INTRODUCTION XXI
^ taine, auteur gaulois par excellence parce que simple et vrai, n'est que l'héritier des idées et delà langue du xiv® siècle. Classique au sens strict du mot, il renie l'ère nouvelle qui a perdu le trait pur des productions littéraires du siècle précédent. Modèles que l'on n'atteindra plus, Racine, Molière, Bossuet et La Fontaine se tiennent au point ■culminant de la perfection. « Si les sciences et les arts ont, depuis, augmenté de force et de consistance, l'éloquence et la poésie perdent tous les jours de ce charme qui tient à la vraie sensibilité et au goût : beaucoup moins de correction et d'élégance dans notre prose, dans nos vers^ »
Ce jugement qui aujourd'hui est un pont-neuf, était alors d'une originalité remarquable. Le décousu, les saillies, les fleurs glacées, Tinvraisemblance, le ton absolu, la manière du style à la mode, lui font résolument tourner le dos aux écrivains contemporains lesquels, pour comble, affectent une ridicule anglomanie. Il est à regretter que Gaylus n'ait pas poussé plus loin ses études littéraires auxquelles il eût donné une saveur originale.
A le juger par ce qu'il a fait, il nous faut signaler un autre trait méritoire : l'universalité de son intérêt. Pas de terrain clos à son avidité intellectuelle ; il franchit les 'cadres, brise les barrières, embrasse tous les domaines, allie les travaux du graveur à ceux du critique ; commente un poème pour juger un tableau ; traduit Pline pour classer une cornaline gravée; interroge les mécaniciens pour s'expliquer la présence de certaines ouvertures ou la forme des poids d'une statére ; il s'adresse aux architectes pour déterminer les dimensions d'un arc ou d'un piédestal dont il ne possède qu'un débris; il surveille des expériences chimiques, en suggère d'autres, pour pénétrer le secret des enduits et des cires antiques. Toujours à l'affût, toujours en éveil, braconnier infatigablement lancé sur des terrains défendus, il est le premier qui démontre pratiquement que les arts,
1. SÉRiEYS. Souvenirs du comte de Caylus. « De la littérature français^e sous Louis XIV. »
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les lettres et les sciences, travaillent dans une collaboration fraternelle et perpétuelle à la recherche de la vérité. Que celui qui veut être utile et aider au progrès, les interroge successivement.
Voilà comment Gaylus remplit les quinze ans qui précèdent sa double prise de possession à l'Académie royale et à l'Académie des inscriptions et belles-lettres où il avait été nommé au mois de février de 1742.
La première de ces Académies est une école nationale de peinture. C'était à ce moment le reliquaire de la tradition. Les études languissaient en une sorte de marasme qui avait gagné jusqu aux honoraires, y compris Gaylus qui ne signe que fort rarement un procès-verbal. Cet état cesse soudainement en 1747. Il se passionne aux travaux de la Compagnie, s'intéresse vivement aux élèves et devient assidu aux séances, d'autant qu'il est l'ami de Tournehem, directeur des Bâtiments, et le protecteur enthousiaste de Bouchardon. L'usage des conférences s'était à peu près perdu; Caylus le rétablit et force les plus récalcitrants à le suivre sur la voie des réformes. Il a le bonheur de trouver dans Lépicié^ secrétaire de l'Académie, un allié aussi tenace que modeste, le collaborateur silencieux de ce renouveau académique. Absorbé par le but à atteindre^ l'artiste ne se ménage point. Il entraîne les autres, mais il paye de sa personne, et quoiqu'il fasse, il n'arrive pas à fatiguer son tempérament d'acier. Coup sur coup il lit des conférences dont on ne peut établir la liste parce qu'elles ne sont pas toutes conservées. Dans le nombre, il y en a deux qui sont une date de l'histoire de l'art français : Réflexions sur la peinture^, Dlscoiu's sur Vharmonie et sur la couleur-. Le premier est un abrégé d'idées justes et neuves sur le goût, le costume, la nature dans l'art. Gaylus