‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 18 sur 197 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

procédés techniques propres à chaque art et la manière propre à chaque artiste, ne sortait guère de son laboratoire que pour courir les ventes, hanter les bibliothèques^ et fouiller le Paris du bouquin et de la brocante. Ce sont des années de recherches, d'opiniâtres lectures; il se remet au latin pour mieux comprendre et rendre la pensée de Pline et de Virgile. L'ignorance du grec, qu'il regrettera toute sa vie, le pousse à l'étude comparative des traductionspour se bien familiariser avec Homère. Il s'abîme dansla contemplation des enluminures, dans l'étude des manuscrits. Il copie, collationne, note, compare et rapporte chaque jour un précieux butin. Ces carnets de notes, ces in-folio de transcriptions apostillées en marge, ce ramassisd'éléments hétérogènes, sont, en grande partie, des cahiers où il tache, des aide-mémoire réservés à son outillage d'artiste amateur. Mais quelles surprises lui ménage sa préparation si patiemment menée ! Quels aperçus nouveaux, quelles inductions heureuses! Cet homme qui dans la maturité de Tâge refait le chemin de l'école, cueille sur les haies poussiéreuses, quelques fleurs que personne n'avait encore aperçues.

Presque seul de son temps, il étudie avec délice la langue et la littérature du moyen-âge. Les chroniques en vers et les romans forment sa lecture préférée, et comme l'italien et l'espagnol avaient fait le fond de l'éducation de sa jeunesse, il note les échanges, les emprunts que ces différentes littératures se sont fait au moyen-âge. En passant, il énonce la théorie de la transmission des fabliaux et des contes populaires d'âge en âge, en tout point analogue à celle des arts^ et il émet la possibilité que leur berceau unique et antique soit l'Inde-. Il renoue le moyen-âge à l'âge moderne, il insiste sur la continuité de la tradition, affirme que La Fon-

1. La bibliothèque du Roi, Saint-Germain-des-Prés, chez les Garnie* déchaux, au cabinet de Sainte-Geneviève.

2. Mémoire sur les fabliaux, dans Mémoires de TAcad. des Inscr. XX,. p. 353.

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