisa son premier Sa lon^.

L'apport de Caylus à l'Académie royale fut presque nul de l'année de sa nomination à 1743. Ce n'est point qu'il manquât d'intérêt pour cette institution fameuse due à Colbert et dont les titres de noblesse, en dehors du patronage royal, lui viennent de Le Brun. Mais Caylus, occupé à s'instruire, préoccupé de trouver par des expériences -continues et des comparaisons sans cesse renouvelées, les

1. C'est ainsi que l'abbé Paciaudi avait surnommé Mme GeofTrin, et ■Caylus ne l'appelle pas autrement dans sa correspondance avec le théatin.

2. Voir Brunetière. «LesSalonsde Diderot » 'Revue des Deux-iMondes; n mai 1880).

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